Dimanche - 15 Novembre 2015 - 319/2015 - Me faire une raison
Je devais me faire une raison, je ne verrais pas Pascal. En tous cas, pas ce week-end. C'était déjà foutu, je le savais. Dimanche, 2h du matin, ben oui, je le savais. Je crois que je devenais folle à attendre, espérer. Je n'en pouvais plus. Mais, je ne pouvais rien y changer. Et j'avais mal, mal partout, mal au coeur; Pascal avait appelé Manuella, pas moi. Je crois que j'étais plus que triste. Triste ne semblait pas être un mot assez fort pour décrire ce que je ressentais.
Dès les premiers mots, j'ai compris et réalisé qu'il n'avait pas composé mon numéro. Le ton, son visage, son petit sourire, son expression en écoutant les paroles qui provenait d'ailleurs, d'une autre bouche, le tout m'a déchiqueté le coeur. Je transpirais, et pourtant, j'avais froid. J'étais désolée pour moi, désolée de vivre, désolée d'être même là. Désolée d'être témoin de mon infortune. Sur la route, je n'ai pas regardé mon natel, à la maison, j'ai constaté qu'il avait essayé de m'appeler. Mais bon, en 3ème? Je ne voulais pas être 3ème. J'avais pleuré sur tout le chemin, je n'aurais pas pu lui parler. Et de toute manière, je ne le voulais pas.
Tout le dimanche, j'ai flemmardé sur mon canapé, rattrapé un peu sur mon sommeil. J'étais raide. Je rêvais d'un week-end entier à ne rien faire d'autre que ce que je voudrais; c'est-à-dire; rien. Juste lire, peindre peut-être, regardé la télé, me tremper quelques heures dans un bon bain. Bref, pas de rendez-vous, pas d'obligation, pas de téléphone. Mais au moins, j'avais mon dimanche à moi.
Pascal a encore fait une tentative en début d'après-midi, mais je n'ai pas voulu répondre. J'ai regardé son nom et sa photo clignoter sur mon natel, le coeur battant la chamade. Soulagée quant son nom et son image ont disparus de mon écran. 2 minutes après, il a recommencé, puis plus rien. Tant mieux. Parce que c'était très difficile de ne pas me jeter sur mon natel, difficile de ne pas lui répondre, mais en même temps, vraiment facile. Sauf pour les gigotages de mon organe cardiaque.
Après tout, ce n'est qu'un organe. Un organe qui n'éprouve rien, c'est dans la tête la construction des sentiments que nous croyons ressentir. Et je ne voulais rien ressentir. Je me suis consolée vite fait en pensant au plaisir que j'avais de ne pas avoir à bouger de la maison aujourd'hui. Je crois que je lui en voulais, que je ne savais pas si j'avais raison. Alors, comme je ne voulais pas avoir à le confronter, ou avoir à m'excuser, je préférais rester sur mode "silence radio".
J'avais souvent eu tord, alors... Dès que j'ai pensé ça, je me suis rappelée qu'il avait dit à Thomas ou Paul, qu'il était amoureux de cette Manuella. Si c'était le cas, alors je n'avais rien à faire, rien à dire. Autant le laisser aller au bout de son truc. Oups, d'y penser, l'angoisse me fait de petits tiraillements dans tout le corps, surtout au centre de la poitrine. Pfff, c'est carrément stupide. Je ne voulais plus y penser pour pouvoir apprécier mon dimanche, alors je l'ai rayé mentalement de ma tête.