100 - Les hommes aussi pleurent parfois...
- J'ai appris que tu n'allais pas au chalet?
- Non. Thomas me l’a bien proposé, mais, ça ne me disait rien.
J’aurai pu ajouter; "que ça ne me dit rien de regarder sa petite danse d’amour avec Jess tout au long de ce loooong week-end!"- Ben, moi non plus...
- C’est vrai?
- Si je n’avais pas appelé, tu n’aurais pas appelé, hein?
- Non.
- Ouais, c’est ce que je pensais. Est-ce que tu as pris une décision?
Comme s’il avait deviné ce que je pensais, il m’a coupé l’herbe sous les pieds. Non, je n’avais pas pris de décision, je laissais les choses se faire, j’étais bien trop lâche pour décider quoi que ce soit.
- Heu-eum, pas vraiment.
- C’est bête, on aurait pu passer le week-end ensemble...
- Tu ne veux pas me voir?
- J’ai envi de te voir qu’est-ce que tu crois, mais je préfère m’abstenir jusqu’à ce que tu te sois décidée.
- Tu te rend compte que tu me mets une sorte de pression?
- Suis désolé, Ce n’était pas mon intention, mais tu dois faire un choix Jane, y pas photo.
- On ne pourra même pas se voir pour aller prendre un verre?
Il a eu un léger rire.- -Comme si ça pouvait en rester là... Je préfère pas. Tu crois quand même pas que j’ai envi de partager la même femme avec Layne, non?
- -Ça va me faire drôle de savoir qu’on est tous les 2 ici, et qu’on ne se verra pas.
- -Mouais... Décide toi. Si tu préfère recommencer avec Layne, je comprendrais, je l’accepterais, je te ficherai la paix et y aura pas de problème. On pourra même aller prendre un verre pendant ces congés.
- -Et si je te saute dessus? Tu me repoussera?
- -Alors, peut-être pas de verres ensemble. Ce serait peut-être mieux de se laisser un peu d’espace pendant quelques temps.
- -J’ai compris. Ce serait ma punition.
- -Non. Je t’assure que non. Mais... j’ai peur de... Écoute, je crois... En fait, ça me fera trop mal de te voir c’est tout. Il me faudra juste quelques jours... ensuite, je pourrais sûrement affronter les choses plus sereinement.
Cette fois, c’était moi qui restait sans voix. J’essayais de trouver une phrase, des mots, quelque chose qui puisse lui faire changer d’avis. Et j’avais la tête comme une coquille vide, le néant total.- Jane? Les hommes aussi pleurent parfois, ils ont mal aussi, tu sais...
- Si tu hésites autant, c’est que tu as envie d’être avec Layne. Ou tu as déjà pris ta décision, mais tu n’oses pas me la dire.
Prostrée, je suis restée un long moment, assise droite comme un I, à regarder dans le vide; “Les hommes aussi pleurent parfois...”. Je l’imaginais mal pleurer, et si c’était le cas, ça me briserait le coeur. Est-ce que je l’avais fait souffrir? Quant? Aïe.
Je ne pouvais quand même pas lui expliquer qu’il me fallait laisser un peu de temps, parce que j’avais peur de ne pas pouvoir supporter “Lui et Jess”. Que moi non plus, je ne voulais pas le partager. Et pourtant, je lui avais assuré le contraire quant on avait commencé à se voir... J’avais juste peur aussi de me sentir un peu coupable vis-à-vis de Layne, parce que je n’avais pas fait de réel effort pour que ça marche, j’avais été un poids mort dans notre relation. J’avais utilisé Layne comme bouche-trou pour ne pas subir le temps quant je n’étais pas avec lui.
C'était vrai que j’avais pensé lui forcer la main. Puisqu’on restait tous les 2 sur Lausanne je pensais me pointer chez lui. Même s’il m’avait dit le contraire, j’étais presque sûr qu’il ne me repousserait pas. Je suis sûr qu’il s’en était douté, alors il m’a fait clairement comprendre qu’il n’aimerait vraiment pas me voir tant que je ne pourrais pas lui dire ce que j’avais décidé.
“Oh Pascal, ce n’est pas si facile que ça, et j’aimerai bien t’y voir...”
Plus tard ce soir là, je suis passée chez lui. Il n’y était pas. Il avait dû sortir, ou... malheur, damnation, il avait finalement décidé, pour m’éviter, d’aller rejoindre Jess au chalet? Merde. Au bord du traumatisme, j’ai décidé d’attendre chez. Le voir rentrer ferait disparaître la grosse boule qui grandissait dans mon ventre.
"Par tous les feux de l'enfer, pas ça... Pas ça!"
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