101 - Parenthèse
Mes fesses commençaient à prendre la forme du siège. Je tremblais légèrement, mais ce n’était pas de froid. J’éprouvais les mêmes sentiments que cette fameuse nuit où je me suis pointée pour la 1ère fois chez Pascal, avec en plus, la trouille qu’il me demande, cette fois, de rentrer chez moi.
Avec peine, j’essayais de me convaincre qu’il ne le ferait pas malgré ce qu’il m’avait dit au téléphone.Mais aussi, la trouille qu’il ne rentre pas de la nuit et que mon imagination se mette en mode-débile. Je me frappait mentalement pour ne pas imaginer le pire. Qu’est-ce que je serais déçue, en plus ça voudrait dire qu’il m’aurait menti ses derniers temps et qu’il cherchait cherchait un bon prétexte pour couper les ponts. Rien que d’y penser, j’en avais des larmes aux yeux.
Ouais... je fonctionnais déjà en mode-débile.
Non, non et non. Il fallait que j’arrête ça. Il faut que je pense à autre chose. Rien à faire. Pourquoi l’humain n’a pas été créé avec un bouton ON-OFF? Ce serait tellement pratique. J’en pouvais plus d’attendre, je n’osais pas mettre la musique, je n’osais pas sortir de la voiture et l’attente me rendait dingue. Peut-être qu’il n’était pas à Lausanne?
Finalement, 2h du matin, samedi, sa voiture est apparu dans le chemin, enfin...
Mais il n’était pas seul, une autre voiture est venue se parquer à côté de la sienne. Glups, boule à l’estomac et consœurs. Ouf, ce n’était que des copains à lui, 2 copains. J’avais emprunté la voiture à ma copine, alors aucune chance qu’il remarque ma présence.
Arf, j’espère que ses copains n’allaient pas trop traîner parce que je commençais vraiment à m’ennuyer ferme et les sièges de voitures ne sont pas des plus confortable. Mais aussi, j’étais vachement soulagée.
Une demi heure plus tard, j’en pouvais plus. J’avais quand même envie de le voir même s’il m’avait dit ne pas vouloir me voir tant que je n’avais rien décidé. J’avais juste envi de le voir, à bas ma fierté, à bas ma timidité, à bas ma réserve, je ne pouvais pas partir sans le voir.Je me dirigeais vers sa maison quant la porte s’est ouverte. Iiiiiiiiiaaahhhh, j’avais pas fini de répéter ce que j’allais lui dire.... Ses copains partaient, hum, impossible de me planquer, je me suis retrouvée nez à nez avec eux. Pascal se tenait dans l’encadrement de sa porte et je n’arrivais pas à lire l’expression de son visage. C’était des copains de basket. Ils m’ont jetés un petit regard amusé. C’était un peu gênant, mais qu’importe.
Une fois ses potes partis, on est entré mais on est resté dans l’entrée, Pascal me dévisageait sans rien dire. Et moi, j’avais oublié tout ce que j’aurai voulu dire. Je n’avais qu’une envie, c’était qu’il me prenne dans ses bras.
Après un moment, qui m’a semblé durer une éternité, il m’a répété que je n’aurai pas dû venir, redemandé si je savais ce que j’allais faire. J’ai juste secoué la tête. J’avais une grosse patate en travers de la gorge qui m’empêchait de parler. Je savais déjà que je le voulais, lui, et personne d’autre.
- Pascal, I Love You, et je n’ai pas envie d’être avec quelqu’un d’autre...
- Alors pourquoi tu ne mets pas les choses au clair avec Layne?
- Parce que je n’en ai pas le courage. Et j’aime aller au bowling avec lui, ou prendre des verres avec lui, danser av...
- Arrête. Je ne veux pas que tu me racontes des trucs pareils. Je ne veux rien savoir. Mon imagination est assez fertile, pas besoin d’en rajouter.
Glups, c’était je crois la 1ère fois qu’il me coupait la parole, et en plus, il n’avait pas l’air de bonne humeur. Et il a fallu que j’en rajoute en plus!- Comme tu aimes faire des trucs avec Jess...
- Tu n’es quand même pas venue jusqu’ici pour me faire la pub de ton petit ami, si? Pour Jess, ce n’est pas la même chose. La plupart sont des obligations. On est ami avant tout, mais ce n’est plus tellement pareil parce que les choses ont changés, on a de la peine à trouver nos marques...
- Je crois que je ne veux pas non plus que tu me parles de ça.
- Ouais... on est mal.
- Très bien. Je crois qu’on a pas tellement le choix que de parler de ce qui nous préoccupe, hein?
Je lui ai expliqué que même si on était plus ensemble, malgré tout, je considérerais Layne comme un ami, donc forcément, il nous arrivera de traîner ensemble. Je savais que ça l’agacerait, mais il ne pouvait pas m’en vouloir de vivre pendant que lui en faisait autant. Il m’a demandé si Layne était au courant que je n’étais plus sa petite amie. Hum, je n’avais pas osé dire à Layne qu’il n’était pas question qu’on ressorte ensemble et j’ai expliqué à Pascal que, Layne n’étant pas très fidèle, cela m’évitait une relation exclusive et que je pourrais le voir quand même. Là, il m’a regardée en levant les sourcils, l’air de dire “tu te fou de ma gueule?”, mais il m’a laissé continuer à parler sans m’interrompre.
Pascal n’a pas dit grand chose après, à part qu’il semblait noter que j’avais envie de recommencer avec Layne et qu’il ne supporterait pas de nous voir ensemble. Sans prendre de gants, il m’a clairement dit que si je ressortais avec Layne, entre nous ce serait terminé.Aoutch. Ça avait le mérite d’être clair, injuste, mais clair. Je savais à quoi m’en tenir.
Après une discussion aussi tendue, on avait, sans avoir besoin de se consulter, fait une trêve. On n’avait plus envi de parler de ça. Il nous a fallu un petit moment pour faire le vide, et je suis sûre que comme moi, tout ce qu’on s’était dit nous trottait dans la tête.
On a passé tout le samedi ensemble; à promener le chien, faire les magasins, manger au resto, traîner au bord du lac et beaucoup à la maison.
S’il n’y avait pas de mariage et pas de Jess, je serais heureuse de l’aimer toujours. J’aime trop trop être avec lui. Pascal est tendre, attentionné, passionné et passionnant, doux, attentif, calme, reposant, mais il est aussi indépendant, concentré et il a un sourire à damné un saint, des yeux à faire pâlir la lumière, un corps de rêve, solide et il est d’une résistance incroyable. Je l’adore de tout mon coeur et ça, ça me fait vraiment peur. Normalement, c’est là que je me mets à fuir, à courir aussi vite que possible pour m’échapper, parce qu’aimer quelqu’un d’autre plus que soi-même c’est se perdre et on devient faible. Mais Pascal était comme un aimant, je n’arrivais pas à me détaché de lui.
Rien que de le voir, et mon coeur se met à perdre le rythme et à battre dans tous les sens. Et j’ai toujours la boule à l’estomac d’anticipation avant de le voir. C’était hallucinant.
Brian m’a appelée dans la soirée, et j’ai tout de suite senti qu’il n’avait pas le moral. Je ne pouvais pas faire autrement que d’aller le rejoindre. Je n’en avais aucune envie, j’avais envie de rester avec Pascal. Mais combien de fois, Brian avait tout laissé tombé pour moi, je pouvais donc difficilement lui faire faux-bond.
Brian était dans une de ses petites phases de doutes, celle où l’on se demande ce qu’on fabrique et si la vie vaut vraiment la peine d’être vécue. Je savais qu’il avait besoin d’une oreille et de câlins, alors on a beaucoup parlé. J’avais peur de ne pas pouvoir retourner chez Pascal et de devoir rester auprès de Brian. Pour moi, il le fait toujours. Je me rendais compte que jamais, je ne m’étais posé de questions, que je m’étais imposée comme si ça allait de soit. Horrible. Lui aussi devait parfois avoir autre chose et les avait laissé de côté pour moi. Chiotte. Je me suis promise de ne plus lui faire ce genre de plan, parce que c’était vraiment pas cool.
J’ai réussi à le convaincre de sortir manger un truc, en espérant croiser des copains à lui et que peut-être ça changerait son humeur et qu’il partirait faire la fête. Un peu moche, parce que je voulais me débarrasser de lui pour courir rejoindre Pascal.On a effectivement rencontré des copains et on a pris un verre ensemble. Pendant tout ce temps, une angoisse grandissante au creux du ventre me rendait chagrine, il commençait à se faire tard, et j’avais vraiment envie d’être avec Pascal. Ça tombait juste trop mal son cafard, comme les miens ont dû souvent aussi.
Pascal m’avait avertie que Caroline était passée chez lui, donc je ne pouvais pas débarquer comme ça. Super. Mon angoisse a augmenté d’un cran supplémentaire. Je n’arrivais même pas à donner le change avec un faux sourire. à 2 balles, et je ne pouvais pas partir, parce que Brian ne m’avait jamais plantée en cours de soirée pour aller Dieu sait où! J’étais coincée.
Alors, malgré mes mains tremblantes, malgré mon angoisse, j’ai envoyé un message à Pascal pour lui dire de ne pas m’attendre, ensuite, j’ai essayé de me faire une raison et passer une bonne soirée. Mais c’était difficile, J’étais encore plus down que Brian ne l’avait été quant il m’avait appelé.
Brian s’en est aperçu presqu’immédiatement. C’était pas de chance. Moi qui était sensée lui remonter le moral...
Finalement, notre sortie lui avait bien changé les idées. Il était redevenu mon Brian des bons jours. Avec ses copains, ils ont décidés d’aller chez lui jouer à des jeux vidéos entre mecs. Ça m’arrangeait plutôt bien, mais pas les 2 filles qui étaient venues s’incruster à notre table. J’ai enfin réussi à décrocher quelque chose qui devait ressembler à un visage rassurant pour lui dire que ça allait très bien, que j’étais juste un peu down, mais que j’étais contente parce qu’il allait mieux.
J’ai filé sans demander mon reste en avertissant Pascal que j’étais en route.La voiture à Miss Caroline était toujours chez Pascal. Chiant. Je me suis installée confortablement dans ma voiture pour commencer ma longue attente quant ils sont sortis sur le palier. Ils se parlaient presque collé. Caroline lui chuchotait des trucs à l’oreille et je voyais Pascal sourire. Caroline n’avait pas envie de partir, ça se voyait même à cette distance. Sa robe était très moulante, un peu trop, avec un décolleté plongeant. Elle était habillée un peu trop sexy pour passer chez un mec aussi tard dans la nuit, je trouve. Ou était-ce une once de mauvaise foi? Puis elle s’est mise sur la pointe des pieds pour lui faire la bise, mais au lieu de cela, elle l’a embrassé sur la bouche. J’ai vu Pascal faire les gros yeux puis se gratter la tête en lui marmonnant quelque chose avec un petit sourire gêné.
Grrr. Un de ces 4, je vais lui arracher les yeux à celle-là.
J’ai dit à Pascal que je les avais vu. Il le savait... il avait vu ma voiture.
Pascal m’a très vite fait oublier tous les désagréments de la soirée. Même s’il était déjà hyper tard, on avait pas envi d’aller se coucher tout de suite, pour se donner l’impression d’avoir toute la soirée à nous.
Pascal a été super doux et tendre, même s’il flottait un parfum de nostalgie. On ne savait plus très bien où l’on en était ou plutôt, on était en attente. Ce week-end était comme une petite paranthèse. Je sentais comme une certaine détermination chez lui, et je crois bien que j’avais un peu la trouille de ce que l’avenir me réservait.
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Paranthèse (101-sam-11.avr.09)
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