103/14 - Bateau bateau... (1)
Dimanche, 13 avril 2014 - 103/14 - Bateau bateau... (1)
Impossible de quitter le bateau, sauf si on avait le courage de demander à Thomas de nous ramener au port. Quelle poisse! On va devoir rester entassé ensemble on dirait. Je me demande comment on allait organiser le coucher. Dormir dans la grande chambre/dortoir avec 4 autres personnes, ou si on prennait une des 3 chambres?? J’aimerai bien un peu d’intimité.
Je recevais des messages de Steven qui me demandait ce que je faisais, où j’étais, etc. Il semblait curieux de savoir ce qui se passait sur le bateau, mais n’a pas osé vraiment le demander directement.
“T'es où, tu fais quoi?”
“Lac! Thomas nous a invité sur son bateau.”
“Ah! Et ça se passe bien? Tu t’amuses?”
“Oui, c’est assez cool. Au moins, il n’y a pas trop de monde.”
“Y a qui? J’imagine que Pascal fait partie du groupe?”
“Les habituels, bien sûr Pascal aussi.”
“Je m’ennuie! Les anniversaires en famille c’est pas le grand délire!”
Long silence. Ça commençait à m’ennuyer d’être tout le temps le nez fourré sur mon natel.
“Bon, on va manger… alors à plus. Bisous”
“Tu fais quoi après? On pourrait se retrouver pour prendre un verre?”
“Heu, ça m’étonnerait, on dort sur le bateau!”
“Zut! Bon ben… Dommage! Bisous à toi aussi”
J’ai couru demander à Caro si elle connaissait cette “Erika”. C’était bien ce que je pensais, il y avait un truc pas net. C’est la fille que Pascal avait raccompagné un dimanche soir en rentrant du chalet. Il était rentré tard chez lui et sa femme et lui s’était disputés. Donc, c’était elle! J’avais l’estomac retourné et plus très faim.
Mais bon, je ne devais pas me faire tout un film, Pascal dormirait avec moi ce soir. Il me l’avait pratiquement promis. Qu’elle soit là ou pas, ne changerait rien. Enfin, je l’espère! Sinon, je le scalpe. Je ne croirais plus un mot de ce qu’il me raconte. Je verrais bien son comportement. Et je voulais m’amuser ce soir, pas me démonter le moral pour une fille qui n’était sans doute rien de plus qu’une petite aventure de passage.
Allez courage… Détourne la tête, arrête de les observer et passe une bonne soirée. A force d’avoir peur, tu vas finir par t’attirer le mauvais oeil. Voilà, après un petit encouragement perso, je retournais mon attention à la conversation des amis qui m’entouraient. Au début, je me suis forcée à rire, à avoir l’air enjouée, puis c’est venu tout naturellement.
Pascal discutait dans son coin avec la pouffe de Maud, Paul et Caroline, Erika était appuyée contre la balustrade, en grande conversation avec Michael. Donc, Pascal a connu cette Erika à travers Michael. Chiotte. Thomas était à la barre, un verre posé à côté de lui. L’autre copine que Michael avait ramené semblait le draguer. Assise les jambes ballantes en face de Thomas, qui avait une vue plongeante dans son décolleté. Hum, elle n’avait pas grand chose à montrer!
3h du matin, Pascal est passé me dire qu’il allait se coucher. Je n’ai pas vraiment fait attention. Bête comme je peux être parfois. J’ai continué à faire la fête, le clown avec Thomas. Quant j’ai vu Maud descendre quelques minutes plus tard, dans les cabines, mon coeur a semblé faire un plongeon dans le lac. Il fallait que j’y aille.
Je me suis sentie rassurée de voir Caroline descendre à son tour. Je pouvais prendre le temps de me tirer gentiment sans avoir l’air de courir après Pascal, ou de courir poussée par la jalousie de voir une autre fille descendre après Pascal. Mais Caroline est remontée moins d’une minute plus tard, et je me suis sentie chavirer.
Jalouse ou pas, je devais y aller, tant pis pour les bonnes manières. Caro m’a chopée par le bras au passage, elle m’a demandé si j’allais rejoindre Pascal. Gros bloc qui m’écrase la poitrine, des questions furtives me sclérosent illico le cerveau; pourquoi est-ce qu’elle me demande ça? avertissement? elle sait quelque chose?
En tous cas, elle n’en a rien dit. Elle m’a juste demandé si elle pouvait dormir dans la même chambre que nous. Je crois que la peur de me retrouver face à une situation ingérable, seule, m’a fait accepté.
Je l’ai laissé en haut pour descendre, les jambes tremblantes. Pfff, il n’y avait pas de quoi, mais je suis comme ça. La trouille, mon imagination, me font perdre mes moyens. Et me voilà tremblante comme une feuille, marchant sur la pointe des pieds, attentive aux bruits, écoutant aux portes, pour trouver Pascal. Priant secrètement pour qu’il soit seul.
C’est le son d’une conversation, d’un rire en sourdine qui me sont parvenus en premier. J’ai su derrière quelle porte ils étaient. J’ai frappé en appelant Pascal et j’ai ouvert sans attendre de réponses.
Ils étaient dans le couloir, Pascal avait les bras croisés, appuyé contre une porte, et l’écoutait en souriant lui raconter des foutaises en minaudant tant qu’elle pouvait. Je sais bien qu’elle lui plaît, ça se voyait dans ses yeux. Et c’est ce qui me retournait l’estomac.
Quant Pascal m’a vu, il s’est redressé et m'a adressé un sourire. Elle s’est retournée pour me fixer avec son petit air de pouffe première classe.
J’ai commencé à jeter un oeil dans les chambres que je longeais, pour voir dans laquelle Pascal avait posé ses affaires, ou celles qui étaient libres. J’ai vu le pull de Pascal sur un le lit d’une des chambres, alors je suis entrée en laissant la porte ouverte.
Pascal a mis fin à la conversation et il est venu me rejoindre. Il a croisé Erika et je les ai entendu échanger quelques mots. Elle lui demandait s’il allait se coucher lui aussi. Pas entendu sa réponse, donc il a dû sourire ou faire signe de la tête. Elle a mentionné qu’elle dormait dans le dortoir et a demandé si lui aussi. Pascal a répondu qu’il ne savait pas encore.
TILT!!! Pourquoi ne pas lui dire qu’il dormait là, juste à côté, dans la chambre qui avait la porte ouverte avec moi??? Un peu froissée, je me suis convaincue qu’il devait avoir ses raisons. De toute manière, elle l’a vu entrer dans la chambre, et les lits du fond, le dortoir était ouvert sur le couloir. Donc, elle verra bien! Elle comprendrait bien assez tôt.
J'ai dû dire à Pascal que j’avais accepté que Caro partage notre chambre. Il a fait la grimace; “Donc pas de crac-crac ce soir!”. Ça m’a fait rire. Trop chou. Qui sait, peut-être que je pourrais renvoyer Caro dans le dortoir!?
Pascal s’était allongé sur le lit. D’office, il s’est mis au milieu. Hum, donc une de chaque côté. Bon.
Maud a pointé son nez par la porte alors que Caro et moi étions en train de nous changer. On s’est retrouvé topless. Elle aurait quand même pu attendre d’être invitée à entrer? Non, madame a frappé et hop. Maud a marmonné un vague; “Oh désolée”, mais elle est entrée et s’est assise sur le lit à côté de Pascal. Elle a fait comme si Caro et moi n’étions pas là en fait.
Elle s’est adressée directement à Pascal, en se passant la main sur sa proéminente poitrine, en lui lançant des regards “chaud comme la braise”. Pfff! M’énerve.
Maud était venue le chercher pour le ramener au dortoir. Elle lui avait réservé une place à côté d’elle. Elle avait entendu qu’il ne savait pas encore où dormir. Il y en avait une de libre. Pascal lui a répondu qu’il restait là. Il n’avait aucune envie de dormir en vrac dans le dortoir. Maud a encore insisté, elle disait qu’ils pouvaient aussi scouater une des autres chambres.
J’ai répondu pour Pascal; “Il reste dormir ici Maud, pas la peine d’insister.”.
Maud a interrogé Pascal des yeux, ignorant ma réponse et notre présence. Pascal n’a fait que lui répété qu’il restait. Un peu froissée, elle l’a toisé en lui demandant pourquoi l’avait-il invitée alors? Sans attendre sa réponse, elle a enfin quitté notre chambre la tête haute. Caro et moi étions toujours planquée derrière nos t-shirts. Nous n’avions rien manqué de la prestation de séduction de madame, ni de la conversation.
Ouf, Pascal était là. Il ne partait nulle part. Il restait ici, avec moi. Mon coeur chantait d’allégresse et de bonheur. Un petit bout de bonheur par-ci, par-là, si c’est tout ce que je pouvais grappiller, ça me suffisait très bien.
Il n’y avait peut-être pas de quoi, mais j’étais assez fière de lui… Il n’avait pas bougé d’un iota, toujours allongé au milieu du lit, les bras replié derrière la tête. En riant de le voir si détendu, je lui ai lancé mon pull sur la figure. Il a souri. Il s’est débarrassé du pull en me le rejetant et ça a fini en bataille d’oreiller, de pulls et tout ce qui nous tombait sous la main.