108/2013 - Ne me laisse pas... (1)

Publié le par JaneDo


Jeudi, 18 avril 2013  - 108/2013 - Ne me laisse pas...  (1)

Ne me laisse pas”, c’est tout ce que j’avais réussi à lui dire après l’avoir chopé à rentrer avec une autre fille… Une petite blonde, assez jolie, je dois le reconnaître. Elle faisait penser à Meg Ryan, dans “Vous avez un email”. Les cheveux courts, bouclés, et une bouche en coeur. Comme je la détestais d’être aussi mignonne. Et j’avais mal au coeur. Presque la nausée. Elle avait des yeux clairs. Je ne suis pas sûre de la couleur, parce que j’étais trop occupée à décrypter les réactions de Pascal.

Pascal était rentrée avec une inconnue! C’est une chose, je n’aurai pas dût être chez lui, c’en était une autre. J’avais oublié de penser aux conséquences. Aucune surprise que Pascal essaie ensuite de récupérer sa clé. Malgré tout, ça m’a blessé. Ça et tout le reste. C’était qui cette fille? Et on était mercredi soir, demain il bosse, et il trouve le moyen de rentrer avec une autre?

Je sais parfaitement, qu’en fait, ça ne me regarde pas! Que je n’ai pas le droit d’en faire toute une histoire, mais quand même!

Heureusement que j’ai pu garder mon calme, et jouer la parfaite idiote. Je suis restée là à les regarder avec de gros yeux, sans dire un mot. Je crois bien que j’avais la bouche ouverte. Ce qu’on appelle bouche-bée. J’étais choquée. Est-ce que c’était normal qu’il tourne la page aussi vite sur nous? Comment je devais le prendre? Toutes ces questions me martelaient la tête, alors que Pascal, plutôt sonné de me voir chez lui, ne savait plus très bien comment gérer la situation.

La miss lui a demandé qui j’étais! Non mais! C’est elle qui demande qui je suis!!! Elle! Pascal a fait une petite grimace, puis il lui a dit que j’étais une copine. Une copine? Une simple copine! Il devrait se rendre compte que tôt ou tard, elle découvrirait qui j’étais. J’étais loin de penser qu’il aurait pu tout simplement me jeter dehors par la peau des fesses et à grands coups de pieds au cul.

Pascal a soupiré, en disant que ça lui était sorti de la tête, qu’il m’hébergeait ce soir. Nerveusement, il s’est passé la main sur les yeux. Peut-être qu’il cherchait à éviter que je ne fasse une scène? Il avait peur que je gâche tout? Tout quoi?

    •    A moi; Je reviens tout de suite, je vais la raccompagner et je reviens.
    •    Je… Je viens avec toi.
    •    Non! Reste ici, je serais de retour dans une demi heure.
    •    Ça fait rien, j’suis réveillée…


Je leur ai emboîté le pas. Je ne voulais pas le laisser partir. Qui me disait qu’il reviendrait dans 30 minutes. Il pouvait tout aussi bien rester avec elle, et j’aurai laissé passer ma chance de le retenir. Voyant que ça allait être difficile de se débarrasser de moi, il lui a demandé d’aller l’attendre dans la voiture. A distance, il a pesé sur la télécommande pour déverrouiller la voiture. Etonnée, pas trop sûre si elle ne voulait pas rester pour savoir ce qu’on allait se dire, la fille m’a dévisagée avant de se traîner lentement en direction de la porte qui était restée ouverte.

J’ai voulu la rejoindre pour aller m’enfiler dans la voiture. Et devant si possible. Pascal m’a retenue par le bras. Son geste un peu brusque a attiré l’attention de l’autre. Et elle s’est retourné, puis s’est arrêtée pour nous regarder. Elle attendait la suite, moi aussi. Quoique, mon coeur battait si fort que j’avais presque les oreilles bouchées. Pascal m’a répété de l’attendre, qu’il ne ferait pas long.

J’ai essayé de lui arracher mon bras, mais il me tenait fermement. Yeux dans les yeux, Pascal a compris que je ne le laisserait pas y aller sans moi. Je tremblais, et j’ai attrapé un bout de son pull; “Ne me laisse pas… s’il-te-plaît…”. C’était douloureux de me dévoiler autant, douloureux de n’avoir pas pu contrôler mes sentiments et d’en venir à presque le supplier.

Un peu étonné, il s’est retourné vers l’autre; “Ça ne t’embête pas trop si je t’appelle un taxi?”. Je ne crois pas qu’elle ait entendu ce que j’avais dit. Il n’y a que Pascal qui l’a entendu, j’avais parlé trop bas, dans le dernier souffle qui me restait avant les larmes.

Pascal a posé son bras autour de la taille de l’autre pour l’accompagner dehors. Ce geste m’a fait péter un câble. Même s’il m’avait demandé de rester là, alors qu’il sortait attendre le taxi avec l’autre, je ne pouvais pas. Son geste si… proche, complice, naturel, m’a fait perdre la tête. Je voyais rouge, pas une seconde je n’ai pensé qu’il aurait pu s’énerver et me parler sèchement. J’ai passé mon bras sous le sien et il me l’a arraché sans ménagement. Et tout aussi sèchement, il m’a demandé de retourner à l’intérieur.

Je ne l’ai pas fait. Je suis restée où il m’a rejetée. Assez près quant même pour les entendre. Je voyais bien que je l’emmerdais à fond. Gêné sans doute par ma présence, Pascal ne l’a pas trop approchée. Elle lui a demandé s’ils se voyaient le lendemain soir, et il a dit qu’il l’appellerait avant de quitter le boulot.

Mon sang tapait si fort que j’étais sûre qu’ils pouvaient entendre chaque battement de mon coeur. Si j’y pouvais quelque chose, clairement je ne le laisserai pas la voir demain. Ça c’était sûr. Mais, j’avais peur. Merci au taxi d’avoir été rapide. Je priais pour qu’il ne l’embrasse pas. Pas devant moi. Je tremblais de la tête aux pieds essayant de trouver quoi faire au cas où, mais rien ne venait. Ma tête était aussi vide qu’une passoire.

Ouf, ils ne se sont fait que la bise. Mais chacun des sourires qu’il lui faisait me faisait perdre encore plus pieds. J’avais tellement peur, c’était incontrôlable.

Une fois le taxi parti, j’ai réalisé que les choses risquaient de se gâter. Pascal s’est retourné vers moi, et j’ai vu qu’il n’était pas content. Normal. Les larmes sont sortis tout seul. Impossible de parler. J’ai baissé la tête et je l’ai précédé. Je ne savais pas ce que j’aurai pu inventer pour expliquer ce que je faisais là, mais à l’origine, on avait rendez-vous. Mais, ce n’était surement pas le moment d’en débattre.

Je me suis rassise sur le canapé, là où il m’avait trouvée, la tête entre les épaules. Les larmes coulaient, je ne pouvais plus les retenir. J’étais trop malheureuse. Pascal s’est assis en face et semblait attendre que je me calme. Rien à faire. Ça ne se clamait pas. La seule chose qui aurait pu me calmer, c’est qu’il me prenne dans ses bras. Encore mieux, qu’il arrive à me convaincre que je venais seulement de me réveiller et que tout ça n’était qu’un cauchemar.

Ça a duré plus de vingt minutes sans qu’on se dise un mot. Je n’arrivais même plus à étouffer mes sanglots. Et je suis moche quant je pleure. Je déteste que qui que ce soit y assiste. Mais là, je ne savais pas quoi faire. Enfin, Pascal a bougé.

J’ai cru qu’il partirait se coucher sans un mot. Les hommes que j’avais connus se sont toujours comportés comme ça. De sombres imbéciles qui ne savaient jamais quoi faire pour consoler quelqu’un. On dirait qu’ils ont les bras coupés. C’était drôle que je pense à ça, en plus, je les détestais tous en vrac à y penser.

Pascal n’est pas comme les autres, et il l’a prouvé une fois de plus. C’est pour ces petites choses insignifiantes que je l’aime tellement. Il est sensible, adorable, quant il m’aimait encore. Ses bras se sont refermés autour de moi et je me suis laissée aller contre lui. Puis, je me suis mise en boule serrée contre lui. Je m’accrochais. J’avais trop mal. Trop mal de l’avoir vu avec une autre. Trop mal qu’il m’ait laissée tomber, menti pour voir une autre fille. C’est que ça devait être important.

On est resté comme ça longtemps, puis Pascal m’a dit qu’on devrait peut-être aller se coucher. Les larmes s’étaient taris, mais j’avais encore des spasmes. Sa main avait caressé mes cheveux, les avait remis en place. Pascal m’avait aussi fait de petits bisous sur la tempe, c’est, je crois, ce qui avait calmé mes pleurs. Il m’a entraînée par la main jusqu’à la chambre. Je crois que je devais avoir les yeux comme des soucoupes volantes. Enflés.

Je n’arrivais pas à faire quoi que ce soit. Pascal m'a aidée à enlever mes chaussures, mon pull, enfilé un t-shirt. Bref, Pascal s’est occupé de moi comme si j’avais été handicapée. Je l'étais, en tous cas mentalement. Il m’a couchée avant de se changer. Je crois que je me suis endormie. J’étais dans les vapes, mais je l’ai senti me prendre contre lui et continué à me caresser la tête. J’ai sombré.

Jeudi matin, je l’ai entendu se lever. Je ne savais pas si je devais me réveiller pour lui parler ou pas. J’avais conscience que je devais avoir les yeux bouffis, mais je devais essayer de l’empêcher de voir l’autre fille ce soir. Ce n’était pas avec cette tête que j’aurai voulu faire ça, mais j’en avais pas de rechange.

Pendant qu’il était sous la douche, je me suis dirigée vers la cuisine, après avoir constaté les dégâts. Je pensais lui préparer son café, mais je suis tombée sur le mot qu’il pensait me laisser. Pascal voulait que je laisse sa clé en partant. Ça m’a assommé. J’ai couru me remettre au lit. J’ai continué à faire semblant de dormir, quant j’ai réalisé que, si je le laissais partir, sans lui dire en face, qu’il allait devoir changer les serrures, mais je ne pouvais pas me résoudre à lui rendre sa clé.

Quant je suis sortie de la chambre, Pascal avalait son café penché sur le mot qu’il me rédigeait. En me voyant, ou surtout, en voyant ma tête, il a vite fait disparaître le billet. Il l’a froissé et enfilé dans sa poche. Il ne savait pas que je l’avais vu. Je n’avais fait que 2 pas hors de la chambre. Je ne voulais pas qu’il puisse admirer de trop près les dégâts d’une nuit de larmes. J’étais vraiment horrible à voir.

    •    Tu veux un café?
J’ai secoué et détourné la tête. Je ne supportais pas qu’il me regarde.
    •    Allé viens…

Pascal s’est levé pour venir me chercher. Je n’ai pas pu m’empêcher de faire un pas en arrière. Me prenant par la main, il m’a conduite à l’un des sièges du bar-cuisine. Pas envie de m’asseoir, alors je suis restée debout. Je ne me sentais pas très bien. Je l’avais vu vite escamoter le mot qu’il m’écrivait, mais je l’ai quand même cherché du regard. J’étais soulagée de ne pas le trouver. Mais, il allait surement me le servir plus tard, le problème n’était pas réglé.
 
Je n’avais pas la force d’ouvrir la bouche, ni de le regarder. Je restais là, sans savoir quoi faire. Je ne faisais que bouger la tête pour lui répondre.

    •    Tu peux rester ici si tu veux... d'accord? On mange ensemble à midi?
J’ai secoué la tête. Il n’y pensait pas! Mes yeux seront toujours enflent.
    •    Bon. Reste ici ok, je rentrerais direct après le boulot, et on pourra parler un peu, tu veux?
Hochement.
    •    Faut que je file, sinon je vais être en retard. Ça va aller?
Encore un hochement. L’empêche, c’était adorable qu’il s’inquiète pour moi. Ça m’a fichu les larmes aux yeux.

Les bras ballants, je l’ai regardé enfilé sa veste, ramasser ses clés. J’avais envie de l’appeler, d’avoir quelque chose d’important à dire, mais rien ne venait. J’étais juste perdue. Je lui cassais les pieds, j’étais un boulet. Il en avait assez et ne savait pas comment me le dire, ni comment se débarrasser de moi. C’était affreux de penser à ça. Les larmes ont recommencés.

Pascal s’en est aperçu et il est revenu sur ses pas pour me prendre dans ses bras et me faire un bisou sur la tête; “T’inquiète pas…”. J’ai hoché la tête comme si je comprenais, mais en fait, je n’avais aucune idée de ce qu’il avait voulu dire. Une fois seule, je me suis replongée au lit et j’ai pleuré encore une bonne heure. Tout me faisait mal, même de l’avoir vu partir avec Thomas, le sourire aux lèvres.

Est-ce que Thomas avait eu vent de ce qui s’était passé? Est-ce qu’il savait que j’étais là? Pascal allait-il lui raconter? Savait-il que Pascal était sorti avec une autre fille hier soir?

Avant d’avoir pu me creuser la tête avec toutes ses questions, j’ai sombré dans un sommeil où l’oubli est roi. J’ai dormi presque toute la journée. Au réveil, pas de chance, mes yeux étaient toujours aussi enflés!


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