128/15 - Picnic - Manuella
Vendredi - 8 mai 2015 - 128/15 - Picnic - Elle s'appelle Manuella
PicNic au bord du Lac. Waouh, Pascal me manquait terrible. Il y avait un PicNic organisé au bord du Lac ce soir, près de chez Michael. Pour y avoir passé du temps, je connaissais l’endroit. Pourtant, j’aurai bien aimé ne pas y arriver seule. Et en retard comme d’hab. Je savais bien en marchant direction le lac, qu’on ne me voyait pas. J’ai pris le temps de prendre mes marques, de repérer mon groupe.
Pascal était allongé sur un linge et prêtait l’oreille à une fille, qui lui parlait en faisant de grands gestes. Je l’ai reconnue tout de suite. C’était celle-là même avec qui je l’avais vu échanger des petits signes, et qui disparaissait vite fait quant j’étais dans les parages. Mon sang n’a fait qu’un tour. Les nerfs à vifs, tendue comme une arbalète, les jambes flageolantes, mes pas se sont précipités pour rejoindre Pascal.
Du coup, les autres sont devenus transparents. Dans ma tête et à mes yeux, il n’y avait plus que Pascal et cette cruche.
Le coeur battant à pleine vitesse, à bout de souffle, j’ai dû m’arrêter pour reprendre mon souffle. Appuyée contre un arbre, pliée en 2, les yeux toujours rivés sur Pascal et cette gourde, j’ai réalisé que j’avais une attaque d’asthme.
- Ça va?
J’ai sursauté. Michael s’était penché et me tapait dans le dos. Il avait dû entendre mes râles et semblait s’inquiété. Tout en grimaçant, j’ai fait oui de la tête. Impossible d’aligner 2 mots, la pression dans ma poitrine m’a mise la larme à l’oeil.
- Ça t’arrive souvent?
Encore des hochements de tête. Sa présence me rendait ça de plus nerveuse, alors j’ai fermé les yeux. Michael continuait à me tapoter dans le dos. Il a fallu quelques minutes pour retrouver un semblant de calme et réussir à dominer l’angoisse qui me serre la cage thoracique quant j’ai une attaque. C’est toujours la panique.
- Oui... avec les beaux jours, ben... le rhume des foins, l’asthme... tout baigne quoi!
Michael a rigolé. En arrivant à ma hauteur, il avait lâché la glacière qu’il tenait pour me venir en aide. Il l’a ramassé et m’a tendu le bras. Je lui ai dis que ça allait, je n’étais pas handicapée. Il a serré ma main sous son coude quant j’ai tenté de l’enlever. En marchant, j’avais à nouveau fixé l’endroit où se trouvait Pascal. Il riait et souriait, ça m’a serré le coeur. Pourtant, il ne faisait rien de mal, donc ce devait être de la jalousie pure.
Pascal n’a même pas fait attention à mon arrivée, et continuait à sourire, alors que l’autre conne lui murmurait à l’oreille. Il a éclaté de rire. On aurait dit qu’ils étaient seuls au monde. Dire qu’il n’a même pas remarqué du mouvement autour de lui, ni que j’étais là. Dire que moi, tout mon corps détecte et ressent sa présence, où que je sois. C’est chimique.
Des fourmis dans les jambes qui remontaient le long de ma colonne vertébrale, pas à cause de l’asthme, mais parce que j’avais envie de sauter à côté de Pascal et faire gicler l’autre idiote de là. Ça me démangeait.
La fille a levé les yeux en premier et quant elle m’a vue, elle a soutenu le regard que Pascal lui a adressé quant elle s'était subitement tue. Elle lui a fait un discret signe de tête dans ma direction. Pétasse. Pascal a enfin levé les yeux, et s’est redressé en me voyant. Il a eu un sourire, mais ça ne montait pas jusqu’à ses yeux. Voulait-il me donner l’illusion qu’il était content de me voir? Avant que j’aie pu faire un pas vers Pascal, j’ai été happée par Caroline.
Et bla-bla-bla; c’était le moment que j’arrive, j’étais en retard, elle avait fini par se dire que je ne viendrais pas...
Apparemment, elle n’était pas la seule. Mon coeur continuait à battre à un rythme qui frôlait la folie. Encore plus violemment quant j’ai vu l’autre conne poser un bisou sur la joue de mon homme avant de lever son cul et s’éloigner. C’était pas sans me lancer un regard que je n’ai pas aimé. Elle et moi savions que nous étions en guerre froide, même si personne ne s’en doutait.
C’est là que j’ai commencé à faire attention à mon environnement. Elodie était là. A peine l’autre partie, Elodie a été se mettre dans la place qui devait être encore chaude. Ce qui a eu le don de m’énerver. Paul, Thomas, Jonas, et la plupart de leurs co-équipiers du basket étaient là, et la petite Natacha et ses copines. Constat fait, je me suis sentie déplacée, pas à ma place, de trop. J’étais nerveuse, angoissée et je tremblais.
Caroline continuait de me parler, alors que Michael racontait à Thomas comment il m’avait trouvée. Je n’entendais pas grand chose, j’étais en conflit dans ma tête. L’envie folle de prendre la fuite parce que je savais que, ce soir, je n’arriverais pas à me mettre dans l’ambiance. Pascal s’est levé, et j’ai tout de suite cherché l’autre pouffe des yeux pour savoir s’il allait aller vers elle. Mais j’ai senti sa main qui prenait la mienne et j’ai ressenti un énorme bonheur.
Oui, avec le recul, je me dis toujours que je suis bête comme chou! Rien qu’un petit geste et je perds le Nord! Après un bisou au creux de la nuque, Pascal m’a entraînée au bord du lac.
On a marché un moment en silence. Il avait passé son bras autour de moi et je me suis sentie protégée. La tête vide, je me suis laissée allée à me blottir contre lui au comble du bonheur. Il a voulu savoir ce que je faisais, si j’avais eu ses messages. Lui aussi avait fini par croire que je ne viendrais pas.
Pascal me trouvait bizarre ces derniers temps. Distante. Je semblais être ailleurs, loin. Préoccupée? Par quoi? Je n’ai pas pu lui répondre. Je savais qu’il avait raison, mais je n’arrivais pas à faire marcher mon cerveau.
On s’est embrassé et c’était encore pire. Ma tête s’est trouvée encore plus vide. On est retourné auprès de nos copains. Après quelques mots échangés avec Paul près du feu, on est retourné s’asseoir sur le linge sur lequel Pascal était étendu quelques instants plus tôt.
Mais mon regard a croisé celle de la miss et j’ai eu à nouveau des fourmis partout. Elle nous observait discrètement, mais pas assez pour moi, tout en faisant semblant de discuter avec ses copines. Elle leur offrait des faux sourires, tout en cherchant à capter le regard de Pascal. Caroline est venue s’asseoir vers nous. Elle m’a fait signe qu’elle avait aussi remarqué le manège. Elle avait surement des choses à me raconter à propos de cette soirée, je le voyais dans ses yeux.
La fille a commencé à faire la bise à la ronde. Elle s’en allait. Ça ne m’étonnait guère. Elle filait toujours avant qu’on ait l’occasion de se retrouver face à face. Qu’est-ce que ça m’énerve. Elle s’approchait. Souvent, Caro et moi nous comprenions sans avoir besoin de parler. Après m’avoir prise le bras, Caro a dit vouloir me demander quelque chose. Avant que Pascal ait pu s’étonner, on est partie bras dessus dessous en courant au bord du lac.
De là, on a piqué un sprint pour se mettre hors de vue, tout en surveillant Pascal de loin. Une fois à l’abris des regards, on s’est accroupie derrière un buisson. Pascal s’est levé à l’approche de la pouffe, non sans jeter un regard derrière lui, dans la direction qu’on avait prise.
Elle s’est penchée pour lui faire la bise. Pascal a fait un signe de tête en direction du parking. Les mains dans les poches, Pascal la raccompagnait à sa voiture. Si ce n’était pas elle, j’aurai trouvé ça normal, il faisait nuit noire, et c’était plus rassurant de raccompagner les filles. Mais c’était elle, ça m'a foutu les boules. Surtout le fait qu’elle s’en aille dès que j’arrive!
De notre côté, on n’a jamais couru aussi vite. A moitié accroupie, on a foncé pour arriver au parking en même temps qu’eux. On y était en premier d’ailleurs, assez pour voir qu’ils sont arrivés main dans la main. Une main glacée ma serré le coeur et la gorge. L’estomac au bord des lèvres, je l’ai vue se coucher contre sa voiture et... plonger ses mains dans ses cheveux. Pascal s’était penché sans qu’elle ait à le forcer. Je voyais rouge. Ils se sont embrassés longuement.
Caroline a failli plongé en avant pour aller se jeter sur eux. Je l’ai retenue. Pascal n’avait pas à savoir qu’on l’avait vu. Malgré l’estomac vide, la nausée me donnait envie de vomir.
La seule chose qui se répétait dans ma tête c’était; «j’avais raison, je ne m’étais pas trompée, j’avais raison, j’avais vu juste... Bordel j’avais vu juste...» Les larmes m’ont brouillés la vue. Même si on se doute de quelque chose, c’est pire de le voir de ses yeux voir. Ça fait autrement plus mal que l’imagination. L’estomac à l’envers, j’ai dû me mettre à genoux parterre pour ne pas tomber. Mais je continuais à regarder.
Ils se sont séparés à regret. Avant de le laisser partir, elle a passé ses doigts sur ses lèvres... probablement pour enlever toute trace de rouge à lèvres. Pascal l’a tirée vers lui et l’a embrassée encore, et elle a ri et recommencé avec ses sales doigts sur sa bouche. Il avançait à reculons en attendant de la voir dans sa voiture et en route.
Les mains dans les poches, la tête baissé à regarder ses pas dans le sable, il est retourné vers le groupe.
Mes sentiments étaient troubles; entre haine féroce et amour blessé. Je crois que je le détestais autant que j’avais mal, parce que je l’aimais. C’était de la haute trahison. Une trahison qui fait mal, qui vous déchire le coeur en vrac, qui laisse la plaie ouverte, béante. Comme si on foutait du sel dessus.
Après un immense effort, j’ai retrouvé mon calme. J’ai dis à Caroline de ne pas souffler un mot de ce qu’on venait de voir. Qu’il était important et vital que personne ne sache jamais qu’on l’avait vu. Et surtout Pascal. Elle ne comprenait rien et les larmes descendaient silencieusement sur ses joues. Elle secouait la tête comme une idiote, alors je l’ai secouée. J’avais devant les yeux le reflet de mon propre chagrin, c’était comme me voir dans un miroir.
- Ce serait trop long à t’expliquer maintenant. On en discutera, mais pas maintenant. Reprend toi.
Après quelques inspirations, expirations, on a fait quelques faux sourires pour retrouver notre entrain avant d’entrer en scène. Oui, c’était comme entrer en scène après un énorme choc. On était mal, mais il fallait absolument donner le change. Je voulais que Pascal ne se doute de rien. On a couru pour revenir en arrière,. J’ai demandé à Caro de rire. Je rirais aussi. Et j’ai inventé une histoire pour que ceux qui nous voient arriver nous entende rire et ait l’impression qu’on s’amusait comme des folles.
Caroline m’a appris qu’elle s’appelait Manuella. Torture. Je dois avouer qu’elle était plutôt jolie.
Pascal qui discutait avec ses copains debout près du feu, a tourné la tête dans notre direction en nous entendant rire. J’ai pensé comme c’était affreux qu’il soit là, comme si de rien n’était, à bavarder avec ses potes, à rire comme s’il ne m’avait pas poignardé dans le dos la minute d’avant, de nous regarder en train de rire, comme si on ne savait pas ce qu’il venait de faire. C’était cruel.
Pascal nous a souri. Ça aussi c’était cruel. Comme si une main brulante s’était posée sur mon coeur.
Quant on s’est approché, Pascal m’a tendu la main en souriant et a passé mon bras autour de sa taille en gardant ma main dans la sienne. Quel bon acteur! Si je ne l’avais pas vu, je ne me serais doutée de rien. De rien du tout. C’était affreux. J’ai joué mon rôle; j’ai souri, ri, fait semblant de passer une bonne soirée, tout en ayant la tête dans un étouffant nuage gris. Mais j’ai gardé le sourire.
Caroline, trop sensible, restait à distance et fusillait Pascal des yeux par moment. J’avais peur qu’elle craque et finisse par se ruer sur lui et lui dire d’arrêter son cinéma, on avait tout vu. Alors j’ai prétendu être fatiguée et que je voulais rentrer. Pascal n’a pas insisté pour rester.
Dans la voiture, je me suis sentie plus détendue. Malgré la déception et la colère qui me grignotait de l’intérieur. Je ne l’ai pas repoussé quant il a voulu me faire l’amour en rentrant. J’étais déconnectée. Comment pouvait-il avoir envie de faire l'amour avec moi, alors qu’il semblait en pincer pour une autre?!? Mais là aussi, j’ai joué mon rôle. Je lui en ai donné pour son argent et j’ai été satisfaite quant épuisé, on s’est écroulé l’un à côté de l’autre et qu’il m’a serrée contre lui.
Etait-ce un sentiment de culpabilité de sa part de me serrer si fort? J’ai eu envie de lever la tête pour voir s’il avait les yeux fermés ou non, ou s’il regardait le plafond. Je me demandais s’il pensait à elle! Et je lui en ai voulu de me mettre dans une situation qui me faisait perdre ma confiance en moi. Et en lui.
Pendant qu’on faisait l’amour, je l’ai oubliée. Mais maintenant, elle était revenue me hanter, je les voyais s’embrasser, aussi nettement que quant j’étais plongée dans le buisson près du parking; chaque geste, imaginant leurs regards, et je crois que je le haïssais. J’avais envie de le blesser comme il m’avait blessée. De le griffer jusqu’à le défigurer, lui arracher les yeux. Mais je me suis serrée contre lui; « I Love You ». Il m’a embrassée sur la tête, m’a serrée un peu plus fort et dit qu’il m’aimait aussi.
Menteur.