162 - Je t'aime moi non plus!

Publié le par JaneDo


Thomas avait proposé qu’on se réunisse chez lui, pour prendre un verre entre amis. Les amis des amis, même inconnus du reste de la bande, étaient, comme d’hab, les bienvenus. Je n’avais pas envie d’y aller, je voyais Pascal le lendemain soir, donc, je me réservais avec impatience dans cette unique attente. Ce qui m’avait intrigué, était que, sachant que je n’avais pas trop envie de sortir, Layne avait paru soulagé. Alors, j’ai changé d’avis. L’idée de probablement croiser Pascal me troublait un peu.

Les garçons avaient leurs entraînements, alors en attendant leur arrivée, c’était Jess qui jouait les hôtesses. Elle jouait parfaitement son rôle, alors quel ne fût ma surprise de la voir fondre en larmes.

J’étais allée dans la cuisine rajouter un peu d’eau dans mon verre et prendre une bière pour Layne. Jess disposait des canapés sur un plateau et après lui avoir lancé un petit sourire de circonstance, je me suis servie dans le frigo. J’avais inconsciemment remarqué le frémissement de ses épaules, et je n’ai pas vraiment fait attention jusqu’à ce que j’entende ce qui ressemblait à un sanglot. Intriguée, je lui ai lancé un regard en coin. De l’endroit où je me trouvais, je voyais son profil et j’ai vu la crispation de son visage, dans un effort pour retenir ses larmes. Glups, ben ça!

Plutôt gênée, ma bière dans une main, mon verre dans l’autre, je suis restée une petite minute à hésiter à partir vite fait et faire semblant que je n’avais rien vu.  Mais c’était difficile de rester insensible au chagrin de quelqu’un et je ne suis pas en pierre.

En entendant du monde approcher, j’ai posé en vitesse ce que j’avais dans les mains et je l’ai embarquée dehors sur la terrasse, pour éviter que qui que ce soit puisse la voir dans cet état. Qu’est-ce qu’elle avait? Jess en larmes, ben ça, j’étais scotchée. En sortant, j’avais fermé la porte fenêtre derrière moi. Les vannes ont lâchés. Jess sanglotait comme un bébé, alors, je l’ai prise dans mes bras. Que pouvais-je faire d’autre? Elle avait de la peine pour je ne sais quelle raison, et j’avais une épaule sur lequel elle pouvait se pencher.

  • Je devine ce que Pascal aimait tellement chez toi; tu es gentille même après toutes les crasses que je t’ai fais. (des hoquets et des pleurs). Je sais qu’il ne m’aime pas ou plus de cette manière, mais ça fait vachement mal par moments.
    (...pleurs...)
    Tu es douce.
  • Je ne suis pas si douce que ça...

Après quelques hoquets, de pleurs entrecoupés de paroles, Jess s’est clamée petit à petit. J’ai été lui chercher du papier ménage pour qu’elle puisse se moucher, au lieu de renifler avec force. Dans un verre, j’avais mis quelques glaçons pour appliquer sur les yeux au cas où.

  •  J’ai été vache, n’est-ce pas? La vidéo?
  • Hahhh... ça... Ouais... c’était très vache.
  • Je suis désolée.

Me rappeler de la vidéo ne me faisait pas du bien. Derrière nous, on pouvait entendre les garçons rentrer de l’entraînement. J’ai préféré ne pas me retourner, mais j’ai reconnu le bruit de leurs voitures, et le son de leurs voix.

  • Maintenant que tu n’es plus avec Pascal, tu crois qu’on pourrait devenir amies?

Aoutch; “plus avec Pascal”... C'est bon, pas besoin de me le rappeler... ça me faisait, quand même, toujours frémir de l’entendre.

  • Même si je l’ai un peu poussé dans les bras de Caroline, ça me fait mal tu sais. Je voulais juste savoir avec qui il était, au lieu de laisser une inconnue rentrer dans notre vie.

Ciel, et elle avait le toupet de me dire ça...

  • Je suis hyper jalouse de le voir avec une autre, même si je m’amuse avec d’autres mecs. Il passe beaucoup de temps avec Caroline, tu sais, même plus que quant il était avec toi. J’ose te demander quelque chose?

Génial, je me ramassais à la petite cuillère, la petite info du temps que Pascal passait avec Caroline m’avait atteint en plein coeur. J’étais en miette.

  • Oui... Bien sûr...
  • Vous avez commencé quant à être plus que des amis?  Combien de temps après mon arrivée? Je me suis toujours posée la question. J’ai essayé de demander à Pascal, mais il n’a pas voulu me répondre. Tu sais qu’il est devenu distant, c’est trop dur à supporter par moments...

Glups, si Pascal n’avait pas voulu lui répondre... c’était peut-être pas à moi de le faire. Je réfléchissais en regardant mes pieds. D’après sa voix, elle s’était calmée et reprenait du poil de la bête... tant mieux.

  • Je sais pas exactement... Peut-être que... Non, je ne me rappelle pas, je ne sais vraiment pas... (gros mensonge!)
  • Je pense qu’il ne veut pas la tromper. Ça me fait mal de penser qu’il l’aime plus que moi.
  • Aoutch... Je me suis transformée intérieurement en flaque.
  • Tu sais, j’aurai toujours voulu que mon partenaire soit... plus ouvert... plus échangiste, plus... folie furieuse. Que même en étant un couple, on puisse continuer à s’amuser. Mais, je voulais aussi, toujours être sure qu’on resterait toujours ensemble même si on avait des aventures à côté de notre couple. Pour ça, Pascal est un peu coince. Qu’est-ce qu’il est sensuel... Bizarre de dire ça pour un mec, hein?
  • Pas du tout...
  • Oui, bien sûr, tu sais de quoi je parle hein? Ce que ça peut me manquer...

Elle a souri. Moi, j’avais les oreilles en feu. Elle s’était calmée, son coup de chagrin était passé.

  • En fait pour être honnête... J’aurai aimé être la seule qui aurait des aventures à côté, et lui m’attendrait sagement à la maison. J’avais toujours cru qu’il m’aimait plus que je ne l’aimais... J’ai dû...

Thomas nous ayant trouvé avait passé la tête par la porte.

  • Hé, les filles, qu’est-ce que vous fabriquez là dehors?

Avec un sourire heureux, Thomas a voulu sortir nous rejoindre, mais le get lost” (=dégage) de sa soeur ne lui a pas laissé d’autre option que d’aller se faire pendre ailleurs.

  • Jane? Tu sais que Thomas espère toujours qu’un jour, lui et toi...
  • Non, je ne pense pas. On est juste amis.

Je me suis retrouvée à corriger son maquillage qui avait lamentablement coulé après l’application des glaçons. Je pense que c’était pour ça qu’elle avait voulu que Thomas s’en aille.

  • J’aime jouer la forte, je ne voudrais pas qu’on puisse m’imaginer comme une espèce de faible bécasse. Ce serait gentil si, tu pouvais garder ça pour toi.

J’ai ri, j’étais pareille. Inutile de me le demander, je ne l’aurais de toute façon raconté à personne.

  • Tu sais que, parfois, tu me fais penser à Pascal par moment... Vous êtes avare de mots! Est-ce que tu trouves que je suis trop.. inquisiteur? Pascal me dit toujours que je pose trop de questions et que je me mêle toujours de ce qui ne me regarde pas.
  • Tu veux vraiment que je te réponde?
  • Heum... pas la peine. Je vais me... remaquiller.

Jess souriait gaiement en dévalant les marches pour rejoindre son appatement à l'étage inférieur. Ouais, elle avait repris du poil de la bête, pas de doute. L’air de rien, elle était sympa et marrante dans son genre. C’était vrai que, sans Pascal là au milieu, on aurait pu devenir amies. Mais j’aimais toujours Pascal.

Une chose bizarre, qui allait attirer mon attention en cours de soirée, était les relations entre Pascal et Layne. Ils n’avaient plus l’air d’être des ennemis jurés, au contraire, ils avaient l’air d’avoir un semblant de relation amicale.

Après être passé me saluer et discuter 2mn, Caroline était venu rejoindre Pascal et était restée debout à côté de lui, sans me parler, ni même me saluer ou
me regarder en face. Mal à l’aise, Pascal est parti rejoindre ses copains avec Caroline sur les talons. 1mn plus tard, Layne s’était joint à eux.

Trop trop strange!!! Est-ce que j’avais loupé un chapitre ou quoi? Ça me perturbait beaucoup de les voir causer ensemble et même rire de concert. Qu’est-ce qui s’était passé? Petits moments de doutes tragiques. Ça ne pouvait pas être bon. Si Pascal et Layne se parlaient normalement, et... C’était quoi ça? Ils étaient devenu amis? Waouhhhh, cauchemar! C’est qu’il n’y avait plus d’espoir entre Pascal et moi? Non, non, arrête ma fille, pas de ça. Tu va encore te construire un enfer dans ta tête, alors arrête.

Pourquoi est-ce que je n’arrivais pas à trouver les couilles pour aller vers Pascal, comme Caroline savait si bien le faire? Ni même rejoindre Layne, qui était pourtant mon petit ami. Alexia, comme Caroline, était à ses côtés. Je me sentais comme un Alien”. Pourquoi est-ce que je n’arrivais pas à faire une chose aussi simple?

Je tombais carrément de la Lune! Pascal et Layne sont sortis sur la terrasse en rigolant, comme de vieux compères. Même là, les pieds dans un bloc de ciment imaginaire, je n’ai pas pu me résoudre à les suivre. Depuis l’intérieur, on pouvait les voir causer, c’était surréaliste.

  • Bizarre, hein?
  • Heu... plutôt!

Thomas avait aussi remarqué ce grand changement. Donc, je n’avais pas la berlue, je n’étais pas la seule à remarquer ce gros, gros chamboulement. Mes jambes devenaient coton et j’avais une grosse boule de malaise dans le ventre. Une grosse vague de nausée s’abattait sur moi.

Mon regard a croisé, à distance, à quelques reprises celui de Pascal... Neutre. Impossible d’y lire quoi que ce soit. Si j’en avais le courage; j’annulerais demain soir, parce que là, j’avais le trouillomètre à 0. Comment est-ce que Caroline s’arrangeait, aussi facilement, à passer toute la soirée avec Pascal? Je l’enviais à mort!

  • Faut que je te parle, faut que je te dise un truc...

Layne m’a surprise en plein délire mental. J’espère que je n’étais pas en train de fixer Pascal ou Caroline.

  • Tu sais, un soir, j’avais été invité à dîner chez Alexia, je pensais que c’était une soirée entre amis, comme ici. L’occasion de prendre un verre, bavarder et qu’elle avait eu envi de faire à bouffer. J’ai été surpris de ne voir arriver que Caroline et Pascal. Je ne m’y attendais pas, et je me suis demandé ce que je foutais là (ben tiens!). C’est bizarre, non?

Mon estomac était devenu le tambour d’une machine à laver le linge. Ça tournait à fond, j’étais en plein programme d’essorage. Je nageais entre la fureur, la tristesse, déception... Bah, impossible de choisir entre la colère et l’envie de pleurer. Les mots me manquaient.

Pascal et Caroline? Dîner à 4? Soirée couple? Et ils y avaient été, l’un comme l’autre? Ils avaient tenu le rôle du petit ami, pour un petit dîner en couples. J’étais verte. Heureusement, il faisait sombre, il ne pouvait voir la fumée me sortir par les oreilles!!!

  • Pascal et moi, face à face, seuls, imagine un peu! On était surpris, puis finalement c’était plutôt sympa. Ça nous a permis de discuter et j’sais pas... Finalement, Pascal est vraiment sympa comme mec. C’est dingue, dire que je n’avais jamais remarqué qu’il était si cool.
  • Soirée en couples? Toi et Alexia, Caroline et Pascal?

Ça m’avait échappé.

  • Heu... Non... Ce n’était pas une soirée en couple. Je ne suis pas en couple avec Alexia. Je sais pas pourquoi elle m’a invité comme ça. Je pense que, c’était peut-être une tentative de nous donner l’occasion, à Pascal et à moi, d’enterrer la hache de guerre... ouais, je pense que c’était ça.
  • Comme dans; Caroline étant ma meilleure amie, et elle, étant avec Pascal, et moi avec toi, autant que vous vous entendiez bien???
  • Qu’est-ce que tu va imaginer.

L’estomac en feu, les bras et les jambes en chicklet, j’étais trop furax pour bouger. J’avais envie de poser des milliers de questions pour connaître chaque milli-seconde de la soirée, mais... je ne voulais pas m’abaisser à ça.

Alors Pascal allait à des soirées en couple avec Caroline? Et Layne se faire avoir aussi stupidement... j’étais hyper verte, et malade aussi. Et aussi hyper, super furax.


Je les détestais tous les 2 tiens!

  • Ne te fâche pas contre moi. Je t’assure que je pensais que c’était une soirée entre amis, je ne pensais pas me retrouver à 4 comme ça. Si je l’avais su, je n’y aurais pas été, tu le sais bien, non? Je tiens à toi, je n’ai envi d’être avec personne d’autre que toi.

S’il me connaissait mieux, il n’aurait pas essayé de me prendre dans ses bras et je n’aurait pas eu à l’envoyer chier. Si je n’avais pas les jambes en banbou, je me serais tirée. Tout ce que je pouvais faire, c’était de lui tourner le dos et lui dire de me laisser.

  • Jane, je t’aime, tu sais!

Et encore une tentative pour me prendre dans ses bras. C’est pas que je lui en voulais moins ou quoi, mais je l’ai laissé faire, encore sous le coup de la surprise. C’était la 1ère fois qu’il me disait qu’il m’aimait, et ça, ça me surprenait beaucoup et je n’avais pas le courage de l’envoyer balader après ça. Même si... quelque part, c’était peut-être justement le but rechercher.

Du coin de l’oeil, j’ai aperçu la silhouette de Pascal sur la terrasse, juste au dessus. Il avait dû entendre toute la conversation. Quant j’ai laissé Layne me prendre dans ses bras, Pascal s’est discrètement retiré.

Layne avait vraiment le don de me couper les pattes. J’aurai pu profiter de la situation pour rompre, mais une fois de plus, il m’avait eu par surprise. J’avais un mal de tête incroyable, je me sentais toute molle de fatigue. Je n’avais qu’une idée... rentrer.

Je n’ai pas voulu passer la nuit chez lui, comme ça avait été prévu au départ, ni qu’il vienne chez moi.

*   *   *   *   *   *
Je t'aime moi non plus! (162-jeu-11.juin.09)

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Publié dans jane's diary

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