188/2013 - Que va faire Pascal? - (2)
Samedi, 6 juillet 2013 - 187/2013 - Que va faire Pascal? - (2)
C’est fou comme je me sens à l’aise avec Thomas! Pourquoi ce n’est pas pareil avec Pascal? Pourquoi est-ce que je me sens gênée, ou de trop? Je ne comprends pas!!! Pourtant, je l’aime plus que tout au monde!
Je suis arrivée en retard au tournoi, comme d’hab. Dès que j’ai passé l’entrée des terrains, Thomas m’a fait signe en souriant. Impossible de rater un grand type, qui saute sur place en faisant de grands signes. Les regards de ses potes se sont tournés vers moi, ce qui m’a fait prendre des couleurs instantanément. Tout de suite à l’aise grâce à lui. Ni perdue, ni plantée. Thomas m’a prise aussitôt par la taille et m’a fait une place avec eux.
Puis, j’ai vu Pascal… Il m’avait bien entendu vue, étant donné les débordements de Pascal.
Au fond du coeur, je lui faisais le reproche de n’avoir pas pensé m’inviter. J’avais l’impression d’avoir les organes internes en plein marathon. Voir Pascal m’a toujours scotchée sur place. J’ai détourné la tête pour sourire à Thomas. Je lui étais reconnaissante de toujours me faire une place partout. De toujours m’accueillir comme si j’étais une déesse.
Peu après mon arrivée, ils ont dû aller sur le terrain. J’étais contente de ne pas être arrivée 10mn plus tard, je n’aurai pas su où me mettre en attendant. Glups. On s’était installé dans un coin à l’ombre. Quelqu’un avait pensé à prendre une glacière, remplie de boissons rafraichissantes. Thomas bien sûr. J’ai compris que les chaises longues et autres n’étaient pas fournis par le club organisateurs, mais avaient aussi été apportés par Thomas, avec l’aide de ses potes. Sacré Thomas!
Pendant une pause, on a été s’asseoir à une des tables sous une des tentes. Le Club faisait des grillades. Bien sûr, ce n’était pas offert, il fallait payer. Le “Capitaine” de l’équipe offrait la collation pour remercier les joueurs et leurs compagnes. Ça, j’ai trouvé sympa.
Pascal était assis presque en face de nous, à côté de Caroline. Je me suis demandée si Pascal l’avait invitée ou si elle s’était imposée. Heureusement, pas de trace de la miss Elodie. Je crois que ça aurait ruiné ma journée. Ierk, j’aurai peut-être dû lui parler? Argh, j’aurai pas pu.
Vers la fin de la pause, j’ai entendu Pascal dire qu’il se sentait enfin “libre”. Jess était repartie pour les Etats-Unis. Ça m’a fait drôle de l’apprendre comme ça. Et peur aussi. Maintenant, rien ne le retenait à la maison. Chez lui. Oui, j’étais chamboulée. Nos regards se sont croisés à plusieurs reprises. J’aurai été incapable de dire à quoi il pensait quant il me regardait. Il avait l’air dans la lune. Je ne pourrai ni dire s’il était fâché, content de me voir, ou même s’il y avait de la distance dans ses yeux verts. Trop perçants.
Quant les autres se sont levés pour aller se préparer à retourner sur le terrain, Pascal est resté assis, la tête dans les nuages. Il avait l’air pensif. Ou triste? J’avais voulu partir, mais quelque chose m’a retenue près de lui. J’ai eu l’impression qu’il avait besoin de moi. Que je devais rester...
- C’est moche hein? Dire que je me sens libre parce que Jess est rentrée?
Son regard a glissé sur moi pour se perdre à nouveau dans le vague.
- Comment est-ce qu’on en est arrivé là? Il y a pas si longtemps, elle était toute ma vie. Je l’aimais comme un fou. Dingue au point de la laisser me mener par le bout du nez. On a acheté un appartement à New-York, on était heureux… Non, j’étais heureux. Elle, je ne sais pas en fait. On était libre ensemble. On avait planifié notre vie, s’était projeté dans l’avenir. On imaginait notre vie ensemble. J’étais toujours impatient de rentrer du boulot pour la retrouver. Je la trouvais si fascinante, pimpante, pleine de vie, belle… autant qu’aujourd’hui, je la trouve agaçante. Aujourd’hui je me rends compte à quel point elle était loin de ressentir la même chose pour moi. Elle en avait rien à foutre. Elle jouait à me tourner en bourrique. Jeeez… Comment en est-on arrivé là? Un jour tout est beau, bien défini… et tout d’un coup, on ne reconnait plus rien! Ou sont passé mes certitudes, mes plans, mon avenir? Je l’aimais tellement… On avait tellement de projets...
Pascal s’est mis à lacer ses chaussures… perdu dans ses pensées… Petits moments de silence. C’était bizarre de l’entendre parler comme ça. Je ne savais pas qu’il se posait tant de questions.
- On a voulu se rapprocher de la famille, alors on a décidé de venir aussi en Suisse. Notre petite vie bien rangée allait en prendre un coup… Jess n’a pas voulu venir tout de suite. Elle venait me rejoindre après que je sois bien installé. Elle me manquait à un point, c’était fou. Elle a commencé à repousser son arrivée, et continuait à me manquer de plus en plus. Au point que j’avais même pensé rentrer la chercher. Je ne supportais pas la vie sans elle.
Pascal a eu une sorte de petit rire… désabusé. Pascal devait être prêt à rentrer sur le terrain, les autres l’appelaient, l’exhortait à se dépêcher. Pourtant, il n’avait pas l’air pressé.
- Un soir, je sors avec Thom, et je t’ai vue… Je suis tombé sur les genoux! J’étais amoureux? Improbable. J’ai compris que ce que j’éprouvais pour Jess n’avait rien à voir avec l’amour. C’était une amourette de jeunesse. Rien à voir avec l’amour fou. Toute ma vie a été chamboulé en un instant. Comment est-ce possible… Tout a changé si vite… Cette fille que je croyais aimer à la folie, avec qui j’avais planifié ma vie… Je me sens libre quant elle s’en va? C’est d’un triste…
Comme s’il s’était secoué, Pascal s’est levé pour aller rejoindre ses potes. Du coin de l’oeil, j’ai aperçu Thomas qui faisait l’effort de ne pas lancer des regards inquiets dans notre direction.
Pascal a fait quelques pas, puis il s’est arrêté. Il me tournait le dos et regardait en direction du terrain. Il avait déjà fait un pas en dehors de la tente. Sans se retourner, d’une petite voix, Pascal m’a demandé si j’avais bien dormi chez Thomas. Glups. Ça m’a tétanisé. Si je m’attendais à celle-là!
Comme je tardais à répondre, il a ajouté qu’il m’avait vu arriver hier soir, mais pas repartir. Ce matin, ma voiture était encore là, donc il en a conclu que j’avais dormi chez Thomas. Se tournant à moitié, mais toujours sans me regarder, il a demandé s’il se passait quelque chose entre nous, si je n’avais pas quelque chose à lui dire à ce sujet. Puis, Pascal a semblé se raviser, il est parti en courant rejoindre son équipe.
Ou était-ce parce que les autres lui faisaient signe de venir???
Je suis restée longtemps assise à la table sans bouger. Je ne sais pas si je pensais à quoi que ce soit. Je crois que j’avais la tête vide. Bizarrement, je voyais ma nièce en train de balancer la tête de manière comique, pour dire; “Je suis vi-iiiii-de dans ma tête”. En d’autres circonstances, j’aurai éclaté de rire. Elle faisait référence à ces nanas qui s’habillent de manière vulgaire, qui rigolent pour un rien, bêtement, juste pour faire plaisir aux garçons.
Je suis finalement sortie pour aller au bord du terrain où ils jouaient, pour pas inquiéter Thomas. Je ne voulais pas qu’il s’imagine que j’étais partie après ma discussion avec Pascal.
Je n’ai pas réussi à me mettre dans l’ambiance, malgré la présence rassurante de Caroline au bord des terrains avec moi. Je n’étais pas toute seule. Elle était, là à les encourager, à sauter, applaudir à chaque buts. Moi, j’étais hors champ, hors du temps. Dans la lune.
Après la journée au soleil. Et c’était un soleil de plomb. Il y a eu le souper tous ensemble. Encore là, j’étais à côté de la plaque. Pascal ne faisait pas attention à moi. Lui aussi avait l’air un peu à côté de la plaque. Thomas, lui, était égal à lui-même; chaleureux, amusant, drôle. Aux petits soins pour tout le monde.
Puis, Pascal a dit qu’il rentrait… Et je me suis un peu réveillée, comme après un long sommeil. Le brouillard dans ma tête s’est déchiré. Il s’est levé, a fait la bise aux filles, moi y compris, serré la main de ses potes, puis j’ai vu son dos disparaître au loin. Il était parti. On aurait dit que tout avait perdu de sa substance. Le néant. Il n’y avait plus rien d’intéressant.
Je n’avais même pas remarqué tout de suite que Caroline était partie avec Pascal. Ni qu’elle m’avait fait la bise en partant.
Avec Thomas, on est rentré une heure après approximativement. Il a fait la remarque que, j’avais l’air de ne pas être là toute la journée. Gentiment, il a voulu savoir ce qui s’était passé avec Pascal, ce qu’on s’était dit. Je lui ai dis qu’on a parlé seulement de Jess. Et c’était vrai. Je ne mentais pas.
Normalement, un samedi soir, Thomas sort toujours, mais ce soir, on a passé la soirée chez lui à mater des films. En passant, j’avais remarqué que Pascal était chez lui. Mais très vite, j’ai fermé mon esprit aux délires. Il ne fallait pas que je pense à lui. Que je me mette à me poser des questions sur le pourquoi et comment. Fallait pas.
Cette nuit aussi, j’ai dormi chez Thomas. Avec Thomas. Lui au moins voulait que je sois là...