321/2012 - Layne est un monstre...
Samedi - 17 novembre 2012 - 321/2012) - Layne est un monstre!
Atroce ce que Pascal pouvait me manquer. Si seulement il m’appelait, ça me rassurerait? Je saurai qu’il pense à moi. Mais là, rien. Pas de nouvelles; pas de messages, pas d’appels. Il ne pourra pas me raconter qu’il n’avait pas de batterie, oublié son natel ou quelques autres excuses tous aussi bidons. Pas une seul téléphone qui fonctionne? Pas de cabine téléphonique? Il ne manque pas de moyen pour me contacter s’il le voulait. Peut-être qu’il ne pensait pas du tout à moi en fait.
Rhhh, je dépéri. Je suis désespérée… Je traîne mon cadavre d’un coin à l’autre de mon appart, incapable d’avoir envie de faire quoi que ce soit. Je réalise à quel point je suis accroc, complètement dépendante. C’était une triste constatation. On ne peut pas dire que c’était la première fois que je m’en rendais compte.
L’après-midi, complètement en manque, j’ai été zoner chez Pascal. C’était vide. Mais au moins c’est l’endroit où il reviendra, où il vit, où flotte l’aura de sa présence.
Je savais que je risquais de tomber sur Thomas. Ça n’a pas manqué. Il était étonné de me voir là. J’ai fait semblant de venir chercher quelques affaires. J’avais un peu honte. On a été boire un petit café chez lui. La compagnie était agréable, mais je sombrais quand même. J’avais de la peine à suivre son monologue. Il a dû se rendre compte que j’étais à milles lieux en-dessous, alors il m’a prise dans ses bras.
La peur de m’accrocher à lui, de me laisser aller à pleurer comme une idiote m’a fait prendre la fuite. C’était clair, il s’est rendu compte que je déprimais. J’ai cru voir une once de pitié dans ses yeux. Encore la honte.
Désoeuvrée, à la recherche d’une bouée de sauvetage quelque part, j’ai failli aller faire un saut chez Caroline. Et ça, ç’aurait été lamentable. Ce matin, en prenant notre café ensemble, elle m’avait proposé de repasser ce soir et on aurait fait la même chose; lire et se larver. J’ai décliné sous prétexte que j’avais des trucs à faire. Alors courir chez elle maintenant, j’aurai vraiment l’air d’une tarte!
Rien d’autre à faire à part rentrer…
J’avais besoin de ne pas me sentir aussi abandonnée, aussi seule, aussi perdue quant Pascal n’était pas là. Besoin de croire que je pouvais respirer, vivre comme je le faisais avant. Où est-ce que mon “moi” était passé? Je n’étais plus que l’ombre de moi-même, c’était affligeant. J’aurai dû rester avec Thomas, je ne risquais rien. Non. Non, il est bien trop proche de Pascal, et je me serais sûrement mise à déballer ma déprime et Pascal aurait fini par le savoir. Non et non.
En manque de tendresse, de bras dans lesquels je pourrais fondre et oublier ma détresse, j’ai fait peut-être une grosse bêtise; J’ai appelé Layne.
Layne a été surpris d’avoir de mes nouvelles. Ça faisait un bail. Il n’était pas seul, donc je n’ai pas pu foncer me réfugier chez lui, mais il a proposé que je passe en début de soirée. Mouais, toujours aussi pratique lui! En début de soirée, comme ça il saurait s’il pouvait en tirer quelque chose, sinon, bye, il aurait d’autres chats à fouetter.
Caroline a appelé pour savoir si je voulais plutôt aller chez elle. On aurait dit qu’elle se doutait que mes excuses de ce matin n’était que des mensonges. Elle a insisté, essayant de me faire annuler, qu’elle se sentait seule. Je me demande si sa démarche était pour moi ou pour elle?
- Non, je ne peux pas annuler… J’ai promis.
- Si Pascal avait été là, alors on t’aurait pas vu ce soir?
- Non, “on ne m’aurait pas vue”.
- Mince… Je vais déprimer… Qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire? Aller à la soirée de Thomas? Oh non. Je m’ennuierai. Ce sera pire. Ahfff, si jamais tu change d’avis… Tu sais que t’es la bienvenue. Ou sinon, je viens chez toi. C’était bien hier soir, je me sentais moins seule. Qu’est-ce que tu fais maintenant? Tu veux qu’on aille faire les magasins?
- Les magasins? Un samedi? Quelle horreur, sûrement pas.
Mouais, je n’étais pas la meilleure copine de la planète en plus.
- Ecoute, je passerais peut-être après…
- Super! Oui, passe à n’importe quelle heure. Je serais là. J’ai rien d’autre à faire.
- Arrête tes conneries. Tu n’as pas commencé à exister seulement depuis Pascal!
Man! Regarde qui parle!!! Comme si j’étais plus “smart”! Comme si je m'en sortais mieux qu'elle!!!
Layne est l’archétype du salaud. Mais un très charmant salaud. Difficile de résister à son sourire carnassier, de requin. Je crois que c’est son côté “bad boy” qui plaît tellement. Aucune considération pour les filles. Je crois qu’il n’en a rien à foutre. Du moment qu’il passe un bon moment, qu’il obtient ce qu’il veut, c’était tout ce qui comptait pour lui.
Il y avait une fille chez Layne. Ça m’a gênée. J’ai eu aussi l’impression que c’était comme pour me faire un signe; si tu viens, c’est que tu as mieux à me proposer. Glups. Moi qui pensait juste passer une soirée entourée de tendresse sans plus. Etre avec quelqu’un que je connais bien, avec qui je me sentais à l’aise et contre qui je pouvais juste me serrer sans honte. Des bras solides et masculins.
Layne me fit entrer et passer au salon. La demoiselle boutiquait dans la cuisine. Il avait été lui chercher son mateau et son sac et les posa sur la table de la cuisine.
- Oh! Tu attendais quelqu’un? Tu ne m’en as rien dit!
Il a eu une sorte de rire, mais un sourire tout aussi charmant. Je les observais en douce. Elle aussi me détaillais du coin de l’oeil.
- Je dois te rendre des comptes maintenant?
Un petit éclair de lucidité traversa les yeux de la charmante petite brunette.
- C’était seulement pour une nuit, c’est ça? Pour tirer un coup facile, c’est ça?
Layne ne prit même pas la peine de répondre. Il prit les affaires qu’il avait posé sur la table pour les lui tendre. Elle a pensé s’être trompée, que ce n’était que parce qu’il avait une visite inattendue, qui semblait en plus, passablement déprimée, c'est pour ça qu’il l’encourageait à partir.
- Je voulais te préparer un petit truc à manger…
- Je n’aime pas qu’on traîne dans ma cuisine.
- On se voit plus tard?
Layne est reste imperturbable, un sourcil légèrement relevé. Il se demandait si elle allait le forcer à mettre les points sur les "i". Après avoir enfilé son manteau, elle a voulu lui passer les bras autour du cou, l’embrasser, mais il s’est dérobé. Aoutch, l'affront! L’incompréhension se dépeignait son son joli visage. Quelle vache ce Layne. Il s’était adossé contre le pilier qui délimitait la cuisine, les bras croisés, le regard acéré, prêt à mordre, à lui arracher le coeur, à piquer là où ça fait mal.
Avant de quitter l’arène, elle s’est penchée vers lui, essayant encore de l’embrasser, mais il a tourné la tête en se redressant. LSur son visage, la douleur succéda à l’incompréhension. Campée telle une combattante, les jambes légèrement écartée, comme si elle avait peur de perdre l’équilibre, elle répéta sa question; “C’était seulement pour une nuit, hein, c’est ça?”.
-
Faut pas m’en vouloir… C’est comme ça. Désolé! - Désolé? Mon oeil. Tu n’es qu’un beau salaud.
Elle lui lança encore un “va te faire foutre” en tournant les talons. La porte claqua avec force. Il n’avait pas été très sympa, je le lui ai fait remarqué. C’était gênant d’être le témoin de son comportement. J’avais un peu pitié qu’elle se soit laissé prendre dans ses filets. Le pire c’était qu’elle reviendra sûrement se faire tordre à nouveau. Je ne savais pas que Layne pouvait être aussi atroce avec les filles! Quelle horreur. Quel salaud!
- Tu veux que je la rappelle?
- Elle te raccrocherait au nez.
- On parie? C’est vrai que toi et Pascal, vous aimez bien les petites parties à 3. Mais, je t’assure, elle n’en vaut pas la peine, elle n’est que jolie, pas trop top au lit.
- Quel rat…
Layne a rigolé. Il est venu s’effondrer sur le canapé en me prenant dans ses bras. J’ai fait mine de vouloir le repousser. Il a maintenu la pression, me serrant encore plus fort en souriant. On savait chacun ce qui se passait dans la tête de l’autre. Sans se démonter, il m’a demandé si je passais la soirée avec lui ou si j’allais prendre la fuite s’il tentait de m’embrasser ou plus.
Mince, je n’avais pas envie d’être seule, et pas envie de passer la soirée avec une copine. Que faire? Lui faire croire qu’il y avait une chance ou être franche? Petite parade, je lui ai demandé s’il n’avait pas meilleur temps de courir après la petite brunette et se faire pardonner. Layne a éclaté de rire. Sans gêne il a dit qu’elle ne lui avait pas donné autant de plaisir que ça et qu’elle ne méritait pas une 2ème chance. Elle dégageait plus de sensualité qu’elle en avait en réalité. Un trompe oeil.
Je l’ai laissé m’embrassé. Après tout, c’était ça ou partir!
Puis, les photos et les rapports cachés au fond de l’armoire à Pascal m’ont frappé. Une petite lucidité bien à point. J’ai raconté à Layne sans lui parler du coffre, sans dire comment je le sais. J’ai sous-entendu que je l’avais appris par quelqu’un. Enfin, c’est ce qu’il a compris et je n’ai rien fait pour le détromper.
Il a compris que je ne passerais pas la nuit avec lui, et que je partirais à une heure décente pour ne pas attirer les foudres de Pascal. Layne a soigneusement baissé les stores, fermé tout ce qui pouvait nous trahir ou me mettre dans une mauvaise posture. Je savais que j’allais passer à la casserole si je ne partais pas. Mais, je n’avais pas trop envie de partir… Je devais trouver le moyen de faire traîner, espérer sans tomber entre ses griffes. Le rappel du traitement de la petite brunette m’a renforcé. Quelle chance que Layne ne m’a jamais traîtée comme ça!
Mais Layne n’était pas un idiot, il a très vite deviné ce qui se passait et a décidé d’attaquer. J’ai dû prendre la fuite. L’air de rien, ça l’a amusé. Il m’a demandé de ne plus revenir avant de savoir ce que je voulais vraiment. Ça n’avait jamais été compliqué entre nous, ce n’était que physique. C’était dommage. Je n’avais plus qu’à me contenter de Caroline ou de déprimer à mort toute seule chez moi, avec les images de Pascal et Jess dansant la farandole dans ma tête.
Caroline se sera!
Comme un chien mouillé, j’ai atterri sur le pas de sa porte. J’avais envie de pleurer. Elle a compris à voir ma tête que ça n’allait pas fort. Mais, je ne pouvais pas lui raconter. Je ne pouvais pas lui dire que j’avais failli enterrer mon manque de Pascal dans les bras d’un autre!
Voir Caro a agi comme un électro choc, mon cerveau se réveillait. Ce n’était pas toujours bon, mais le réflexe me permettait de basculer de la peine et de la déprime à la colère salvatrice. Après tout, il se tapait bien Caro quant il le voulait? Il était peut-être probablement en train d’en faire autant avec Jess? C’était sans doute pour ça qu’il ne m’appelait pas, qu’il ne me donnait pas de nouvelles.
Non! Je ne pouvais pas raconter tout ça à Caroline…
Piquée au vif, j’ai laissé un message à Layne pour lui demander si je pouvais venir dormir chez lui. La réponse a été rapide, comme s’il attendait mon appel. Bien sûr, je pouvais dormir chez lui. Je savais très bien ce que ça impliquait. J’étais contente de moi, pourtant quelques heures plus tard, je n’étais plus aussi sûre. J’avais l’estomac dans les baskets, tout chamboulé.