116/15 - Aveugle qui veut...
Dimanche 26 avril 2015 - 116/15 - Pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir...
Non, Pascal n’avait pas été dépanner un copain. Caroline l’a perdu dans la circulation. Il avait été retrouvé cette fille. Celle avec qui il échangeait des regards discrètement. Par acquis de conscience, elle avait tourné aux adresses connues. Pascal n’était pas chez Elodie, ni chez Maud.
Caroline non plus ne savait rien de cette nana. Ni qui elle était, ni son nom, ni où elle habitait. Le néant. Pendant qu’elle tournait en rond comme une hélice à sa recherche, aux alentours de l’endroit où elle avait perdu sa piste, lui? Toutefois, elle avait réussi à aller plus loin que la dernière fois.
Le film dans ma tête avait pris vie, une dimension que je ne pouvais freiner;
Dès le moment où elle m’a vue, elle avait filé. Pascal savait comment la joindre, et ce devait être déjà entendu entre eux. Ou, il lui avait fait la bonne surprise de passer et cela avait dû lui faire plaisir. Ce qui me rendant folle de jalousie du coup.
Après m’avoir servi son prétexte, il avait dû l’appeler en chemin. Elle l’attendait surement en déshabillé. Quant elle lui a ouvert, il devait certainement avoir ce petit sourire ravageur qui faisait fondre les coeurs. Sans même parler, elle avait dû lui sauter au cou, ou il avait dû la prendre dans ses bras.
Il s’était certainement excusé de mon arrivée inattendue, de l’avoir délaissée (grave ce que ça me faisait mal), de n’avoir pas eu la possibilité d’aller vers elle. Pour vivre heureux, faut vivre caché. Si je me doutais de quelque chose, cela risquerait de tout gâcher, alors ils restaient prudent.
Mais alors... pourquoi insistait-il tellement pour que j’aille vivre chez lui? Cela risquait de tout compromettre?
J’avais la folle envie de vérifier s’il ne portait pas de traces suspectes. Mais j’avoue que j’avais peur d’en découvrir. J’ai donc accepté son mensonge et zappé le reste. Après tout, avais-je envie de voir la lumière? De savoir toute la vérité? Qu’on m’ouvre les yeux de force? Non. Je préférais nager dans mon ignorance.
Il sera toujours temps de lui faire une scène mémorable quant j’aurai de sérieuses preuves et que je saurais exactement ce que je veux faire. Tant que je n’avais pas la force de le quitter, inutile de vouloir tout savoir, ou le forcer à parler. Après, je n’aurai pas d’autre choix que de le quitter. Quoique!
On a passé une journée adorable collé l’un à l’autre. Ces moments là me font toujours douter; il ne pouvait pas être en train de commencer quelque chose avec une autre femme, alors qu’il était si adorable avec moi? Ou sinon, il était devenu le meilleur des menteurs. Diplômé avec mention. Et il y quelques jours, il disait encore m’aimer. Alors il m’aime. Je n’avais pas à chercher plus loin.
Dimanche soir, j’ai dormi chez lui. Je crois que quelque part, je ne voulais pas lui laisser la possibilité de partir la rejoindre. Ou qu’elle ait l’immense joie de passer la nuit avec lui à ma place. Je réalisais bien que je manquais de confiance. J’avais peur.
Dans l’après-midi, après avoir joué un moment à la guitare, Pascal avait cherché à s’absenter; il voulait aller voir un match. Alors qu'il avait refusé de se joindre à la troupe de copains chez Thomas, pour jouer aux jeux vidéos!!!
Innocemment, j’ai sauté sur l’occasion pour dire que ça me faisait plaisir de l’accompagner. Je n’ai pas voulu le laisser hors de ma vue. Sans aucune surprise, il a changé d'avis!!! Plus de match à voir???
Pourtant, ma raison et mon intelligence savait que ce n’était pas la bonne réaction. Au contraire, je devrais lui faire sentir que je savais, lui dire de faire ce qu’il voulait, ce qu’il avait à faire, que je serait encore là après. Le laisser y aller.
Cela n’aurait pas la même saveur que quant on se cache, quant on doit trouver des bobards pour courir retrouver quelqu’un d’autre.
Surtout ne pas le suivre, ne pas lui faire de scène, ne pas le laisser m’en parler. Hélas, encore sous l’emprise de ma peur, je faisais tout le contraire. L’empêcher de la voir, c’était juste créer le besoin de la voir. Cela risque même de lui donner l’impression qu’il est amoureux d’elle.
Elle jouait parfaitement son rôle de «l’autre femme», et s’éclipse fort à propos! Et moi, je jouais mal le mien! Pire, je faisais son jeu. Je jouais contre moi-même! En fait... j'ai peur... J'ai peur qu'il m'abandonne...
Pas peur qu'il me laisse tomber pour elle. Elle je m'en fou. Peur de ne plus pouvoir le voir. Ne plus pouvoir lui parler, l'entendre rire, ne plus partager ce qui lui fait plaisir, plus partager quoi que ce soit, ne plus pouvoir le toucher, l'embrasser, me coller contre lui... Peur de ne plus le sentir, ne plus savoir ce qui le fait rire... Ne plus faire partie de son existence et le voir disparaître...