123/14 - Le chat se cache...
Samedi 3, mai 2014 - 123/14 - Le chat se cache...
Tout à ma déception, je me suis réfugiée dans la peinture. On dit que les chats se cachent pour mourir, mais certainement aussi pour lécher leurs plaies. Pascal tentait désespérément de me joindre, mais je ne pouvais pas m’empêcher de me rappeler qu’hier soir, il n’avait rien tenté pour me retenir. Au contraire, dès que j'ai tourné les talons, Pascal s'est précipité chez Maud. Même s’il n’y était pas resté longtemps, ça me foutait en colère.
-
On peut se voir? - Pourquoi?
- Pourquoi? Pour parler?
- Pas envie de parler. Et surtout pas avec toi.
- Jane stp…
Silence de mon côté. Rien à dire. Qu’il aille se faire voir. Je n’ai aucune envie de faire d’efforts.
- Je suis passé chez Maud, mais je ne suis pas resté.
- Pourquoi?
- Comment ça pourquoi?
Silence. Il n’avait qu’à utiliser ses petites cellules grises, comme dirait mon ami Hercule Poirot.
- Juste pour lui dire que je ne restais pas. Pas la laisser dans le noir.
J’ai rigolé. Il ne voulait pas la laisser sans nouvelles? Le crétin!
- Le téléphone ça marche pas?
- Le téléph… Elle ne répondait pas.
- Ha oui! Si tu passais pas, c’était terminé je crois. C’est bien. Tu as beaucoup d’égards pour elle. Tu ne voulais pas la laisser dans le noir, mais moi, ça t’étais égal. C’est très bien.
- Argh… C’est pas pareil…
- Carrément! Bon, c’est tout? C’est pour ça que tu voulais me voir? C’était pas la peine.
L’empêche ça me faisait du mal de le torturer comme ça, mais la colère contrôlait mes réactions. J’avais envie de lui arracher les yeux, tout autant que ça me faisait mal d’entendre sa voix trembler. Malgré toute ma rage, malgré que je l’envoyais sur les roses, ne lui laissant aucune chance de me raisonner, je l’aimais quand même.
- Jane… Ne raccroche pas! C’est mieux de se parler face à face, par téléphone, c’est…
- Pour une fois, ça me va très bien. Bon, tchô!
- Raccroche pas… Pourquoi tu ne veux pas qu’on se voit? On pourrait au moins s’expliquer?
- C’est pas la peine. Tu l’as dit toi-même, tu ne voulais pas la laisser dans le noir, moi tu t’en fichais. Y a rien à dire de plus.
- Ben alors passe à la maison, tu sais que Jess n’est pas là.
- Oui… On aurait pu se dessiner un autre week-end.
Dans ma tête, les choses s’entre-mêlaient, me souvenir qu’il n’avait pas essayer de me retenir, était certainement parce qu’il avait prévu d’aller chez Maud. S’il m’avait retenue, il n’aurait pas pu aller la prévenir. La colère m’a aveuglée à nouveau, et sans lui dire au revoir, j’ai raccroché.
C’était mieux, sinon, j’aurai gueulé, lui aurait fait des reproches, et ce n’était pas la peine. Pascal a rappelé, il voulait que je passe chez lui. J’ai refusé, lui demandant d’arrêter d’appeler, je ne changerais pas d’avis.
Mais est-ce que j’en étais si sûre? S’il arrêtait, je crois que je serais encore plus fâchée. S’il continuait, je ne lui répondrais pas. Alors? Son appel suivant, je n’ai pas répondu. Le suivant oui. Il voulait débarquer chez moi. J’ai dit que je n’étais pas à la maison. Il a osé vouloir savoir où j’étais; “Ben ça, je ne crois pas que ça te regarde, si?”.
- Jane, stp, viens, ou allons prendre un verre et discutons. Qu’on puisse régler ça et profiter du week-end ensemble?
- Heu… je crois que ça, c’est trop tard.
- Non. On peut encore, j’ai confiance en nous.
Oh la! Sans le vouloir, il avait mis le pied dans la fourmilière; confiance en nous? Ça m’a rappelé que ses copains pensent que je suis si faible, que je lui pardonne tout. Peut-être que ce serait plus malin de laisser ma rage de côté le temps du week-end? Au moins, profiter de l’absence de sa femme? Non. Non, non et non. Peux pas. Trop furax.
- Tu viens au moins ce soir?
- J’sais pas…
Entre temps, désespérée, parce que je voulais effectivement aller au barbecue qu’ils donnaient dans le jardin ce soir, j’ai appelé Layne. Il n’avait encore rien de prévu, à part traîner dans les mêmes bars avec ses potes. Il a sauté sur l’occasion de m’accompagner; “Il y a toujours une bande de supers nanas à leurs sauteries, alors ouais”.

Layne et Steven ne se connaissait pas. Ils ont fait connaissance. Je crois que Steven a passé une bonne partie de la soirée à le jauger, l’observer. En tous cas, j’avais capter son attention. Celui de Pascal aussi. Le sourire au beau fixe, je l’ai salué comme s’il ne s’était rien passé, comme si on ne s’était pas parlé au téléphone.
Les 5h qu’on a passé au barbecue, Pascal est resté dans son coin, à tirer la gueule. Je ne sais pas si c’était à cause d’hier soir. Il a cherché toutes les occasions possibles pour me parler, mais je m’arrangeais toujours pour m’éclipser. De toute façon, Layne était toujours à côté, ce qui le gênait pas mal.
Toujours au bord de la colère bien camouflée quelque part dans ma tête, j’ai soigneusement évité de regarder Pascal, de lui parler. J’ai même tenté d’oublier qu’il était là.
J’ai tout de même remarqué Maud, mon ennemie jurée. Elle a parlé à Pascal qui était resté assez distant dans sa gestuelle, même froid. Nos regards se sont croisés quant Maud l’a approché. Je pense qu’il a essayé de se racheter en évitant Maud. Furax, elle l’a planté et a passé le reste de la soirée à tenter de le rendre jaloux. Mais, il avait les yeux braqués sur moi.
Vers les 1h du matin, alors que le reste de la bande se préparait à sortir en boîte, je suis rentrée avec Layne.
Si je n’étais pas avec Layne, je crois que j’aurai cherché à savoir ce que faisait Pascal après mon départ. Je l’aurais probablement suivi pour savoir s’il sortait avec les autres, si au contraire il aurait mis les voiles avec Maud, ou s’il était resté sagement chez lui.
Mais je n’ai pas eu à faire tout ça, parce que, quant je suis partie de chez Layne vers les 4h du matin, Pascal attendait dehors, le visage défait et triste. J’ai été surprise. Mon coeur souffrait de voir de la souffrance dans ses beaux yeux verts. J’ai fondu. J’avais mal au coeur. Mal au coeur pour lui, mal au coeur d’être la cause de sa souffrance.
La tête basse, il est descendu de sa voiture en me voyant quitter l’appart. Mes pieds avaient leurs propres vies, probablement dirigés par la partie cachée en moi, qui aime cet homme. J’ai été jusqu’à lui et j’ai posé la main sur sa joue. Il avait l’air si triste. Pascal ne m’a rien reproché, il a dit qu’il savait que tout était de sa faute.
Je me suis mise sur la pointe des pieds pour l’embrasser. Il m’a serrée contre lui. Mon taxi est arrivé entre temps, alors j’ai été payer et l’annuler. Je rentrais avec Pascal. Je restais avec lui. Prête à tout pour effacer toutes traces de chagrins de son visage, et ramener le sourire sur ses lèvres.