124/14 - Prise de tête et incertitudes...
Dimanche 4, mai 2014 - 124/14 - Prise de tête et incertitudes...
J’ai regardé Pascal dormir un long moment, émerveillée de toujours l’aimer autant. Puis, sur la pointe des pieds, j’ai préféré partir. On avait fait l’amour sans discuter, sans un sourire, tendrement, avec tout le désespoir de la peur de se perdre.
Je l’aimais c’est sûr, et je crois qu’il m’aime encore, mais j’étais tellement déçue qu’il ait fait passer une autre avant moi. J’avais mal qu’il ait pensé l’épargner elle, épargner ses sentiments à elle, avant les miens.
Mon taxi était là, et après avoir fermé la porte, j’ai filé dans la nuit. Je ne pouvais pas rester. Qu’est-ce qu’on aurait bien pu se dire au réveil? Ce n’aurait été que gênant. Je ne voulais pas qu’il puisse imaginer que tout était oublié, sous prétexte qu’on avait fait l’amour.
Mais après quelques kilomètres, j’ai réalisé que c’était affreux d’être partie comme ça. Est-ce que j’avais vraiment envie de passer tout le dimanche toute seule? Tout ce que j’allais réussir à faire, c’était de flinguer tout le week-end.
Filer en douce, alors que quelques heures plus tôt, on s’était pris la tête? Pascal ne m’aurait jamais fait une chose pareille. Prise de remords, j’ai demandé au taxi de faire demi tour.
Pascal s’était réveillé. Il avait senti mon absence. Pourtant, je n’avais pas vu de lumière en arrivant. Il était debout sur le palier de sa chambre. Il m’avait cherché et vite réalisé que j’étais partie. Pascal s’est avancé vers moi, mais je ne voulais pas de contact. Pour l’éviter, j’ai fait un petit écart pour me diriger vers la chambre à coucher.
- Jane… On pourrait au moins en parler…
Sans le regarder, j’ai secoué la tête. Non, je ne voulais pas en parler. Je ne voulais pas parler du tout. Je l’ai entendu soupirer. Je me suis couchée. Emmitouflée sous la couverture, je me disais que j’étais vraiment trop méchante. J’aurai au moins pu lui laisser l’occasion de se justifier.
Qui sait, peut-être que si on discutait, je finirais pas me sentir mieux? Soulagée?
Pascal s’était collé à moi. J’ai ressenti du bien être d’avoir son bras me serrant contre lui. Je me sentais épuisée, triste, enragée, et tout un cocktail du genre. Et pourtant, je dois reconnaître que je me sentais bien d’être avec lui. Je n’arrivais pas à m’endormir, trop de sentiments contradictoires me submergeaient.
Pascal n’arrivait pas à dormir non plus. Il a demandé si je voulais parler. Il avait éteint la veilleuse, donc on était dans le noir. Plus facile pour permettre la discussion. Mais non, je ne voulais toujours pas parler, parce que je savais que j’allais brasser la même chose, tourner en rond et finir lui donner mal à la tête.
Parfois, il est plus prudent de se la coincer.
Alors je suis revenue sur ce que j’ai ressenti d’être la dernière à savoir. Ridicule, parce que ce n’était que normal. Comment aurait-il pu m’en parler. Je lui ai reproché d’en avoir parlé avec ses copains. Ridicule aussi, il n’y a pas que les filles qui parlent entre elles, les mecs aussi.
C’était normal qu’il ne m’ait rien dit. Normal aussi qu’il ait menti. Je lui ai toujours dit que je préférais ça à la vérité. Je savais très bien que ça ne pouvait pas être autrement, mais ça me bouffait quand même de l’intérieur. Il ne pouvait tout de même pas me dire; "Ha au fait, ce soir, j'ai rendez-vous chez une nana, je dors là-bas, donc casse-toi, on s'appelle demain!".
Pascal savait pertinemment que ça me ferait du mal si je l’apprenais. Il savait parfaitement que je le prendrait mal. Je savais aussi qu’il y allait parce qu’il ne voulait pas qu’elle coupe les ponts. Puisqu’on en parlait, il ne voulait pas mentir et prétendre qu’il ne voulait pas y aller. Il le voulait bien sûr. Se voir dans mon dos, se cacher, se faufiler dans les petits coins pour de petits baisers voler, tout ça était très excitant, il ne pouvait pas prétendre le contraire.
L’entendre me dire tout ça n’arrangeait rien. Le noeud que j’avais à l’estomac se tordait gentiment. On s’était vu très longtemps dans le dos de sa femme, alors je savait très bien ce qu’il voulait dire.
Tant qu’il profitait d’elle pour s’amuser, se moque d’elle, ça ne me dérangeait pas trop, mais qu’il éprouve de l’excitation, ça, ça me dérangeait. Il avait si bien su cacher son attirance physique pour Maud, ça me plombait le moral. J’ai voulu savoir depuis combien de temps cela durait. Je n’aurai pas dû demander, ça n’a rien arrangé.
Ma tête s’était mis en mode recherche; chaque moment où il avait disparu de ma vue me faisait penser que c’était pour Maud. Ma tête semblait vouloir exploser sous le nombre de baisers voler que je n’avais pas deviné.
Pascal a reconnu, que même en ma présence, ils s’étaient faufiler, dans mon dos pour s’embrasser. Toutes ces révélations me brûlaient de l’intérieur. J’avais super chaud et envie d’hurler à la mort. Parce que je savais que ça pouvait très vite dégénérer et qu’ils pouvaient confondre ça avec de l’amour.
J’avais beau le faire me raconter, recommencer, me parler de ce qui se passait dans sa tête, rien à faire, je ne me sentais pas mieux.
Même si ça lui coûtait, Pascal se forçait à être honnête et me dire la vérité. Le pauvre! Je lui faisais vivre un véritable enfer ce soir.
J’ai été contente d’apprendre que, le fait que j’aie su pour son rendez-vous avec Maud, avait coupé son envie d’y aller. Même quant il était passé chez elle, il n’avait aucune envie de l’embrasser du coup. Il avait été pressé de foutre le camp pour éviter tout contact. Donc, tant que c’était en cachette, c’était palpitant, mais dès le moment où j’ai tout appris, fini, plouffe, ce n’était plus intéressant.
Ça m’a soudainement calmée. Mon humeur vindicatif s’est calmé. Mon cerveau a recommencé à fonctionner raisonnablement. J’ai tout de même tenu à rentrer. Je ne me sentais encore pas d’humeur à passer tout le dimanche avec lui, je ne ferais que repenser à tout ça. Et j’étais incapable de faire semblant que tout était redevenu normal.
En rentrant, j’ai dormi. Ma tête avait besoin de vider le disque dur. Ce coma m’était nécessaire pour me reconstruire. A mon réveil, j’avais toujours des bulles à l’estomac, mais je crois que j’avais envie de le voir, alors j’ai débarqué sans avertir.
Pourquoi continuer à le punir? A me punir aussi? Parce qu’il avait voulu s’amuser un peu vendredi soir?
Il y avait ses copains et Caroline à la maison. Je n’ai pas beaucoup aimé les petits regards en coin, mais je ne crois pas que Pascal a eu la stupidité de leur raconter ce qui s’était passé. Armé de mon sourire “pote”, j’ai joué le jeu. Caroline a remarqué qu’il y avait quelque chose, et a voulu savoir ce qui s’était passé. Je n’étais pas d’humeur à lui raconter. Je lui ai dis de demander à Pascal.
Après le départ de ses copains, Caroline est restée scotcher. Elle en a profité pour demander à Pascal. Il m’a lancé un regard gêné. Je pense qu’il était paumé. Comme je lui avais interdit d’en parler à ses potes, il ne savait pas quoi faire concernant Caro. C’était à lui de décider s’il voulait lui en parler ou pas. A elle, il pouvait.
Toutefois, je préférais qu’il en parle devant moi, plutôt qu’en tête à tête avec elle. Je le lui ai dis devant Caro. Caroline avait beau insisté, Pascal n’a pas voulu parler. Pas aujourd’hui, pas maintenant.
P
ascal lui a demandé de partir, de nous laisser. On avait besoin d'être un peu seul. Pauvre Caroline, elle s’est sentie rejetée. Ça m’a fait mal au coeur pour elle.
On a passé une fin de journée plutôt silencieuse...
Pascal se donnait du mal pour se racheter. C’était comme un premier rendez-vous; on cherchait nos marques, faisant attention de ne pas froisser l’autre, de ne pas aller trop vite, de ne pas dépasser les bornes. Comme si on marchait sur des oeufs.
Petits à petits, la terreur et la rage se sont évaporées, et je l’ai laissé m’approcher, me prendre dans ses bras. Il y a eu des moments où certains souvenirs de notre discussion sont venus me hanter, me piquer, mais j’ai fait l’effort de ne pas le montrer.
Pascal a accepté d’en reparler une autre fois, plus tard, dans quelques jours, quant les choses se seront un peu tassés.