151/15 - Le faux innocent - (1)
Dimanche - 31 mai 2015 - 151/15 - Le faux innocent - (1)
Et dire que Pascal avait le culot de me demander ce qui se passait, pourquoi je ne répondais pas à mon natel. Il aurait voulu me parler, être sûr que tout allait bien. Comme on était encore sur la route quant on a envoyé le message, j’ai fini par lui répondre. De toute façon, c’est Caro qui conduisait.
Dire qu’on venait de se ruiner pour se briser le coeur! La vache on y avait été fort. Aller jusqu’à Zurich, c’était déjà de la folie, mais assister au spectacle auquel on avait assisté, c’était le pire.
Caroline pensait que là, je devais répondre pour le calmer, sinon il allait passer la soirée à me chercher, ou à appeler. Je l’ai donc appelé en mettant le haut parleur. Les questions ont fusé, mais heureusement, on s’entendait mal. Forcément, j’étais sur la route.
J’ai seulement répété ce que je lui avais mis dans mon message, d’une voix douce et gentille. Tout le contraire de ce que je ressentais. Quant j’ai dis « on », Pascal a voulu savoir qui était les « on ».
J’ai prétendu n’avoir pas entendu sa questions et prétendu qu’on arrivait au resto, alors; « A demain choupy ». Je ne lui avais pas appris grand chose, et au fil de la conversation, je l’ai senti tout de même rassuré. Peut-être un peu trop.
Il m’a parlé de la soirée chez Thomas, qu’il était crevé, qu’il n’était même pas sûr d’y passer, ou peut-être 5mn, mais n’avait pas l’intention de sortir pour traîner dans les bars. Il avait pensé que, comme il avait été absent hier, qu’on allait passer la soirée ensemble. C’est ce qu’il avait prévu.
Des petits diables dansaient dans ma tête, parce que j’étais furieuse, il avait l’air de me reprocher mon absence.
En arrivant chez Caro, comme on était toujours pas très sûre de ce qu’on voulait faire, et Caroline semblait de plus en plus déprimée. Elle voulait le voir!!! Il était encore assez tôt, après tout, elle pourra le surveiller?? J’ai fait sauter le pacte. On l’a repoussé au week-end prochain. Hum, ça tombait bien, j’avais un anniversaire. Heureusement que je n’avais pas mentionné Caro!
Je lui avais dis de ne pas y aller! C’est parce qu’elle le colle tout le temps, qu’il ne se donne pas plus de peine pour la garder ou même lui courir après. Ma foi!
Toute contente, mistinguette se préparait à aller chez Thomas. On a mangé un petit truc ensemble, je restais face à la fenêtre, sur mes gardes. Après tout mon cinoche, je préférais ne pas tomber nez à nez avec Pascal.
Je suis restée chez elle pendant qu’elle se préparait; douche, pourtant on en avait pris une avant de quitter l’hôtel. Ensuite, je l’ai accompagnée, à la tombée de la nuit, jusqu’à la haie. Au bout du jardin, j’ai regardé Caroline monter jusqu’à la maison. Il y avait déjà du monde chez Thomas.
Pascal était planté devant la télé, affalé sur son canapé. Quant quelqu’un passait, il tapait contre sa vitre et ils se faisaient signe. Caroline, elle, a frappé directement à sa porte. Après une petite hésitation, s’attendant à ce que se soit un copain, il a été ouvrir. Les mains enfoncés dans ses poches, ils ont parlé un petit moment et Pascal et Caro sont montés ensemble chez Thomas.
Je scrutais les fenêtres chez Thomas pour essayer de deviner ceux que je connaissais. Comme je le pensais, cette connasse de Manuella était là. Qui l’avait invitée? Pascal? Pas Thomas j’espère!
Moi qui pensait rentrer chez moi, de voir cette fille si proche de ma sphère, de celle de Pascal, ça a complètement chamboulé mes plans. Le sang en ébullition, j’ai piqué un sprint dans le noir, direct chez Pascal.
J’aurai préféré me planquer dans la chambre d’amis, ou le bureau, mais comme je me suis presque faite chopée là! Le rideau commençait à bien faire, c’était ma seule planque valable! Si je la perdais, je serais foutue. Que faire? Essayer encore le bureau? Ce qui était pratique avec le bureau, c’est que je pouvais m’échapper par la fenêtre, sauf que son voisin trop curieux avait tendance à appeler les flics.
Non, franchement, le seul endroit à 100% sûr était le coin derrière le piano. C’était un coin avec un bord, mais sans fenêtre dans le dos, avec vu sur l’appart et surtout, tout le salon. Si le store n’était pas baissé, on pouvait même voir dans le jardin sans être vu, si on restait bien dans le coin. Seul inconvénient, il fallait rester debout et pas bouger. Ni tousser. Et ce soir, j’avais la gorge qui grattait un peu.
C’était quoi? 21h30? Ils partiraient sillonner les bars vers 23h-minuit? Pascal rentrerait probablement donc vers minuit. Peut-être que Caro resterait avec lui. Enfin, je l’espère. Pas cette autre garce. Donc environs 2h30 debout, sans bouger, sur un rebord.
Waouh. Maintenant que j’étais là, je ne pouvais plus reculer. Je n’avais pas envie de partir. J’avais flanqué ma polaire dans l’armoire de l’entrée et ma banane. Pour la banane, c’était bien, mais j’avais un peu froid sans ma polaire.
Une fois installée, je n’osais plus bouger de peur que, si je sors de ma cachette, quelqu’un arrive et que je n’aie pas le temps de me cacher. C’était plus intéressant que ce que j’aurai pu imaginer!!!
Pascal est descendu prendre des glaçons dans sa glacière. Alors qu’il remplissait les 2 sauts avant de remettre de l’eau, devine qui a le culot de le suivre? Manuella. Elle cherchait le petit baiser volé, Pascal a jeté un regard en direction des escaliers et en chuchotant lui a dit que; ce n’était pas le moment, qu’elle n’aurait pas dû le suivre. Ils n’étaient pas sensé se connaître plus que "bonjour-bonjour".
Manuella a fait la grimace et en rigolant lui a chuchoté en retour qu’elle presque était sûre qu’ils s’en doutaient tous pour eux. Pascal n’a pas eu le temps de répondre, Caroline descendait à son tour. Pascal leur a alors fourré les sauts entre les mains et leurs à demander de monter ça vers Thomas.
Je l’ai regardé remplir la glacière d’eau, prendre un paquet de cigarettes dans le meuble de l’entrée, son briquet qui traînait sur la table, revenir en arrière pour vérifier que la porte d’entrée était bien fermée, baisser les lumières, avant de monter à son tour.
Mon coeur s’est serré, je le trouvais si chou. J’aime le voir se mouvoir quant il ne se savait pas observer, j’aime sa démarche, sa posture, mais je n’aime pas trop le voir d’être aussi gentil et tendre envers une autre. Je ne pouvais pas supporter de laisser une autre femme me le voler. Est-ce que c’était une bonne idée de laisser les choses vivre leurs vies et continuer à faire comme si je ne savais rien?
Même pas 1h après, Pascal est redescendu pour se jeter dans son canapé. Il avait fermé la porte entre les deux appartements sans verrouiller. Peu après, Caroline est descendue vers lui.
Pascal l’a laissée prendre la parole, les yeux rivés sur la télé. Caro a voulu savoir ce qu’il faisait hier soir, elle ne l’avait pas vu et n’avait pas répondu à ses messages. Il a dit avoir reçu que 2 messages, qu’il était occupé; qu’il jouait avec Varios. Caro a répliqué qu’elle aurait aimé les voir jouer.
Puis, Pascal lui a raconté une partie de ce qu’on savait déjà; pour un anniversaire, etc, qu’il ne pouvait décemment pas lui dire de venir, que c’était en suisse allemande, etc. Il ne lui a pas dit où. J’étais ravie de la voir jouer les ignorantes. Elle était assez bonne. Elle est mauvaise quant on la cuisine, mais, comme Pascal ne savait pas qu’elle savait, il n’aurait pas l’idée de la cuisiner.
Il lui a demandé si elle savait où j’étais, et elle a raconté le bobard que j’avais lancé; au Tessin.
Pascal lui a fait rapidement comprendre qu’il ne voulait pas de compagnie, qu’elle devait rentrer. Pas enchantée, elle a demandé si elle pouvait rester regarder un film avec lui avant. Il a refusé. J’ai tout de suite remarqué qu’il s’était senti aussitôt coupable, alors il a ajouté qu’il était monté chez Thom par obligation, mais que s’il avait quitté la soirée, c’était pour être un peu seul. Il voulait passer une soirée tranquille.
Il l’a faite se lever, l’a embrassée en prenant son visage dans ses mains, ensuite, il a passé son bras autour de ses épaules; « Viens, je t’accompagne jusqu’à ta porte ok ». A contrecoeur, elle s’est laissée raccompagner. Je pensais attendre 20 minutes, s’il ne revenait pas d’ici là, c’est qu’il passerait la nuit chez Caro, alors je pourrais rentrer tranquille.
Pascal n’est pas resté. 5mn plus tard, il refermait sa porte et les rideaux. Il s’est rallongé sur son canapé, a zappé un moment avant de tomber sur un reportage sur l’univers. C’est à cause de lui que j’ai commencé à aimer ce genre d’émissions. Les visiteurs d’en haut était presque tous parti.
Avant de quitter les lieux, Thomas est passé voir si Pascal n’avait pas changé d’avis et s’il ne voulait pas les accompagner. Il a proposé de conduire. Pascal n’a pas semblé très convaincu; « Ha oui d'accord... surtout toi! Prend plutôt un taxi, ou plutôt, laisse toi conduire! » Non, il voulait rester tranquille ce soir. Thomas a rigolé.
Un silence reposant est tombé après le départ des fêtards. Ça m’a rendue nostalgique. J’aurai bien aimé aller me jeter dans le canapé à côté de lui. Hélas, j’avais eu la stupidité de lui dire que j’étais au Tessin. Impossible d’être de retour aussi rapidement.
Surtout, je regrettais d’avoir suivi mon impulsion et couru me planquer chez lui comme ça! C’était d’un con, et maintenant, j’allais me taper des fourmis dans les jambes en attendant qu’il aille se coucher. Me voilà debout comme une idiote à regarder l’homme que j’aime regarder la télé! Vraiment ma fille, t’es zarbi! Mais au moins, je savais qu'il était sage.
Hum... je n’aurai pas dû si vite me sentir soulagée... faut toujours écouter son 6ème sens!!!
Quant j’ai vu Manuella se pointer la gueule enfarinée, je crois que j’avais de la fumée qui me sortait par les oreilles! J’aurai voulu arracher les rideaux, les piétiner, lui sauter à la gorge, lui arracher les yeux, utiliser le cordon pour la frapper avec les bouts durs. Au passage, donner un direct dans la face à Pascal pour l’avoir laissée entrer... sur mon territoire. J’aurai voulu lui couper les mains pour oser les poser sur mon Pascal. C’est le mien, pas le sien.
Cette fois c'est officiel, je déteste May 2015. Non, en fait, je déteste déjà 2015.