150/15 - Le Pacte

Publié le par JaneDo


Samedi - 30 mai 2015 - 150/15 - Le Pacte

Ciel, on devrait toujours écouter son 6ème sens... Comme j’avais eu tord d’avoir eu tous ces regrets! Surtout quant j’ai vu Pascal rentrer dans sa chambre... Il n’était pas seul. Manuella. Mon coeur et mon estomac se sont tordus. Une main froide me déchirait de l’intérieur. J’étais horrifiée.

Donc voilà pourquoi Pascal ne m’avait pas demandé de l’accompagné. Dès qu’on est rentré dans les corridors de l’immeuble d’en face, prêtes pour notre planque, sans prêter attention à la silhouette de la fille qui se baladait par moment dans une des chambres proche de la notre. On avait attaché un foulard à la fenêtre pour se repérer plus facilement.

On a simplement pensé qu’on s’était trompée sur la chambre. De l’autre côté, la chambre était plongée dans le noir, alors ce devait être celle-là. Alors quant on a vu la fille courir se jeter dans les bras... de celui qu’on a tout de suite reconnu, nos mâchoires se sont décrochées, on n’y croyait pas.

Nos visages collés à la fenêtre, on a eu de la peine à croire nos yeux!

De toute façon, si on l’avait reconnue, qu’aurait-on bien pu faire, hein? Rien! C’aurait probablement été bien pire. L’attente nous aurait achevée. Quoique, au moment même où on a compris, on était "achevée"! J’étais tétanisée, dans le déni total. Je ne pouvais tout simplement pas y croire. Ce ne pouvait pas être Pascal. Pascal n’aurait pas pu faire ça, si? Etait-il à ce point sans coeur?

Comment avait-il pu me mentir aussi facilement? Comment est-ce possible qu’il m’ait laissée plantée à Lausanne pour venir passer la nuit avec cette fille? J’avais le coeur déchiré, en lambeau. Je crois bien que je pleurais en silence, parce que j’ai senti les larmes salées couler sur ma joue. La douleur était insoutenable. La main froide avait laissé place à une brûlure qui se répercutait dans tout mon corps. Les picotements se propageaient de la poitrine, dans mes bras, mes pieds.

J’étais anéantie. Le souffle court, je me suis pliée en deux; « Pascal, comment as-tu pu? »

Ils avaient dû voyager ensemble. Je suis sûre que tout le groupe était donc au courant pour Manuella. Comme ils devaient se moquer de ma pomme. La honte. Humiliation. Ils doivent me trouver stupide. Pascal avait certainement dû l’emmener dîner avec eux. J’avais trop de peine. Je voulais que ça s’arrête.

J’ai levé les yeux pour les regarder... les regarder s’embrasser, leurs mains fébriles se disputaient la rapidité de déshabiller l’autre. J’espérais le voir la repousser. Peut-être qu’il ne l’avait pas invitée, qu’elle s’était invitée toute seule. Qu’il ne voulait pas la voir. A les voir ensemble, je me trompais.

Ils ont même pris la peine d’éteindre. Tellement persuadé d’être seuls au monde, tranquille, sans aucune emmerdeuse dans les parages. Hypnotisées, détruites, on a assisté impuissantes, déchiquetées de l’intérieur à tous leurs ébats. Et ça a duré des heures. Ils se sont endormis au petit matin.

Dévastées, on est resté un long moment interloquées, les yeux dans le vague. Après une éternité, sans un mot, on a repris le chemin de notre chambre d’hôtel. Juste à côté de celle qui venait de nous traumatiser. De nous humilier. De l’autre côté du mur, ils dormaient, épuisés, heureux sans doute d’avoir gagné ces quelques heures de bonheurs parfaits devant mon ignorance.

Là, ça, c’était de la tromperie... Je ne pensais pas pouvoir réussir à dormir, et bien, pas du tout. Je suis presque immédiatement tombée dans un semblant de coma béni.

A mon réveil j’avais la tête dans le coton. Un mal à faire fissurer la tour Eiffel. Le sourire avait déserté mes lèvres, déserté mon regard éteint. Je me suis sentie profondément humiliée. La douleur sourde et profonde était toujours là. Comment surmonter ça?

J’essayais de me raisonner, de me rappeler que j’avais décidé de le laisser faire, que cette aventure avec cette fille finirait par lui passer. Mais je n’en étais plus si sûre. Je me disais que je cherchais une bonne raison de lui avouer que je savais tout. Je savais aussi que ce serait la pire idée de toute. J’étais paumée et la douleur au creux de mon ventre ne diminuait pas.

Comment allais-je réagir en voyant Pascal tout à l’heure? M’évitera-t-il? Peut-être qu’il ne m’appellera pas du week-end? Me sourira-t-il, comme si de rien n’était? Est-ce que je le supporterais? Est-ce que je supporterais de le voir aussi délibérément me mentir? Me prendre pour une conne?

Non non non, il ne faut pas que je m’emballe... j’avais décidé, j’avais décidé... de laisser Pascal, de ne pas m'en mêler, ne rien dire. Je me le répétais pour me raisonner...  Je savais d’avance que ça allait faire mal, mais je m’étais promise de ne pas intervenir, de ne pas bouger, de laisser les choses suivre leur cours.

Ça faisait trop mal. Je me suis dis que j’aurai dû l’appeler sur son natel, voir comment il aurait réagi. S’il allait continuer à lui sauter dessus ou si mon appel l’aurait calmé.

Caroline n’avait pas fermé l’oeil de la nuit, elle était assise près de la fenêtre, toujours dans le training qu’elle avait passé pour la nuit, les yeux enflés comme des pastèques. Voir sa peine a calmé la mienne. J’ai trouvé les mots pour lui apporter un peu de réconfort. Assise l’une près de l’autre, elle a pleuré longtemps sur mon épaule. A travers ses hoquets, elle disait qu’elle avait cru ne plus pouvoir pleurer, ne plus avoir de larmes.

On a réalisé qu’il était encore tôt. 10h du matin. Est-ce qu’ils étaient réveillés à côté? On n’osait pas sortir de notre chambre, de peur de tomber sur Pascal ou un membre du groupe.

On a fait monter un petit-déjeuner. Sur le plateau, il y avait un autre petit dèj., j’ai pensé qu’il pouvait s’agir du plateau pour la chambre d’à côté. Alors, j’ai traîné la porte ouverte, à vérifier la commande. Effectivement, il était pour la chambre d’à côté, mais pas pour la bonne chambre.

Mais alors que j’étais encore à la porte, la porte de la chambre de Pascal s’est ouverte. Prise de panique, j’ai aussitôt refermée la nôtre. Caroline avait reconnu la voix de Pascal, elle a aussitôt bondi et s’est précipitée vers la porte. J’ai eu du mal à l’empêcher d’ouvrir pour jeter un oeil dans le couloir.

En fait, Pascal est descendu avec cette Manuella, pour déjeuner avec les membres du groupe. Là, j’avoue que la moutarde m’est montée au nez. Comment veut-il après que j’aie envie d’aller le voir jouer après ça??? J’étais verte.

Impossible donc de partir en catimini. Il fallait passer par la réception pour régler notre chambre! On était bien obligée d’attendre plusieurs heures avant de faire une sortie discrète et repartir pour la maison. Fatiguée, après avoir discuté longuement, on s’est écroulée pour dormir.

J’ai essayé de faire comprendre à Caroline, et de me persuader par la même occasion, qu’il était préférable d’ignorer l’aventure de Pascal avec cette fille. Il fallait attendre que ça passe c’est tout.

Mais, Caro avait raison pour une chose; tant que Pascal ne savait pas qu’on savait, on leur ajoutait l’ingrédient de la cachoterie, ce qui risquait de renforcer leurs sentiments. Ou du moins, vouloir à tout prix concrétiser pour vivre pleinement ce qu’ils pensaient être de l’amour. Elle pense que c’est mauvais de les laisser continuer à faire de chaque moment qu’ils se voient, un moment précieux.

Alors là, j’étais paumée, il fallait me laisser le temps de décortiquer tout ça dans ma tête...

Vers les 15h, on a pris la route. Pendant tout le trajet, on a âprement discuté sur la meilleure approche à avoir. On a opté pour jouer les ignorantes pour le moment. L’empêche, j’avais le coeur patraque, l’angoisse de l’incertitude avait aussi pointé le bout de son nez. C’était pas la grande forme.

Pour Caroline, c’était pareil. Elle a un peu pleuré aussi, ce qui a eu pour effet de me calmer, mais un peu inquiété parce qu’elle conduisait.

Caroline a essayé de m’encourager à appeler Pascal. Elle voulait savoir s’il était en route, et comment il réagirait, parce qu’on savait que l’autre était avec lui. Mais je n’avais aucune envie de le faire. Premièrement, parce que s’il était désagréable, ça me blesserait au plus haut point. Deuxièmement, je ne voulais pas lui donner l’occasion de me mentir ou de me mener en bateau devant Manuella.

J’ai dis à Caro que, ce qui surprendrait le plus Pascal et le déstabiliserait le plus, serait de ne pas nous voir du week-end. Ni elle, ni moi. Mais Caro ne savait pas si elle arriverait à faire ça. Tout un week-end sans le voir, sans répondre à ses éventuels appels? Sans explications?

On a convenu que ce serait préférable de l’avertir. Mais en disant quoi? Il faudrait un message neutre, clair. Pascal avait l’habitude de toujours avoir Caroline collée à ses basques, alors si tout à coup, niet, il sera inquiet et se posera des questions.

Caro s’inquiétait qu’il en profite au contraire pour voir l’autre. Et même! A la limite, on pourrait l’appeler sur son natel quant il sera avec l’autre? Bah, je trouvais que le mieux serait de l’ignorer de tout le week-end. Ça gâcherait sûrement le plaisir qu’il a eu de sa soirée d’hier soir! Caroline ne comprenait pas alors pourquoi je voulais l’avertir. Autant le laisser dans le noir.

On était encore sur l’autoroute, quant Pascal a essayé de m’appeler à plusieurs reprises. Je pense que Pascal devait être rentré.

On a eu tout le chemin pour en parler, en arrivant à Lausanne, on était toujours pas très sûre de ce qu’on allait faire. Je lui ai dis que j’aurai voulu trouver le moyen de faire en sorte que Pascal reste chez lui, qu’on puisse le surveiller. Je pouvais toujours m’introduire chez lui. Une chose était sûre, on ne pouvait aller ni chez elle, ni chez moi!

Une chance, Thomas avait invité tout le monde chez lui avant de sortir. Donc, Pascal sera chez lui.

On a donc composé ensemble le message que je pensais lui envoyer. Caro, elle, ne ferait rien tant qu’il n’essayait pas de la joindre. Mon message était simple; "Désolée, me suis sentie seule et abandonnée. Au Tessin. T’appelle sur la route en rentrant dimanche dans l’après-midi, ok. Bisous".

Recta, Pascal m’a demandé où j’étais exactement et avec qui. Pas répondu. Il a insisté. Il voulait savoir quant j’étais partie, pourquoi je ne lui avais rien dis. On avait décidé qu’on ne répondrait pas. Point final.

Caro suspectait que j’aie mis dimanche soir pour le voir. Elle avait raison. Je n’avais pas vraiment réalisé que je me laissais une porte ouverte. C’était pas ce qu’on avait prévu. Elle voulait être sure que comme elle, je n’avais pas l’intention de le voir du week-end. On a fait un pacte.


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