194/14 (dimanche) - Parler pour sauver notre amour (1)
Dimanche, 13 Juillet 2014 - 194/14 - Parler pour sauver notre amour (1)
Samedi soir, à tout hasard, je suis sortie avec l’équipe, espérant encore une fois croiser Pascal. Et ouf, ce soir, il est venu nous rejoindre. C’était presque minuit, mais mieux vaut tard que jamais! Oh, ce n’était probablement pas pour moi, mais plutôt pour voir ses potes. Ce qu’il faisait et où il était avant? Aucune idée.
Mon coeur s’est serré en le voyant pénétrer dans le bar, les épaules droites, grand, sa démarche de sportif, et son magnifique sourire. Il a salué quelques copains près de l’entrée, et j’ai été forcée de voir qu’il savait où je me trouvais et évitait de regarder dans ma direction.
Pourtant, nos regards se sont croisés, mais Pascal a aussitôt détourné les yeux. Gêné?
Avant de rejoindre Thomas et les copains, je suis passée voir chez Pascal. Il était sorti.
La poitrine serré comme dans un étau, j’ai fixé mon verre. Attendre, c’est tout ce qu’il me restait à faire. Attendre qu’il vienne saluer Thomas, Michael, et forcément moi aussi. Je ne pouvais rien faire d’autre.
Entendre sa voix rieuse me tordait le ventre. Est-ce que j’allais le perdre à jamais? Ne plus jamais entendre cette voix suave, grave, tendre? Est-ce que j’allais perdre le droit d’être dans son entourage?
Ça me faisait mal à mourir. Je me sentais engourdie, comme si on m’avait rouée de coup de battes. L’estomac à l’envers je n’avais même pas soif. Pourtant, j’aurai été bien avisée de me saouler la gueule illico presto, avec quelque chose d’assez fort pour me faire oublier jusqu'à mon nom.
Il a passé son bras autour de ma taille et s’est penché par dessus mon épaule pour me murmurer un bonjour joyeux. Comment pouvait-il être aussi joyeux alors que j’étais au bord de la crise d’apoplexie? Qu’est-ce qui le rendait si joyeux? Celle avec qui il avait passé le début de soirée? Non, il était peut-être avec des copains! Désolée d’avoir la tête remplie de négativité, je me suis forcée à lui renvoyer un sourire calme et éclatant. Il m’a embrassée sur la joue. S’il savait comme ce petit geste comptait pour moi!
Je l’ai vu faire un signe à une fille au bout du bar, et avant qu’il ne disparaisse, je me suis dépêchée de lui dire que je voulais lui parler. Lui demander si on pouvait aller ailleurs pour ça. Il a paru étonné et a froncé les sourcils. Après avoir semblé y réfléchir, il a haussé les épaules en me disant qu’il n’y avait pas de problème, mais pas tout de suite, il venait à peine d’arriver.
Rassurée, mais tout de même à bout de souffle, la poitrine compressée, j’ai essayé de me détendre. J’attendais qu’il me fasse un signe. N’importe lequel. J’avais le trac-o-mètre à zéro, j’essayais de répéter, comme pour une pièce de théâtre, ce que je pourrais lui dire. Il fallait que je sois convaincante, et surtout, ne pas lui faire de reproche, ni m’énerver.
Caroline le suivait de loin comme un petit chien, essayant à tout prix de s’incruster auprès de lui, où qu’il aille. J’avais un peu pitié d’elle. Mais quant j’ai réalisé que Pascal avait… disparu… c’est de moi que j’avais pitié. Pitié d'avoir été trop confiante, d’être trop stupide pour insister, et lui coller au cul jusqu’à ce qu’on puisse se parler. Maintenant, j’allais avoir besoin de Caroline pour le retrouver. Elle aussi avait pris la poudre d’escampette.
J’ai aussitôt tenté d’appeler Caro. Elle n’a pas répondu, mais m’a laissé un message plus tard, pour dire qu’elle m’appellerait dès qu’elle le pourrait. Alors, j’ai joué franc jeu; je cherchais Pascal. Alors elle m’a rappelée pour me dire qu’elle le suivait justement.
On s’est appelé. Je me sentais obligée de lui expliquer que je voulais le voir pour lui parler. Qu’en quelque sorte, elle faisait tout ce travail pour moi. Que je la remerciais. Elle a eu un moment de silence, et j’ai subitement crains qu’elle ne veuille pas me dire où il était, ou arrête sa filature. J'aurais été dévastée. Sans elle, je n'aurai eu aucun moyen de le trouver!
Quant Caroline a repris la parole, c’est avec un énorme soulagement que je l’ai entendu me proposer de la rejoindre si je le voulais. Que de toute façon, elle ne pouvait pas faire grand chose, avant de partir, Pascal lui avait demander d’arrêter de le suivre, que ça devenait embarrassant.
Mais, j’avais d’autre plan; l’attendre chez lui… Quitte à dormir devant sa porte en chien de fusil.
Rejoindre Caroline n’entrerait en compte qu’en dernière limite.
Caro m’a expliqué où elle était. A Morges, chez une des filles du bout du bar. Une de celles à qui Pascal avait fait signe en arrivant. Je l’avais vu en leur compagnie. Comme il avait accepté qu’on parle, je ne l’ai pas surveillé, j’aurai peut-être dû...
Apparemment, Pascal n’avait aucune envie de me parler. C’est pour ça qu’il avait filé sans rien me dire. Ça faisait mal. Plus que les mots ne pouvaient l’exprimer.
J’ai laissé ma timidité et ma réserve au vestiaire. Cette fois, j’allais le harceler pour qu’il respecte sa parole. J’ai donc commencé par essayer de l‘appeler. Mais Pascal n’a pas répondu à mes 3 ou 4 tentatives. Alors, je me suis rabattue sur les messages;
▪ Pascal? T’es où?
▪ Tu veux que j’aille t’attendre chez toi?
▪ Pascal?
▪ Pourquoi tu ne réponds pas? Je ne sais pas quoi faire moi!
▪ Pascal?
▪ T’es chez Elodie?
▪ J’ai vraiment besoin de te parler, alors stp, réponds moi!
▪ Bon, je vais voir si tu es chez Elodie… J’ai vraiment besoin de te parler.
Je disais ça, mais je n’avais encore aucune idée de ce que j’allais vraiment lui dire. Je pense que la menace de passer chez Elodie a été efficace, parce que tout à coup, par message, (donc, il avait vu mes autres messages), il me disait qu’il n’était pas chez Elodie. Qu’il m’appellerait quant il serait sur le point de rentrer.
Hum… ça voulait dire qu’il n’avait pas l’intention de rentrer tout de suite, et qu’il n’appellera pas. Du tac-o-tac, j’ai demandé où il était, qu'il avait promis qu'on pourrait discuter! Je devais le voir, alors je finirais bien par le retrouver, quitte à chercher dans toute la ville. Là, il n’a pas répondu, persuadé sans doute que je ne le trouverais pas. Le rat!
J’ai donc foncé pour rejoindre Caro, mais non sans l’avertir de bien se planquer; pas que Pascal l’aperçoive, parce que je l’avais averti que je le chercherais. Qu’il était sûrement avec des personnes qui étaient au bar ce soir, donc, je devrais pouvoir le trouver et comme ça, on pourrait parler 5 minutes.
Sur place, on a laissé nos voitures pour faire le tour de l’immeuble où Pascal était entré. En scrutant les fenêtres, on pourrait voir éventuellement où il se passait quelque chose, et où il y avait du monde à cette heure tardive. Et bingo, au 2ème, on voyait une bande de jeunes circuler dans un des apparts. Il n'a pas fallu longtemps pour repérer Pascal . Il a eu la brillante idée de sortir sur le balcon, avec un mec et deux nanas.
Pascal rirait et causait comme si rien ni personne ne l’attendait nulle part. Ça m’a fait frissonné. L’angoisse, la peur et tout un tas d’autres sentiments se sont mêlés dans mon estomac. Je tremblais de partout. La tension dans mon corps était à son max. Je ressentais à nouveau des douleurs dans tout le corps.
Je n’avais pas passé tout le samedi sur les nerfs, à me préparer à lui faire face pour baisser les bras maintenant! J’avais attendu ce moment toute la journée, et il m’avait fallu beaucoup de courage pour oser insister pour lui parler. Alors s’il pensait s’en tirer aussi facilement, il rêvait!
Me munissant de mon courage, j’ai scouaté l’entrée, priant que quelqu’un arrive vite, pour nous ouvrir. Mais l’aide est venu de l’intérieur. Nous nous sommes toutes les deux aussitôt engouffrées à l’intérieur. C'est petit, mesquin, minable désespéré, tout ce qu'on veut, mais comment faire autrement? Comment ne pas faire autrement??? Comment agir autrement???
Peut-être que Pascal a dû ressentir une menace approcher… Il m'a envoyé un message pour dire; "qu’il ne pensait pas rentrer tout de suite, alors, ce n’était pas la peine que je ne l’attende pas. Qu’il m’appellerait dimanche et qu’on aura alors tout le temps pour discuter". Tu parles!
Je n’ai pas pris la peine de lui répondre. Sur la pointe des pieds, on a écouté aux portes, jusqu’à trouver celle qui semblait correspondre au balcon et la fenêtre qu’on avait repéré.
Caro a ensuite préféré s’éloigner. Mais elle restait tout près au cas où j’avais besoin d’elle. Je pense que c'était surtout pour me consoler au cas où ça tournait mal pour moi...
Je pensais laisser ma voiture sur place. Caro a dit que si jamais, je pouvais ensuite passer chez elle. Qu’importait l’heure. Et demain, on viendra rechercher ma voiture. Faisant fi de ma fierté, j’ai inspiré à plusieurs reprises de grosses bouffées d’air pour calmer mes nerfs. Surtout pour ne pas trembler devant les regards moqueurs quant la porte s’ouvrirait. En espérant aussi que ma voix ne tremblerait pas.
Pascal risquait de m’envoyer balader, j’en étais consciente. Ce serait la honte, mais je devais prendre le risque. Mon coeur tapait si fort que j’étais pratiquement sourde. Ma confiance en moi au niveau zéro, tremblante, la main mal assurée, j’ai sonné…
J'ai sonné chez une parfaite inconnue ou inconnu. Je savais qu'il allait tous se mettrant contre moi, pour lui, qu'ils allaient sans doute se moquer de moi maintenant et pendant encore longtemps... mais tant pis! Je devais tout faire pour l'obliger à m'écouter. Tout le dimanche s'il le fallait...