194/14 - Parler pour sauver notre amour (2)
Dimanche 13, Juillet 2014 - 194/14 - Parler pour sauver notre amour (2)
Tremblante, la peur au ventre, j’ai sonné chez une parfaite inconnue… à la recherche de Pascal! C’était pitoyable. Mais me laissait-il vraiment le choix? Caroline avait raison, c’était bien la fille du bout du bar qui m’avait ouvert. Elle m’a dévisagée de haut en bas, avec une petit air sceptique, un de ses sourcils relevé en point d’interrogation.
La voix étranglée, j’ai demandé à voir Pascal. Elle m’a encore jaugée du regard avant de demander à quelqu’un qui passait par là d’aller chercher Pascal sur le balcon.
Un de ses copains l’avait rejoint, et ils restaient là tous deux à chuchoter et à me détailler comme un morceau de bidoche.
Elle m’avait proposé d’entrer, mais je me sentais déjà assez gênée, pour en plus supporter le regard inquisiteur des autres. Ces autres qui commençaient pourtant à jeter des regards curieux dans ma direction.
J’ai été soulagée de voir Pascal venir dans ma direction… S’il était surpris ou en colère, cela ne se voyait pas.
Ses yeux verts m’ont enveloppés toute entière. J’ai été parcouru d’un frisson le long de l’échine. Allait-il m’envoyer balader là devant tout le monde. Intérieurement, je priai pour qu’il ne m’humilie pas surtout devant les deux compères, la fille du bout du bar et son pote, qui étaient restés près de la porte.
J’ai trouvé que Pascal était resté un long moment à me décortiquer du regard avant de me demander ce que je faisais là. Mes oreilles et mes joues ont pris feu. Non, j’ai pris feu toute entière. J’avais chaud et je sentais la transpiration couler le long de ma colonne vertébrale. Pascal a dû remarqué le regard traqué que j’ai lancé à côté et derrière lui. Il a dû avoir pitié de moi.
Pascal s’est retourné à demi pour lancer une sorte de sourire désolé à la fille qui m’avait ouvert sa porte, m’a fait reculer dans le couloir et à refermer la porte derrière lui. Ouf, un peu d’intimité. Fermement, il m’a prise par le bras et on s’est éloigné de la porte. Les sourcils froncés, son regard me scrutant, cherchant à capter mon regard, il a répété sa question; me demandant encore une fois ce que je faisais là, il m’avait pourtant dit qu’il m’appellerait demain!
Je lui ai rétorqué, qu’il m’avait dit qu’on pouvait parler ce soir, et ensuite, il a disparu sans un mot. Qu’il savait parfaitement que je voulais lui parler. Que je n’avais pas trouvé ça très sympa.
- Et ça ne pouvait pas attendre demain?
- Pourquoi demain? Si tu pensais prendre la fuite, tu aurais pu tout de suite me dire d’attendre demain.
- Ecoute… Là, comme tu peux voir, c’est pas le moment… On se voit demain ok. Je t’appelle.
- Pourquoi pas ce soir? Pourquoi m’avoir fait croire que tu étais d’accord?
- Jane arrête… Maintenant rentre chez toi, et on s’appelle demain.
Les larmes ont bondis dans mes yeux. Il cherchait clairement à se débarrasser de moi. Il avait mieux à faire, et ne s’intéressait pas à ce que j’avais à lui dire.
- Je peux venir avec toi? Et si on rentre pas trop tard, on pourra toujours parler un peu?
- Non, pas ce soir. Ce soir, ça ne me dit rien.
Sa réponse avait été sèche. Une balle dans le coeur aurait fait le même effet. Il a dû s’en rendre compte. Il s’est radouci pour me dire que je ne connaissais personne, et il n’avait pas envi de passer la soirée à me tenir la jambe. Que ça risquait de faire bizarre de me voir retourner dedans avec lui. Il était venu seul.
Pascal a aperçu mes larmes, j’ai aussitôt détourné la tête. Il a eu l’air de vouloir dire quelque chose, mais il s’est abstenu. Je l’ai senti hésité avant de se détourner et partir vers la porte qu’il avait fermé derrière lui quelques minutes plus tôt. J’avais baissé la tête, mais j’ai senti qu’il m’avait jeté un dernier regard avant d’entrer.
Je n’arrivais pas à croire qu’il avait osé aussi froidement me planter là dehors… pour retourner s’amuser… Il devait vraiment n’en avoir rien à foutre. Jamais je ne lui aurais fait un truc pareil, et il le savait. Peut-être ne voulait-il pas s’en rappeler ce soir, parce que ça ne l’arrangeait pas. Je bousillais sa petite soirée. Quel rat.
Le coeur en bouillie, la tête serrée dans un étau, j’ai pris mon chagrin avec moi pour longer le corridor et disparaître, puisque c’est ce qu’il voulait. Il avait été d’un froid, je ne le reconnaissais pas.
Caro était cachée derrière la porte vitrée près des escaliers. Elle s’est précipitée derrière moi et m’a rattrapée vers l’ascenseur. Je pleurais à chaude larmes, mais silencieusement. J’avais tellement mal que je n’arrivais même pas à lui parler. J’essayais aussi de cacher ces fichus larmes qui auraient pu attendre que je sois dans ma voiture.
Caroline m’a prise par la main pour me tirer vers les escaliers. Elle m’a fait remarqué que je serais encore plus mal si en arrivant au rez, je tombais sur des gens. Pire s’ils rejoignaient le reste de la bande, ils ne manqueront pas d’en parler. Elle avait bien sûr raison. Elle m’a tendu un mouchoir pour que je puisse me moucher et a attendu que je me calme.
Elle pensait que j’aurai dû insister un peu plus, ou le suivre dedans. Mais, je pleurais déjà, je n’aurai pas pu faire ça. Pas dans mon état. Je me sentais plus qu’abattue. Je voulais rentrer. Caroline a décidé de rester encore un peu. Elle m’a dit que si je changeais d’avis, je pourrais l’appeler pour qu’elle vienne m’ouvrir.
A peine dans ma voiture, mon natel a sonné un coup… C’était Caroline. Je n’ai pas eu le courage de la rappeler. J’étais prostrée, incapable de tourner la clé pour foutre le camp. Mes bras me semblaient lourds, tout mon corps était lourds, et j’avais tellement mal partout. Ma tête semblait sur le point d’exploser. A vrai dire, j’avais envie de mourir sur place, à l’instant.
Message… encore Caroline… “Pascal semble sur le point de partir…”. 2ème message; “SEUL!” en majuscule.
Pas une minute à perdre en réflexion. J’ai couru m’asseoir sur le bord du muret de l’immeuble. Puis, j’ai trouvé ça stupide. J’ai couru à nouveau me réfugier dans ma voiture. Ridicule; il ne savait même pas ce que j’avais comme voiture.
Pascal ne sortait toujours pas. Je me suis demandée si Caroline n’avait dit ça que pour me consoler, pensant que j’étais déjà partie. Oui, probablement. Bien essayé. Elle ne pouvait pas imaginé que j’étais toujours là à me torturer, à pleurer toutes les larmes de mon corps. Pitoyable. Je n’avais plus rien à faire là. Autant aller pleurer plus loin, là où personne ne me verrait.
Caroline a appelé et cette fois, j’ai répondu. Je me suis garée, et après avoir reniflé un bon coup, je me suis mouchée avant de lui parler. Elle chuchotait.
Pascal était sorti peu après mon départ, sa veste en jean à la main. La nana qui m’avait ouvert était avec lui, et une autre, une des nanas qui était sur le balcon avec lui. La fille qui avait ouvert, cherchait à le faire rester. La fille du balcon aussi. Voyant qu’il avait l’air bien décidé à partir, la fille du balcon lui a fait la bise et est retournée dedans après lui avoir laissé son numéro.
Caroline avait l’air toute excitée, je ne comprenais pas ce qui la rendait si joyeuse alors que j’étais à deux doigts de me briser en morceaux. Elle continuait à chuchoter. Je pouvais aisément entendre qu’elle descendait les marches. J’ai pensé qu’elle devait toujours être dans l’immeuble et descendait les escaliers, c’était pour ça qu’elle chuchotait.
Après le départ de l’autre fille, la nana de la porte s’est mise dos au mur. Elle tenait Pascal par son t-shirt et cherchait à flirter avec lui.
Caroline a insisté sur le fait que Pascal ne semblait pas très enclin à la suivre sur ce terrain et ne souriait pas. Il semblait même pressé de filer.
La nana a voulu le tirer vers elle, cherchant à ce qu’il l’embrasse. Mais Pascal a attrapé sa main, celle qui tenait son t-shirt, pour l’empêcher de continuer à tirer dessus, ou pour l’arrêter dans sa tentative de le provoquer.
Caroline m’a dit qu’ils étaient en train de parler de moi. La nana a voulu savoir si c’était à cause de la femme qui était venue qu’il voulait partir. Elle l’avait vu me parler au bar tout à l’heure. Encore plus excitée, la voix presque stridente, Caroline a continué sur sa lancée, parlant de plus en plus vite.
Pascal avait d’abord cherché à éluder la question. Mais comme la nana a encore tenté de l’amener à se rapprocher, à l’embrasser et tout, Pascal a coupé net à ses tentatives. Il tenait encore vachement à cette nana (??? moi??? Non, Caro devait se tromper). Qu’on s’était un peu disputé, et qu’on n’avait pas eu l’occasion d’en discuter. Après avoir fait l’effort de venir jusque chez elle, je l’aurai soi-disant planté là (ce qui était faux), alors, il voulait essayer de me rattraper.
Pascal avait surement dit ça, peut-être parce que cette fille ne lui plaisait pas et qu’il allait rejoindre ou Elodie, ou Maud. Rien dans son attitude ne pouvait me laisser croire qu’il pensait ce qu’il disait. C’était du bla-bla.
Tout le dimanche, j’ai espéré. Rien. Pascal avait dit qu’il m’appellerait. Il ne l’a pas fait. Ce qui m’a encore plus blessée. Je n’ai pas réussi à joindre Caroline non plus. Je parie qu’elle avait dû le suivre quant il est parti de chez cette fille. Pascal a sûrement été chez Elodie. Caroline le savait et c’est pour ça qu’elle ne répondait pas à mes appels. Elle savait que ça me briserait le coeur.