314/14 - La vie s en va...

Publié le par JaneDo


Lundi, 10 Novembre 2014 - 314/14 - La vie s’en va...

Je regardais le jour se lever. Ce moment magique où il fait encore partiellement jour et partiellement nuit, où tout semble immobile. Statique. La vie attends là-bas, quelque part, pour bondir, se manifester. J’ai ressenti une sorte de grande … solitude. Ou plutôt; le temps qui passe.

Qu’est-ce que je faisais? J’étais seule, ma vie s’écoulait, et je n’étais rien, je ne comptais pas vraiment pour qui que ce soit. Je n’existais pas. Bientôt, je ne serais plus là, et personne ne se souviendra de moi. Je deviendrais un de ces visages figés sur une vieille photo. Sans âme, sans essence.

Aujourd’hui, je tripote mon ordi, je regarde la télé, mais la plupart du temps, j’attends… l’amour… que celui que j’aime m’appelle… change mon monde… fasse entrer le soleil dans ma vie, dans mon coeur… c’est pourtant ridicule… et le temps passe…

Demain, qui se souviendra du son de ma voix, de mon rire? Chaque touche que j’enfonce se perd à jamais, chaque clignotement de mes yeux, chaque émerveillement, tout ça s’enfui. Qui se fiche de ce qui me fait mal ou pleurer? Qui saura qui je suis, qui j’étais? Peut-être parce que j’ai passé les derniers jours à trier et regarder de vieilles photos, je me rends compte que ce n’était que du papier, que de furtives images d’êtres qui ont existé un jour. Mais qui sait ce qu’ils espéraient, ce qu’ils attendaient de la vie, ce qu’ils auraient voulu faire, voir… Personne. Et dire que ces personnes sont “ma famille”. Je suis une partie de tous ces gens.

Tout est parti avec eux, enterré au fond d’une tombe. L’enveloppe. Ce n’était que l’enveloppe. Cette personne qu’on aimait tant, qui n’existe plus aujourd’hui. Maman. Elle me manque tellement.

Pourquoi a-t-elle tellement souffert? Pourquoi se faisait-elle tant de mal? Ses doutes, ses peurs, ses pensées lui faisaient mal. Elle avait peur de tout, de tout perdre. De ne jamais revoir ses enfants. Nous. Et aujourd’hui, qui s’en souvient? A part moi? Est-ce que mes soeurs et frères y pensent? Est-ce que ça leur fait mal comme à moi? Est-ce qu’elle leur manque? Je n’en ai pas l’impression.

Mon papa adoré vieilli. Comment lui dire que je ne voudrais pas le voir partir? Je ne voudrais pas vivre ça. Je ne peux pas lui le dire sans lui rappeler qu’il arrive au bout du chemin. Est-ce que je devrais quand même? Il a tant fait, tant travaillé, tant travaillé pour nous… Je suis triste. Triste un jour de devoir parler de lui au passé.

Voilà, la nuit est tombée. Enfin presque. Les rares voitures qui passent à toute vitesse, où vont-elles? Que font-ils tous ces gens? Est-ce qu’il y a quelqu’un qui les aime quelque part? Que reste-t-il dans le sablier de leurs vies? Que reste-t-il dans la mienne? Q’est-ce qui m’attend? Qu’est-ce que je veux vraiment? Et est-ce que ça a une quelconque importance de toute façon?

Le poing dans ma poitrine qui me comprime, m’empêche de respirer, est-ce de l’angoisse?


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