323 - Désillusions (2)
Vendredi... 19 nov 2010 (2)
La soirée en boîte était une longue agonie où je me suis forcée à sourire, rire, faire comme si de rien n’était, mais voir Pascal en tenir une autre dans ses bras était une torture. Même me rappeler des évènements de la soirée est encore pénible et insupportable. Sa manière de la regarder, de lui sourire me laissait entrevoir la suite. Je ne pouvais pas le laisser seul avec elle, j’avais beau me répéter, encore et encore, de ne pas me ridiculiser ou faire d’esclandre, je cherchais le moyen d’intervenir.
Pour me calmer les nerfs, je suis sortie fumer quant j’ai vu que Thomas discutait avec une nana qui avait l’air bien remontée. J’aurai dû faire plus attention, mais j’étais trop préoccupée à essayer de garder un semblant de dignité et ignorer Pascal le plus possible.
J’aurai dû remarquer le regard fuyant des copains à Thomas, leur manière de me regarder en coin, ou de détourner la tête dès que je les regardais, mais j’avoue que j’ai pensé qu’ils lisaient sur mon visage, la torture que je ressentais à propos de Pascal.
Pascal m’avait suivi à l’extérieur, et on a fumé un moment en silence. Je me suis lancée. Pas top! C’était brouillon, j'étais nerveuse, ma voix tremblait un peu.
- Je ne veux pas que... enfin, je veux dire avec Marilou... Ne fais rien avec elle. Je crois pas que je supporterais. Est-ce que... Est-ce que Caro et toi, est-ce que vous vous voyez de nouveau?
- Si tu cherches à savoir s’il se passe quelque chose avec Caro? Non. Les choses sont claires avec Caro, elle sait que pour l’instant, je n’ai pas envi de me retrouver coincé dans une histoire avec qui que ce soit. C'est bon, je crois que j'ai donné! Je ne veux pas d’une fille qui me colle aux basques. Je fais ce que je veux, je veux juste qu’on me fiche la paix.
- Et avec Marilou...
- Jane, désolé, mais ça ne te regarde pas. Tu es avec Thomas, non? Alors ce que je fais et avec qui ne te concerne pas.
Glups! Pascal était dur, ça m’a fait mal qu’il me réponde de cette manière. Ça me choquait aussi un peu, m’a coupé la chique, les larmes se bousculaient dans ma gorge, et je ne pouvais plus parler. Je ne pouvais pas rester là, j’allais me mettre à pleurer comme une madeleine, il fallait que je trouve un endroit où me cacher. Ou qu’il se tire.
De retour vers le groupe, j’ai éviter de le suivre du regard au maximum, mais je n’ai pas tenu longtemps. En le voyant tendrement enlacer Marilou et jouer à remettre une mèche de cheveux derrière ses oreilles alors qu’ils dansaient, mon sang n’a fait qu’un tour, j’avais les fournis jusqu’à l’extrémité des doigts.
Pascal a regardé aux alentours comme pour vérifier si personne ne les regardait, puis il a pris le visage de Marilou entre ses mains et il l’a embrassée. Hhhhh, j’ai cru que j’allais mourir.
Je n’ai pas pu me contrôler, j’ai déboulé sur la piste pour lui dire que je voulais danser avec lui. Je tremblais de la tête au pied. Je crois que mes genoux s’entrechoquaient. Ils m’ont tous les 2 regardés comme si j’étais une extra terrestre. Après quelques secondes qui m’ont parues longues, Pascal a dit quelque chose, mais j'entendais rien. Il avait toujours ses mains sur elle, et n’avait pas fait mine de se détacher d’elle. Et elle, comme si j’avais l’intention de l’agresser, Marilou s’est collée à Pascal comme si elle était menacée. Ça m'a donné envie de lui sauter à la gorge, de lui arracher les yeux, de la taper, l’écraser du pieds, je bouillonnais de chaud.
Mon Dieu, j’étais en train de me ridiculiser à mort. Jamais, jamais je n’aurai dû faire un truc aussi ridicule, aussi barge. Mal à l’aise, stupidement plantée au milieu des gens qui dansaient, je regardais son bras autour de ses épaules dans un geste de protection. Je ne savais pas quoi faire et les larmes se pointaient à l’horizon sans que je puisse rien y faire. Je me suis accrochée à la manche de son t-shirt, la tête baissée, honteuse. Je ne voulais pas pleurer devant cette pétasse, je ne voulais pas qu’il la choisisse elle, plutôt que moi.
Je nageais en plein désarroi. Je voulais qu’il me prenne dans ses bras, qu’il l’envoi sur les roses, mais rien ne se passait comme ça. Hélas, j'avais perdu le contrôle de mes actes, j'étais en mode-débile profond!
Pascal ne se rendait peut-être pas compte, que ses gestes étaient toujours remplis de tendresses, que ce soit sa manière de mettre ses cheveux en place, doucement, cette manière caressante, sa manière de sourire rempli de douceur. J’étais en nage, les palpitations m’empêchaient de fonctionner. Rien à faire, je ne pouvais pas le laisser aller plus loin avec elle!
Je ne voyais rien, ni personne, j’étais dans une bulle sans son, complètement insonorisé par les battements précipités de mon cœur. Je n’entendais même pas la musique, et je ne pensais pas à Thomas non plus. Je ne savais pas ce que je faisais, j’étais paumée, complètement à la masse.
Heureusement, on était quelque part au milieu de la piste, Thomas était occupé, il ne nous voyait pas. J’espère. Comme Pascal n’avait pas l’intention d’abandonner Marilou et avait l’air de mépriser mon intervention, j’ai dû battre en retraire. J’étais mortifiée, le cœur brisé en 36 milles morceaux. Je suis partie au hasard, vite, il me fallait de l’air... rentrer, partir, disparaître, vite.
Pascal m’a saisi par le bras et on s’est retrouvé sur le balcon de la boîte, dans un coin où il n’y avait personne, caché derrière les colonnes vers une des sorties de secours.
-
Arrête ça! Mais qu’est-ce qui te prend?
-
Je ne supporte pas de te voir fricoter avec Marilou devant mes yeux. Tu as dit que vous n’étiez qu’amis, et pourtant tu joues avec ses cheveux, caressant sa joue au passage, tu la dévores des yeux...
-
Qu’est-ce que tu raconte? De toute manière, je ne vois pas en quoi cela te regarde? Marilou, Caroline? Jane, je fais ce que je veux! Je pensais que tout était clair entre nous à ton départ d’Allemagne, on savait tous les 2 que c’était fini, terminé. Je pensais avoir fait ce qu’il fallait pour que tout se passe en douceur. Je n’ai pas de compte à te rendre Jane. Tu sors avec Thomas maintenant, alors qu’est-ce que tu fabriques? A quoi tu joues là?
J’évitais juste de pleurer à haute voix, mais j’avais du mal à contenir mes larmes ou la douleur qui me fendait la poitrine. J’avais perdu mon calme, j’avais mal et il me faisait mal. Et pourtant, je l’aimais encore.
-
J’imagine que tu me déteste de te dire ça, mais Jane, c’est over, fini. Tu devrais aller rejoindre Thomas, il doit surement se demander où tu as passé et te chercher dans tous les coins.
-
Tu ne m’as même pas dit pour Jess, c’est à Caro que tu en as parlé en 1er. Comment est-ce que tu as pu me faire un truc pareille?
-
Tu ne devine pas? De toute façon, je n’ai de compte à rendre à personne, ou éventuellement à ma femme, et elle se fiche pas mal de ce que je fais quant elle n’est pas dans les parages.
Pascal évitait de me regarder, ses yeux fixaient les lumières qui tournoyaient au plafond. Les mains enfoncés dans ses poches, il avait l’air détaché, loin, distant et ça faisait mal. Il se foutait pas mal de me faire de la peine. Comment pouvait-il être aussi froid? Lui que j’aimais et que je pensais m’aimait aussi. Je me sentais ridicule, j’avais mal et j’avais envie de mourir sur place. Avec beaucoup d’effort, j’ai réussi à ressusciter le peu de force qui me restait pour ravaler mes larmes, du moins pour un temps, le temps de pouvoir dire quelques mots et donner le change.
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Tu as raison... Comme j’suis nulle...
J’ai eu une sorte de faux rire, légèrement trop aïgus et hystérique!
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...Tu ne m’aimais pas. J’aurai dû le comprendre. Apparemment mon décodeur était en panne! C’est vrai que si tu m’aimais autant que tu le disais, j’aurai été la 1ère personne à qui tu aurai raconté pour Jess et son bébé fantôme!!! Pfff, j’suis nulle.
A travers la souffrance, j’avais planté un faux sourire sur mon visage.
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Jamais. Tu n’aurai pas été la 1ère, sûrement pas. Surtout après t’avoir dit qu’on ne devait plus se voir, que je voulais tout faire pour que mon mariage fonctionne? Non, tu aurai même été la dernière personne à qui j’en aurai parlé. J’aurai attendu que tu l’apprenne par quelqu’un d’autre, je n’aurai jamais osé te faire de nouveau attendre... Rhhh, qu’est-ce que je raconte moi! Écoute, essayons d’être de bons amis, et évitons de nous faire plus de mal.
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Je t’aime moi... Je t’aime toujours autant, alors être amis, je sais pas si j’y arriverais...
Pascal s’est passé la main dans ses cheveux, chez lui, c’était un geste nerveux. Il espérait surement que j’arrête de lui casser les pieds. Il avait dit tout ce qu’il avait à dire, il n’y avait plus rien à ajouter.
------ Désillusions! (2) - (323) - ven.19.nov.10 ------