358/2013 - Triste Réveillon de Noël (2)
Mardi - 24 déc. 2013 - 358/2013 - Triste Réveillon de Noël (2)
Pascal me demandait de partir. Que je ne devais pas être là. Qu’il n’avait rien à m’offrir. Qu’il n’avait fait que me faire souffrir. Mais qu’il m’aimait, qu’il m’a toujours aimée, qu’il m’aimerait toujours, certainement jusqu’à son dernier souffle.
Clairement, je devais avoir la berlue… Je ne comprenais rien du tout! Si on aime, on ne fait pas souffrir? Non?
La douche froide à cause de ces mots m’a fait reculer. Mon cerveau avait un défaut ou j’entendais mal? Est-ce qu’il avait vraiment dit qu’il m’aimait encore ou je rêvais. J’ai serré les poings jusqu’à ce que mes ongles me déchirent presque l’intérieur de la paume. C’était juste pour vérifier que je ne dormais pas. Maintenant ma tête me faisait mal.
Aussi bizarre que ça puisse être, je voulais dormir. Là tout de suite. Dormir. Oublier. Ne plus rien entendre. Garder au fond du coeur ces mots dit avec tendresse et beaucoup d’amour. Je voulais garder ce souvenir à jamais. Ne jamais me réveiller. Partir sur une note positive.
Pascal s’est assis en prenant sa tête dans ses mains. Il regrettait d’avoir dit ce qu’il venait de m’avouer. Je ne comprenais pas. Faudrait geler le temps. Tout stopper. Il m’a raconté encore une fois ce que lui et sa femme avaient discutés. Ni l’un, ni l’autre ne voulait divorcer. Maintenant, il n’était plus sûr de rien. Puis, oui, il ne voulait pas divorcer. Ce serait un terrible échec.
Il m’a raconté que Jess, lui aussi d’ailleurs, estimait qu’ils s’étaient mariés un peu trop tôt. Jess pensait n’avoir pas assez vécu de choses. Elle voulait s’amuser encore, faire des expériences, voir d’autres horizons, avoir des aventures. Sans ça, elle avait peur que leur mariage ne tienne pas. Elle estimait que les hommes avaient plus de chances que les femmes question aventures. C’était plus facile pour eux. Jess estimait n’avoir pas assez vécu.
Par contre, pour être certain de se retrouver, de ne pas se perdre en chemin, ils avaient convenus d’éviter les liaisons, ou toute aventure qui risquait de se transformer en quelque chose de plus sérieux, d’éviter tout ce qui risquait de mettre en péril leurs retrouvailles. Pour ne pas se perdre en route.
C’est comme ça qu’elle en était arrivé à exiger de lui qu’il cesse de me voir. Notre liaison durait depuis 5ans, et c’était ce genre de choses qui risquait de mettre à mal leurs chances et réussir à se construire un avenir ensemble. Ils pouvaient s’amuser chacun de leur côté, tout en gardant à l’esprit le but qu’ils s’étaient fixé.
Pascal a levé les yeux pour plonger son regard vert au fond de mon coeur. Je pouvais deviner sa fatigue, sa lassitude et son abattement. On aurait dit qu’il était arrivé au point de rupture. Non, je me faisais des idées. N’était-il pas en pleine consolation… chez Elodie?
Faut que j’arrête d’interpréter tout à ma convenance. Croire seulement ce qui m'arrangeait. Les faits. Je dois seulement regarder les faits et la vérité en face. La pitié qui avait failli me faire fondre a aussitôt disparu. Mais j’étais sans voix.
Pascal s’est vite repris. Il s’était levé et me demandait de rentrer chez moi. C’était mieux comme ça. Mais, je m’accrochais encore. Je ne voulais pas partir. Je n’ai rien dit. Je ne savais pas quoi dire. Puis zut, inutile de jouer la comédie. A quoi cela servirait-il? C’était peut-être la seule occasion de lui parler seul à seul, alors pourquoi faire semblant. Pourquoi mentir.
- Moi, je t’aime… Je t’aime plus que ma vie…
- Vraiment? Mais tu ne veux pas de moi. Pas vraiment. Tu ne veux pas d’enfants. Pas de moi en tous cas. Pas vivre avec moi, ni même songer à une avenir à deux. Alors je ne comprends pas. Mais bon, c’est inutile de parler de ça, ça ne changera rien. Ce n’est pas très important. C’est ridicule de parler de ça maintenant.
- Ce n’est pas ridicule. Oui, malgré tous mes défauts, je t’aime. Le mot est faible, mais c’est la seule qui existe dans notre dictionnaire pour parler de ce que je ressens. Et si tu m’aimais vraiment, je ne comprends pas que tu aies pu accepter ce que Jess te proposait.
Je n’ai pas voulu lui rappeler qu'on parlait de sa “femme”. Je préférais ne pas lui rappeler ce qu’elle était, et pas une simple petite copine. Pascal a passé une main tremblante dans ses cheveux. Et j'ai pensé; "il est nerveux, trop mignon". Nul. J’aurai bien voulu passer la main dans ses cheveux moi aussi. Je ne sais pas comment j’ai osé, mais je l’ai fait. Je me suis approchée et sur la pointe des pieds, j’ai osé l’embrasser.
Il est resté figé quelques secondes, puis ses bras se sont refermés autour de moi. Ses lèvres si douces, si chaudes. Il me serrait si fort que j’ai même espérer que les barrières qui nous séparaient allaient enfin se briser, tout comme mes os étaient sur le point de le faire. Puis ses bras se sont relâchés. Il m’a repoussée doucement en posant son pouce sur mes lèvres. Comme pour m’empêcher de chercher à l’embrasser.
D’une voix rauque, il a murmuré qu’il m’aimait, mais qu’il était préférable que je rentre chez moi, et d’oublier tout ça.
J’aurai dû ne pas partir. J’aurai dû rester. Encore maintenant, je regrette ces quelques secondes qui m’ont condamnés à disparaître de son existence. Stupide crétine. J’aurai dû rester. Je regrettais amèrement les quelques pas que j’ai fait en direction de la porte; “Si tu m’aimes, alors retiens moi, ne me laisse pas franchir cette porte…”. Pascal avait fermé les yeux avant de se détourner. Ce geste m’a blessé, brûlé. Il s’était fermé, détourné de moi.
Effondrée, je me suis tassée derrière la porte. Pascal m’avait laissé partir. J’ai encore attendu derrière la porte, espérant le voir surgir et me retenir. Mais rien. Alors je me suis brisée. Le chagrin m’a dévastée. Je ne supportais pas cette douleur qui me terrassait. Je savais qu’elle ne me quitterait plus. Notre destin était scellé. C’était perdu. Foutu. Je l’avais perdu.
J’aurai voulu mourir sur le champ. Ça faisait trop mal. Pascal était pourtant à quelques centimètres, mais déjà tellement loin… Je tremblais de la tête au pieds. Pascal ne cherchera pas à me rattraper, à me retenir. Je le savais. Je devais partir, m’éloigner tout de suite. Partir. Me terrer dans mon coin et espérer que mon coeur n’explosera pas. Ou s’il explose, qu’il m’emporte vite fait.
Il fallait que je me fasse une raison… Que je tourne la page… Chercher ma route… Changer de route… Et pourtant, je ne voulais pas. Je voulais encore m’accrocher à l’espoir qu’un jour, il me reviendra. Oui, il me reviendra… Rhhh, c’est stupide, c’était fini. Je devais oublier. Pascal ne reviendra pas. Je dois vivre avec ça.
Ce soir, je fêtais Noël avec ma famille. Dès le matin, la fatigue s’était abattue sur mes épaules, comme si j’avais enfilé un manteau en plomb. M’handicapait. Et c’était la course. J’ai avalé quelques cafés. Constaté que les freins de ma voiture faisaient un bruit anormale. Couru chercher ma nièce pour nous rendre chez Carmine. Elle devait monter le sapin.
Constaté que cette année, je n’avais pas accroché de décorations. Je n’avais pas le coeur à ça.
J’avais prévu de la déposer et de rentrer pour essayer de dormir un peu. J’avais passé une mauvaise nuit. Pas réussi à vraiment dormir. Dès que j’y réussissais, je me réveillais en sursaut; l’angoisse me serrait la gorge. Je crois avoir réussi à dormir environ 3h, pas plus. J’étais raide; les épaules endoloris, lourdes.
Et Pascal continuait à me manquer. J’aurai bien noyé mes angoisses dans de la vodka, jusqu’à en perdre la mémoire. Mais, pas ce soir. Ce soir, je devais sourire, rire, faire semblant; je dînais en famille. Les larmes, ce serait pour plus tard, si je trouve le temps. J’en avais déjà versés tout un lac, je me demandais s’il m’en restait encore!!!
Je savais que ce n’était pas bon de garder tout ça enfoui, ça risquait de péter tout d’un coup, sans avertissement.