74/15 - Tablé sur le mauvais cheval !
Dimanche 15 mars 2015 - 74/15 - Tablé sur le mauvais cheval !
L’angoisse est traître, elle vous bombarde la tête de mauvais “trip”. Et ma tête tournait à plein régime. En même temps, je gardais le sourire, me forçant à avoir l’air détachée, détendue et de bonne humeur. Me forçant également à rire des blagues, que je ne comprenais pas, j’étais ailleurs. De toute façon, je ne comprends rien aux blagues. Discrètement, j’observais l’autre fille avec qui j’avais vu Pascal échanger un regard qui m’a semblé “équivoque”. Du coin de l’oeil, je surveillais Pascal aussi.
Quant j’ai senti que je perdais le contrôle, j’ai décidé de me rapprocher de Caroline. Peut-être qu’elle avait elle aussi remarqué quelque chose? Pascal a voulu me garder près de lui, mais un petit bisou dans le cou et j’ai pu filer. Il me sourirait, et mon coeur s’est atrophié. J’espère que je me trompais, sinon ça allait faire mal.
J’ai tiré Caroline loin de Pascal. Je ne voulais pas qu’il entende notre discussion. Je ne voulais pas non plus lancer le sujet. Si Caro avait senti ou vu quelque chose, elle m’en parlerait. Je me suis arrangée pour tourner le dos à Pascal, mais j’avais les jeux de glaces un peu partout pour continuer ma surveillance discrète.
Mon coeur a loupé un étage quant j’ai vu une brunette, que je connaissais bien sûr de vue, venir mettre son bras sous le celui de Pascal. Je l’ai vu se redresser, jeter un regard dans ma direction, peut-être rassuré que je ne regardais pas dans sa direction, il lui a souri en posant une main sur ses mains.
Elle lui chuchotait quelque chose. Il en a fait de même et elle est partie. Je l’ai suivie des yeux et l’ai vu disparaitre, tourner sous les escaliers qui menaient aux étages. Direction, la bibliothèque. Je me suis sentie rassurée. Pas très longtemps. Quant mon regard s’est reporté vers Pascal, il s’était levé et prenait la même direction.
Quel idiot… Bien sûr que ses copains ont remarqués la manoeuvre… pfff. Eux aussi ont regardé dans notre direction. Evidemment Caro avait également vu ce qui se passait et était prête à se jeter à leurs poursuites. Je l’ai retenue par le bras pour lui demander ce qu’il y avait. Mais j’ai pensé que ça m’arrangeait qu’elle retienne Pascal pour me laisser le temps de retrouver par l’extérieur notre petite demoiselle. Alors je l’ai laissé partir.
Elle n’avait pas besoin de me dire qu’il s’agissait de Pascal, on devinait toutes les deux… Je lui ai fais un clin d’oeil en lui souhaitant bonne chance et que j’espérais qu’elle arriverait à l’attraper. Elle a filé comme l’éclair et l’a rattrapé vers les escaliers.
J’ai foncé en direction de la cuisine et j’ai ramassé le trousseau de clé de la maison dans le tiroir à thé. Je savais que la Gouvernante et Thomas laissait toujours le trousseau entier là. Après je suis sortie en faisant semblant de me préparer à allumer une clope. Pour que ceux qui m’observent pensent que je sortais fumer.
Une fois dehors, j’ai couru pour atteindre la porte de la pièce utilisé comme bureau pour la secrétaire. Le père à Pascal travaillait parfois à la maison et faisait venir sa secrétaire. Elle pouvait accéder au bureau de l’extérieur. Le bureau avait l’avantage d’être contiguë à la bibliothèque. C’était une chance de connaître le chalet presque comme ma poche. J’étais un peu paniquée de ne pas savoir qu’elle clé utiliser.
En passant devant les fenêtres, j’ai constaté que la bibliothèque était vide, ce qui m’a un peu déstabilisée. Peut-être qu’ils iraient discuter ailleurs? Mes mains tremblaient si forts. Avec l’aide de mon natel, j’ai vérifié la serrure, ensuite les 3 clés du porte-clés. Le premier essai a été un échec. Je connaissais la clé de l’entrée, elle ouvrait également la porte piscine-jardin, et celle du jardin d’hiver, ainsi que la porte à l’arrière. Ce ne pouvait être qu’une des deux autres. Bingo.
Rapidement, j’ai traversé le bureau pour aller verrouiller la porte de l’intérieur (pour éviter qu’on m’y surprenne, ou que quelqu’un s’avise d’y pénétrer) et me faufiler dans la bibliothèque. De toute façon, j’imaginais mal Pascal utiliser les 2 autres pièces du fond de sa mère.
Je n’ai pas osé aller jusqu’à la porte de peur qu’elle s’ouvre dans ma figure. Hésitante, je restais près de la porte du bureau. J’aurai voulu aller coller mon oreille dessus. Mon regard s’était habitué à l’obscurité et faisait le tour de la pièce, me demandant où j’aurai pu me cacher.
Sous le bureau? Mauvaise idée, si Pascal s’assoit dans le fauteuil de son père, il me verra! Tirer les rideaux et me mettre derrière? Non, pas assez de place, on risquait de distinguer une forme! L’interphone? Ha oui, je pouvais ouvrir la communication. Non, Pascal risquait de s’en apercevoir et vouloir aller l’éteindre dans le bureau!
Boh, je pouvais toujours verrouiller? La fenêtre, oui la fenêtre! J’ai ouvert la lunette de la fenêtre derrière le bureau. Depuis l’extérieur, je pourrais entendre tout ce qui se passait dans le bureau au cas où.
J’ai juste le temps de m’enfuir quant j’ai entendu quelqu’un toucher la porte de la bibliothèque. J’avais eu chaud. La prudence m’avait retourner près de la porte dès que j’aie ouvert la fenêtre, même quant j’ai été regardé l’interphone, je suis retournée aussitôt près de la porte.
Je connaissais cette fille, je sais que je l’avais déjà vue avec le groupe. Je ne me souvenais pas de son nom; Barbara? Vania? Non, sinon je m’en serais rappelée. Ou pas.
Je refermé doucement la porte. Pascal avait allumé en entrant et s’est retourné vers elle, en s’asseyant au coin du bureau; “Alors, qu’est-ce qui se passe? Raconte?”. J’étais assise sous la fenêtre. Heureusement que j’étais assise, je ne pouvais pas tomber plus bas. Je me suis traitée d’imbécile d’avoir passé la soirée à surveiller l’autre pouffe, alors que celle-là, je ne l’avais même pas remarquée! Je dois être aveugle ma parole!
Elle est amoureuse de Pascal et le lui dit sans détour!
- Je suis amoureuse de toi… Depuis longtemps, je crois que tu le sais déjà.
Pascal s’est levé, il voulait qu’elle arrête de parler. Qu’elle ne devait pas parler comme ça. Elle lui a dit qu’elle a attendu sagement qu’il la remarque, qu’il fasse attention à elle, qu’il arrête de la traiter comme une gosse. Il était amical peut-être, mais elle espérait qu’avec le temps… Pascal a tenté de la faire taire en posant un doigt sur sa bouche.
Pascal n’aurait pas dû faire ça, c’était un peu trop intime, je trouve. Quant elle a commencé à parler, je n’ai pas pu me retenir de me lever pour regarder. Je ne voyais pas le visage à Pascal, mais elle oui, par moment. Quant Pascal ne me bouchait pas la vue.
- Natacha, je suis désolé… Je sais pas… j’imaginais que Thomas...
- Thomas? Non, c’était seulement pour t’approcher. Il a pensé la même chose, mais tu connais Thomas, il a tout de suite mis les choses au clair en me disant de ne pas y penser. C’était drôle. J’ai dis que je le trouvais sympa, mais rien de plus.
Pascal a rigolé. Natacha hein? Donc elle s’appelait Natacha!
Natacha a penché la tête et est redevenue sérieuse, pour lui répéter que c’était pour être plus près de lui, pour qu’il réalise qu’elle existait. Mais que rien n’avait changé et ce soir, en le voyant traîner avec “cette femme” au vue de sa copine, elle a pensé qu’il y avait de l’eau dans le gaz, qu’ils avaient rompu, ou qu’il voulait la rendre jalouse, bref, elle s’est dit que c’était le moment ou jamais de lui révéler ses sentiments.
Tout comme moi, Pascal ne captait pas de quoi elle parlait. Cette femme? Elle parlait de moi là? Sa copine? A part moi, je ne voyais pas? Pascal avait été adorable depuis qu’on est arrivé, il ne m’a pas quitté d’une semelle, toujours au petits soins, me cajolant, me faisait des bisous tout le temps.
Alors de qui parlait-elle? De la fille avec qui il échangeait des regards ambigus?
Natacha a essayé de s’approcher, de se s’enfiler entre ses jambes pour se coller à lui. Pascal s’est levé et lui a pris les mains. Du coup, je ne voyais ni son visage à elle, ni le sien. Puis, coup de chance, il s’est déplacé de côté, donc je les voyais de profil. J’ai reculé. Je ne voulais pas, que s’ils tournent la tête vers la fenêtre, qu’ils remarquent mon visage collé contre la vitre. J’entendais très bien sans avoir besoin d’être aussi près.
Pascal lui a dit qu’elle était adorable, qu’il était plutôt flatté, mais qu’il avait une copine. Natacha a fait la grimace. Pascal a continué à la bourrer d’excuses comme elle disait. Il lui a demandé de ne pas dire des trucs pareils, qu’elle ne devait pas croire qu’elle était amoureuse de lui, qu’elle était très jeune, que c’était probablement pour ça, et qu’elle ne devait pas.
Natacha l’a coupé pour lui dire qu’elle savait ce qu’elle ressentait et que ça ne datait pas d’aujourd’hui. Elle avait la voix qui tremblait, elle était au bord des larmes de voir qu’il ne la prenait pas au sérieux. Puis Pascal a fait la connerie de la serrer contre lui. Je l’aurai étranglé pour ça.
Il lui a pris le menton pour relever son visage et plonger son regard dans le sien; il a dit qu’il valait mieux faire comme si elle n’avait rien dit. Natacha a cherché à lui voler un baiser.
Comme il s’était défilé, Natacha lui a demandé carrément de l’embrasser. Mon coeur cognait si fort que j’ai eu peur qu’on puisse l’entendre jusqu’en Russie, alors je me suis accroupie, mais je continuais de regarder. S’il l’embrasse, je me casse d’ici sans passer par le start, sans l’avertir. Je serais trop dégoûtée et furax pour pouvoir le regarder en face sans lui en coller une.
En réponse aux interrogations de Pascal, Natacha s’est expliqué plus clairement; elle pensait que Caroline était sa copine. Pas moi. Que j’étais le jouet pour rendre cette dernière jalouse ou un truc du genre. Ça m’a un peu énervée. C’était la 2ème fois que quelqu’un prenait Caro pour sa copine. Jamais moi!
- La blonde. Caroline. Vous êtes tout le temps ensemble. Elle vient presque tout le temps à tes entrainements et à tes matchs. Chaque fois que je suis venue, elle était là, et vous partez toujours ensemble. Puis, au dernier souper de l’équipe, j’ai bien compris que c’était ta copine.
- Heum… c’est un peu compliqué, mais celle que tu appelles “cette femme”, Jane, c’est ma copine!
- Oh? Ha d’accord!
Elle est restée un moment dans ses pensées. Pascal a pris ses mains dans les siennes, ce qui l’a éloignée un peu. Je crois qu’il avait rougi;
- Natacha, j’ai une copine!
- Et alors? Je vois bien ce qui se passe avec Caroline quant “ta copine” n’est pas là. Je sais qu’elles sont amies. Tu peux quand même me donner juste un petit baiser?
Pascal a secoué la tête et avait reculé d’un pas; “Arrête!”.
- Juste un?
Pascal continuait a secoué la tête. Il s’est éloigné et s’est passé la main sur la nuque. Drôle, mais il semblait très embarrassé.
- Oh Pascal, un tout petit? En attendant que…
- Ecoute, la dernière chose que je voudrais, ce serait te faire de la peine ou te blesser, mais… je peux pas. Et puis ton frère est un pote, il me tordrait le cou.
- Ce qui se passe entre nous ne le regarde pas. Je fais ce que je veux, j’ai le droit d’aimer qui je veux…
- Chuuut! Arrête, il ne se passe rien entre nous. Dis pas de bêtise. On va faire comme si on n’a jamais eu cette dis…
- Tu ne me vois pas. Pourquoi tu ne me regardes pas? Pourquoi Caroline et pas moi?
- Tu es jeune, tu ne sais pas ce que tu dis. Jane et Caroline sont copines, tu as raison, et elles se parlent. Ma copine sait très bien, elle sait tout.
Natacha eu l'air sceptique. Pascal lui a dit qu’il ne pouvait pas rester là à discuter, il ne voulait pas que je m’aperçoive de son absence. Natacha a joué la pleureuse. Sûrement pour le faire rester. Elle insistait, Pascal cherchait comment lui faire comprendre qu’il n’était pas un type pour elle, et qu’ils devaient retourner au salon.
- Elle ne t’aime pas. Jane… elle ne t’aime pas. Si elle t’aimait comme moi je t’aime, elle ne pourrait pas le supporter. Ça veut dire quoi avec son autorisation?
Pascal a changé de sujet pour répéter qu’il ne pouvait pas rester là. Il ne voulait pas que je m’imagine des choses. Natacha s’est accrochée à lui en lui demandant encore une fois un petit baiser. Cette fois, j’ai remarqué qu’il était embarrassé et cherchait à s’échapper. Il l’a prise par la main pour l’entraîner vers la porte, pour qu’elle le lâche.
D'habitude, Pascal dit pleins de choses adorables, comme quoi il m'aime et tout, et ça avait le don de remettre l'église au milieu du village. Ce qui mettait les choses au clair. Mais là, rien! Juste qu'il avait une copine! Pourquoi?
Bon, faut dire que si j’avais été un mec, à sa place, je l’aurai sûrement embrassée. Juste pour savoir si c’était bien, et aussi parce qu’elle s’offrait. Mais, étant à ma place, s’il le fait, je l’étrangle! Faites ce que je dis, pas ce que je fais!
Quant ils ont ouvert la porte, Caroline était derrière. A vrai dire, je n’étais pas tellement surprise. Pascal oui. Mais il a dû aussi se dire que c’était une chance, il a fait passer Natacha devant lui et il a pris Caroline par la taille. La porte s’est refermée.
Le spectacle était fini. Je me suis écroulée sur place. J’avais surveillé le mauvais cheval! Je n’arrivais pas à croire que je me sois si vulgairement trompée. J’avais tout faux. Comment avais-je pu me fourvoyer de la sorte? Est-ce que mon 6ème sens était tellement faussé? Ou est-ce que je voyais le mal partout!
Au risque de me faire surprendre, je ne pouvais pas rester là. Je suis retournée prendre les clés que j’avais posé au pied du bureau, déverrouillé la porte du bureau et j’ai quitté les lieux pour aller traîner près du salon à fumer. Ni vue, ni connue.
Aussitôt de retour dans le salon, Pascal a remarqué mon absence et est parti à ma recherche. On lui a dit que j’étais dehors en train de fumer. Bien vu. Cela ne faisait pas 2 minutes que j’étais assise au bas des marches qu’il sortait pour s’assoir à côté de moi.
Vicieuse, je lui ai demandé où il était. Caroline avait filé, et quant je l’ai cherché, je ne l’ai pas trouvé, alors je lui sortie fumer. Je sentais les clés dans ma poche, il ne fallait pas que j’oublie de les remettre en place. Pascal était embarrassé. Il n’a pas voulu ou pas trouvé nécessaire de me raconter son escapade. Il a juste dit que Natacha voulait lui parler d’un truc et il a passé son bras autour de mes épaules et m’a fait un bisou dans la nuque.
Je savais très bien que c’était pour m’empêcher de continuer à le questionner, alors il cherchait à me distraire. J’ai accepté, sachant que je reviendrais sans doute sur le sujet plus tard.
- T’as envie de sortir? Ou… on pourrait monter s’enfermer dans notre chambre… Qu’est-ce que t’en dis? Ras le bol de tout ce monde. T’en a pas marre toi?
Dimanche matin, après le petit déjeuner, Pascal était pressé de quitter le chalet. Il voulait qu’on rentre. J’ai suivi le mouvement. Je crois qu’il cherchait à fuir Natacha. Pourtant, ils ont échangés quelques mots, quelques sourires, ont plaisantés ensemble comme si de rien n’était.
J’ai quand même remarqué les regards empreint de mélancolie qu’elle lui lançait quant leurs regards se croisaient. Pascal faisait celui qui ne voyait rien, et ne changeait rien à sa manière d’être avec elle. Pour un oeil non averti, c’était invisible.
Mais, connaissant Pascal, il l’avait certainement remarqué aussi. Je me demande qui est son frère? Je me rend compte que je ne faisais pas assez attention aux gens qui m’entourent! Trop concentrée sur Pascal. C’est pas la première fois que j’en fais le constat non plus, et je me promets chaque fois de faire plus d’efforts, plus attention.
C’était génial de rentrer, je serais moins tendue. Moins de choses à observer. Ça fera taire mes peurs et mes angoisses. Etre seule avec lui, c’est exactement ce qu’il me fallait. Fini le pouls qui s’affole.
De retour à la maison, Pascal est sorti faire un jogging. De retour, il a été prendre une douche. Je l’ai regardé sortir de la chambre une serviette autour du cou en se frottant la tête pour sécher les cheveux. Ce corps si parfait. Il est passé près du piano pour aller prendre un verre de lait dans le frigo. Il a souri en surprenant mon regard. Miam, j’avais envie de lui sauter dessus. Il est venu se couler dans le canapé à côté de moi.
Une petite voix dans ma tête m’a rappelée qu’il m’avait reproché de tout le temps faire le premier pas. Alors, je me suis jetée sur lui. Son sourire s’est accentué. En deux temps trois mouvements, il était sur moi. Il avait réussi à reprendre l’avantage et me mettre sur le dos. Je n’allais pas me plaindre ;)
Afff, on a passé une journée magnifique. J’aurai voulu arrêter le temps et rester collée dans ses bras, collée contre lui. Continuer à se courir après dans le salon, manger les yeux plongés dans les siens, l’embrasser encore et encore. Le laisser jouer avec mes doigts, et les embrasser un à un. Je me sentais heureuse comme jamais.
Pourtant, l’image de ce regard énigmatique échangé avec cette autre fille me taraudait toujours!