91 - Poisson d'Avril
Pascal voulait qu’on mange ensemble à midi... Ni 1, ni 2, j’ai sauté dans ma voiture, bon, après 2 heures à me préparer, et surtout 1h devant mon armoire à changer d’avis toutes les 2 secondes sur ce que j’allais mettre! Un temps complètement pourri, gris, mais 17° et ça, du jour au lendemain, donc pas facile de savoir comment m’habiller!
Pourquoi mon coeur bat-il aussi fort dès que je le vois? Je frissonnais déjà pendant tout le trajet jusqu’à lui, impatiente et ça ne s’arrangeait pas à l’arrivée. Lamentable.
Je suis hyper sensible à tout ce qui se rapporte à Pascal, hyper sensible à ses humeurs ou tout changement d’expression, et là, il avait un demi sourire, pas le même que d’habitude. Son regard aussi était différent; sérieux et appuyé. Ça m’a mise un peu mal à l’aise.Une petite seconde, j’ai regretté d’avoir accepté de le voir, mais c’était trop dur de résister. Je ne l’avais pas vu de tout le week-end, et j’avais pratiquement ignoré ses appels. Arfff, mais alors pourquoi cette impression de “pas bon”? Bah, je me suis secouée intérieurement, j’allais pas laisser ma tête prendre le dessus.
D’ailleurs, on a pas été mangé dans un des restaurant près de son travail, comme d’habitude. C’était plus pratique et nous laissait plus de temps à passer ensemble. Pascal a tenu à ce qu’on aille au bord du lac. Il voulait me dire quelque chose et je sentais qu’il cherchait ses mots. Pascal était aussi un peu distant et ça me faisait peur. Mon coeur a plongé direct dans mes pompes. Et j’avais raison...
Ses mots sont tombés comme un couperet...
Pascal cherchait comment mettre un terme à notre relation. Je suis restée tétanisée, bouche bée et la tête en bouillie. Impossible de penser. D’ailleurs, je ne crois pas que je me souvenais ni de mon nom, ni de la langue que je parlais. Le néant total. Mon coeur m’a presque lâché en glissant à la vitesse grand V sous terre. Je crois bien que les larmes cherchaient mais je n’avais pas encore saisi.
Alors, Pascal a essayé de m’expliquer que cette situation était trop compliquée, que c’était impossible et sans issue pour nous.
Comment ça? Comme ça, là, autour d’une table, dans un restaurant bidon? J’avais dû mal comprendre! Je ne sais même pas pourquoi, mais je pensais à l’excitation que j’avais éprouvé à l’idée de le voir, au temps que j’ai mis à me préparer...
Et les reflets du lac continuait à briller, scintillants, quelques rayons de soleil traversaient les baies vitrées gaiement, comme si de rien, et moi, j’étais en train de vivre un drame émotionnel. Pascal me plaquait, là... devant un verre de coca light. J’avais le cerveau en panne et je pensais encore à des trucs bizarre, comme le fait que notre commande n’avait pas encore été servi et comment est-ce qu’il imaginait que j’allais pouvoir avaler quoi que ce soit? Comment pensait-il que j’allais réagir? A quoi s’attendait-il?
J’avais envie de disparaître illico presto. Il était clair que je ne pourrais rien avaler et je n’avais pas envie de rester planté pendant 1h, assise sagement à picorer dans une assiette en porcelaine avec un type qui venait de me plaquer. Vite que je me tire de là pour aller me liquéfier entre les murs de mon appart.Je ne pouvais pas pensé à ne plus le voir, pas là, sinon j’allais ridiculement fondre en larmes. Pas question. Avec un timide sourire mal assuré, je me suis levée et je lui ai dit que je préférais partir, je n’avais plus très faim.
Pascal me regardait sans rien dire. Est-ce qu’il voyait mes changements de couleurs? Ou ma peine? J’espère que non. Il a appelé mon nom une ou 2 fois, mais, il me fallait filer avant de perdre mes moyens. Je ne courais pas, mais je marchais vite. Il fallait que je sorte de là, j’avais l’impression d’étouffer. Je suis partie sans me retourner. Comme un animal blessé à mort, j’étais aveuglée, je n’avais qu’une seule idée en tête, rejoindre un endroit sécurisé et vite. Je sentais les rivières de larmes couler sur mon visage et je pressais le pas pour rejoindre la station de taxi la plus proche. C’était urgent. J’avais les oreilles bouchées et je ne voyais rien d’autres que les quelques mètres qui me séparaient d’une retraite digne. Fallait que je me retienne encore quelques minutes jusqu’à ce que le taxi me dépose à ma voiture.
Pascal m’a rattrapée quelque part là au milieu de tout ça et a essayé de me prendre dans ses bras. Il souriait, je n’entendais rien, mais je voyais son sourire et ça m’a fait mal. C’était quoi ça? Il pensait que me serrer dans ses bras était la consolation suprême et que j’irai mieux? Ça va pas la tête ou quoi? Fiche moi la paix, dégage, disparaît de ma vue. Il avait le culot de trouver ça drôle? Il venait de piétiner mon pauvre coeur et il souriait?!?!
- -Héé... Tu partirais sans même essayer de parler? Tu n’as rien à me dire?
- -Pour dire quoi? C’est fini, c’est fini. Tu veux que je dise quoi? Tu veux qu’on arrête, y a rien d’autre à ajouter Pascal.
- -C’est tout? Tu n’as rien à me dire? Ou me traiter de pire salaud? Quelques insultes? Tu n’essaie même pas de te battre?
- -Pourquoi faire? Ce serait une perte de temps. Tout un tas de mots pour rien, la finalité reste la même... Écoute Pascal, je... j’ai envie de rentrer... je suis crevée.
- -Est-ce que je peux t’embrasser?
- -What? Tu te fou de moi?
- -I love you.
Il avait dit ça dans un souffle, un petit sourire amusé au coin de ses lèvres. J’ai froncé les sourcils, je ne comprenais pas. C’était encore un truc ou quoi? C’est à la mode ça ou quoi? Je te quitte, mais “je t’aime”? Plus je fronçais les sourcils, plus il souriait. C’était trop stupide, et j’avais les larmes prêt à jaillir, là, je n’avais pas le choix, il me fallait fuir et vite. Mais Pascal m’a attrapé par la main, il ne voulait pas me laisser partir. Comme un ballon dégonflée, j'étais trop faible pour me battre. Toute mon énergie était concentré sur mon centre nerveux contrôlant mes pleurs. Il voulait constater les dégâts ou quoi? Je l’ai repoussé pour partir, mais rien à faire, il me tenait.- -Viens là...
- -Je t’aime voyons. Je t’aime Jane plus que tout, comme un fou. Comment peux-tu imaginer une seconde que ce que j’ai dit pouvait être sérieux? Et tu n’as même pas essayé de... de te battre pour me garder? Mais bon... C’est tellement toi ça, tu prends la fuite.
- -Pourquoi?
- -Poisson d’avril babe!
- -Poi..sson d’avril? C’était... une blague?
Pascal riait. J’étais encore sous le choc, je ne fonctionnais pas à 100%, j’avais les jambes un peu flageolante. Heureusement, il avait passé son bras autour de ma taille, me serrait contre lui et je n’avais pas envie de retourner au resto, j’avais les larmes qui coulaient toutes seules et je n’arrivais plus à contrôler le flux. J’avais la tête en papier mâcher, mais j’allais garder tout ça dans un coin pour tout analyser plus tard chez moi, quant je serais seule. J’étais soulagée. Groggy, mais soulagée!
Il était tout plein de douceur et me faisait des tonnes de bisous. Je comprenais pourquoi il avait voulu aller ailleurs... Me faire un coup pareil et après, il aurait difficilement pu me prendre dans ses bras ou même me courir après c’était sûr
Une fois assis, j’ai fait semblant d’avoir parlé sans trop réfléchir, en lui disant que je croyais qu’il avait appris pour Layne et moi et que c’était pour ça qu’il voulait qu’on casse, et c’était pour ça que je ne pouvais pas dire grand chose. Que je le comprenais et que c’était peut-être la meilleure solution même si ça me rendait hyper triste.
Il n’a pas tout de suite réagi, juste froncé les sourcils. Ensuite, après s’être éclairci la gorge, il m’a demandé ce que je voulais dire. Il cherchait à savoir si je sortais à nouveau avec Layne, si j’avais fait plus que de juste le voir... Si j’avais couché avec. C’était drôle de le voir si déstabilisé, et pas une seconde il ne s’est dit que je prenais peut-être ma revanche et que c’était aussi un poisson d’avril.Ses beaux yeux se sont assombris et il avait perdu son air jovial. A la tension dans sa mâchoire, je devinais qu’il était plutôt fâché. Mais je n’allais pas le soulager de si tôt. Hum.
Après quelques minutes d’un silence lourd et pesant, Pascal m’a demandé si c’était un poisson d’avril. Je lui ai dit que je ne savais même pas que c’était le jour des poissons d’avril alors je n’avais rien préparé. J’aurai trouvé mieux. Il a repoussé son assiette sans y avoir goûté, mais il goûtait à son propre jeu. Je me demande s’il trouvait la blague drôle? Sûrement pas.
Pascal s’est lancé dans une longue tirade mesuré pour dire qu’il comprenait, qu’après tout c’était de sa faute de m’avoir laissée seule tout le week-end. Qu’il était tout de même déçu, il pensait que notre relation était plus solide que ça. Qu’il comprenait que c’était plus sérieux entre Layne et moi que je le lui avais laissé entendre. Qu’il ne devrait pas m’en vouloir, mais (et ses beaux yeux verts avaient une teinte métallique) pourtant il m’en voulait. Il ne pensait pas que je finirais par me réfugier dans les bras d’un autre, et par dessus tout, dans ceux de Layne aussi rapidement.
Le pli amer au coin de sa bouche était trop chouky, je ne pouvais pas le laisser aller dans son délire. De plus, tout n’était pas faux, j’avais bien passé le week-end avec Layne donc! J’ai tendu les bras par dessus la table pour prendre ses mains, mais il les a retiré. Maintenant, je comprenais pourquoi il souriait avant parce que, même si c’était loin d’être drôle, je ne pouvais pas m’empêcher de sourire non plus.
Quant je lui ai dit que c’était un poisson d’avril, il a réalisé qu’il s’était fait prendre à son propre jeu. Pascal a dit que ce n’était vraiment pas drôle. Le sien non plus, on était quitte. Je déteste les poissons d’avril d’ailleurs!
Pascal s’est levé pour me prendre dans ses bras. Je crois qu’il avait dû oublier qu’on était dans un restaurant et pas seuls et qu'on ne devait pas faire des choses pareilles. Mais de toute façon, on avait plus faim, ni l’un ni l’autre.