Lun 3 juin 2024 - L'âme brisé
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Lun 3 juin 2024 - L'âme brisé
Malgré toute la force de caractère que je croyais avoir, je n'ai rien pu faire contre le ras de marée de larmes. J'ai pleuré la moitié des larmes de mon corps. Je dis la moitié, parce que je suis sure que j'en ai encore à verser. Je n'ai pas tout utilisé. Je ne pensais d'ailleurs pas en avoir autant. J'étais cassé, mal partout, brisée.
Malgré l'épuisement que cause le fait de pleurer, je n'arrivais pas à dormir. J'avais envie de m'arracher le cœur parce que ça faisait trop mal. Ça m'a fait penser aux paroles d'une chanson de Tina Turner "what's love got to do with it", dans cette chanson elle demande; "qui a besoin d'un cœur alors qu'il peut être brisé?".
Après tout le cœur c'est quoi? Juste un muscle qui pompe le sang à travers le corps. Alors pourquoi a-t-on l'impression d'avoir le cœur qui serre? En tous cas, ça n'a rien à voir avec le cœur à proprement parler, c'est dans la tête, et tous les organes; cœur, poumons, foie, etc s'emballent. Je tâchais de rester logique pour calmer le flot. Puis, j'ai soudain compris un truc...
D'après le comportement de Pascal, je pense que ça doit être la fameuse crise de la quarantaine. Et d'après ses agissements, il avait besoin de sortir de son côté, sans moi dans les pattes. Le genre qui a une nana que personne ne connaît et qui sort toujours sans elle. Ça doit être ça! Mais ça ne m'empêchait pas de pleurer.
Mon dieu, j'allais être affreuse en plus, avec les yeux tous enflés. Aïe, manquait plus que ça. Je l'ai entendu arriver, et j'étais toujours allongé sur le canapé. Le coussin dans lequel j'étouffais mes cris était trempé. Vu que j'étais dans le noir, Pascal n'a pas tout de suite vu que j'étais sur le canapé. Il a dû penser que j'avais fini par partir.
Il avait allumé dans la chambre et a été prendre une douche. Bien, au moins se débarrasser de l'odeur des autres femmes! Puis, en revenant dans le salon, il a dû me voir. Il s'est agenouillé à me regarder un moment. J'avais résolu de faire semblant de dormir. Je ne voulais pas qu'il voit vraiment ma tête avec mes yeux de poisson rouge.
Il s'est éloigné et j'ai guigné à travers mes cils. Il s'était assis tête entre les épaules, tout recroquevillé. Il devait avoir honte.
Pace m'a portée au lit. IL a dû comprendre que je l'avais attendu en vain, et qu'il aurait sûrement des explications à donner. Ben non, je n'allais rien demander. Facile de lui faire croire que je m'étais endormie à l'attendre. Mais je ne demanderais rien. Je savais tout, inutile de le forcer à chercher à me servir un mensonge élaboré.
Il m'a serrée contre lui, me faisait des bisous sur le front dans les cheveux. Est-ce qu'il cherchait à me réveiller? Non, parce que c'était furtif, doux, discret. Malgré un mal de tête colossale, je me suis endormie presque aussitôt que ses bras se soient refermés sur moi. Et moi qui voulait lui faire croire que je faisais des cauchemars...
Personne n'est passé pour déjeuner avec nous? Louche. Tout le monde sait ce qui s'est passé hier soir ou quoi? Caro se planquait? Elle avait dû voir mon appel samedi soir, non dimanche matin plutôt, mais n'a pas osé me répondre. Pascal a donc eu le loisir d'admirer ma mine défaite et mes yeux glauques. Il a paru choqué.
J'ai fait croire que j'avais eu une terrible crise d'asthme hier soir, et que j'avais bien cru que j'y passais. Faux, gros mensonges. Et que je n'avais plus de doseurs, ils étaient vides. Pascal a paru concerné et a filé après déjeuné pour m'acheter ce qu'il fallait. J'avais de la peine à respirer, parce que j'avais encore les restes d'hier...
A aucun moment je n'ai fait le 1er pas, ni été vers lui. J'en avais envie et en même temps pas du tout. Je lui aurais plutôt envoyé le poil à frire dans la gueule. Pas fait un geste pour le toucher; je les voyais encore en train de s'envoyer en l'air chez Caroline, j'entendais encore les gémissements quand je le regardais. Il avait l'air innocent et ne l'était pas.
J'ai failli fondre en larmes 1 ou 2 fois, mes yeux se sont emplis de larmes. Pendant qu'il était sorti pour courir dans une pharmacie, j'ai essayé de panser mes yeux avec de l'eau tiède. Pascal a pensé que c'était la suite de ma crise d'asthme et a été aux petits soins tout le reste de la journée. Il envoyait tous ceux qui appelaient pour passer.
C'est lui qui est venu sur le sujet en 1er. Il s'est excusé d'avoir fait si tard. Il avait pensé faire vite et être de retour dans l'heure. En fait, ils ont été prendre un verre dans un bar, et sont tombés sur Caro, Michael, Paul, etc. Ensuite, il était trop beurré pour conduire. Paul était déjà parti. Il croit avoir tenté de m'appeler pour aller le chercher.
Finalement, ils ont été manger des spaghettis bolo chez Caro. Il s'est arrêté là de son histoire. Tout semblait vrai, sauf qu'il n'a pas dit comment a fini la soirée, ni que Natacha était avec eux. Ça me va, je n'ai rien demandé de plus. J'ai continué à jouer la malade avec mon regard triste. Ça me permettait de cacher mon chagrin.
Quant les yeux dégonfles, ce n'est pas jolis à voir. C'est pas régulier, et il y a toujours un endroit ou l'autre qui reste boursoufflé plus longtemps. Pascal se sentait coupable et pensait que ma crise était de sa faute. Je n'allais pas l'en dissuader. C'était comme si on jouait au docteur, il était à mes petits soins, me couvrait de câlins et d'attention. Pascal essayait de se racheter???
Pace a insisté pour que je reste dormir. Il sentait qu'il ne fallait pas qu'il tente de me toucher, je n'étais pas en état. Tant mieux. Le lendemain matin, j'avais retrouvé ma tête, et on a pris le café ensemble, avant qu'il parte au boulot, et moi bosser chez moi. Dans la voiture, je ne sais pas pourquoi, mais j'ai éclaté en sanglots. J'avais encore mal.
Ce devait être parce que je me rendais compte que j'avais fait la malade pour l'empêcher de me clouer le cœur au pilori... Il avait été gentil parce qu'il avait pitié de moi. On avait passé le dimanche ensemble, rien que tout les 2, que parce qu'il pensait que j'étais mal fichue. Il n'avait pas répondu aux appels de Natacha aussi pour ça...
Sinon? Aurait-il trouvé une excuse pour courir la retrouver? Ou se sentait-il simplement coupable? Il ne se doutait même pas que ses actions m'avaient brisées, que j'avais passé toute la soirée à pleurer comme une madeleine... Il ne savait rien, ne voyait rien... Ce qui me rendait si triste, c'est de devoir faire semblant d'être mal pour qu'il fasse attention à moi...
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