104/2013 - Le coeur en larmes
Dimanche, 14 avril 2013 - 104/2013 - Le coeur en larmes
J’avais honte de descendre déjeuner. Pascal se doutait bien que je l’avais attendu. Quelle tête faire? Semblant de rien? Ridicule. J’aurai dû avoir la bonne idée de partir avant le lever du jour. Maintenant, j’étais coincée. Je n’avais pas le courage de descendre, j’étais mortifiée. Comment descendre en gardant la tête haute? Comment réagir vis-à-vis de lui? Et l’autre pouffe? Un sourire de travers et je lui saute à la gorge à cette grognasse.
J’avais envie de disparaître. D’être chez moi. Hélas, j’étais là, et tout le monde devait savoir que j’en bavais, que j’avais dû passer la nuit à l’attendre. Ils allaient tous me scruter de la tête aux pieds, inquisiteurs, pour voir comment je digérais ça. Pfff. Pas plus courageuse que ça, je me suis cachée au fond de l’armoire. J’essayais de ne pas pleurer, sinon ça se verrait.
Plongée dans le noir au fond de l’armoire de la chambre, j’ai essayé de me concentrer pour trouver un peu de courage et de fierté pour quitter ma chambre et descendre. Depuis petite j’ai pris l’habitude de me planquer au fond des armoires pour pleurer en paix. Quant on est une grande famille, c’est difficile de trouver un coin tranquille, un coin de solitude, un endroit où on ne penserait pas chercher. Alors, en silence, j’ai pleuré.
Je n’avais pas entendu la porte, c’est la soudaine lumière qui m’a fait lever la tête, pour me retrouver face à Pascal. Comment avait-il deviné que j’étais là? J’ai plongé ma tête entre mes bras pour qu’il ne voit pas mes larmes, ni mon visage ravagé de douleur. Sans un mot, il s’est assis en face de moi, refermant presque la porte de l’armoire.
Merde… Pas envie de lui parler. Et j’étais mal à l’aise qu’il m’ait retrouvée comme ça. J’ai cherché ce que je pouvais inventer pour qu’il ne sache pas que c’était à cause de lui et de cette Nina, mais je n’ai rien trouvé. Mon cerveau ne fonctionnait plus, le disque était rayé. La seule chose qui passait en boucle depuis hier soir, c’était les images de lui et Nina en train de s’embrasser. Et d’autres images plus graphiques auxquels je ne voulais pas donner de noms.
- Sorry…
Pfff! Il pouvait se le bouffer son “désolé”, ça me faisait une belle jambe. Rien à cirer, ça ne peut plus rien changer. De toute façon, il ne pouvait rien dire qui fasse que je me sente mieux, alors autant d’abstenir. Et il s’est abstenu. A vrai dire, ça aussi ça m’énervait. Je trouvais normal qu’il se confonde en excuses, qu’il se traîne à mes pieds pour solliciter mon pardon. Qu’il se débrouille pour effacer tout, pour revenir en arrière. Là, je rêvais trop fort!
- Qu’est-ce qu’on fait?
Je ne pouvais même pas le regarder sans éprouver de la colère, sans que les images défiles encore en rond devant mes yeux. Et je ne voulais pas qu’il me regarde pleurer. Si je tentais de parler, j’allais fondre en larmes encore. Et je n’étais pas jolie quant je pleure. Lui présenter un spectacle aussi lamentable après sa nuit avec une autre? Non, je pouvais pas. Il allait croire que je n’avais rien à dire? J’avais plein de choses à dire, mais seulement pas là, pas maintenant. Quant je serais plus calme, on verra. Peut-être que je n’arriverais jamais à en parler, parce que je crois que ça me fera trop mal.
La tête enterrée entre mes bras croisés autour de mes jambes repliées, j’ai réussi à lui dire, vaguement calmement, de s’en aller. Je voulais rester seule. Il a essayé de me toucher. Je me suis reculée pour me coller contre les parois du fond de l’armoire. Qu’il s’en aille. Je voulais pas de lui dans mon refuge.
Après un bon 1/4 d’heure à attendre d’autres mots sortent de ma bouche, il a compris que ça ne servait à rien. Il est enfin parti. Ouf.
J’ai passé l’heure suivante à essayer de faire disparaître le rouge de mes yeux et les dégonfler. A la limite, ça pouvait passer, j’avais l’air de venir de me réveiller. Un petit sourire aux lèvres, je suis descendue avaler quelques cafés. Je n’avais pas faim. Si je croyais avoir passé trop de temps à pleurer, alors Caroline aussi. Apparemment, elle n’avait pas réussi à dégonfler son visage.
La pouffe de Nina était contente d’elle. Elle a eu le malheur de sourire en voyant la tête de Caro. J’ai pas pu me retenir, je lui ai balancé au visage, le reste de mon café chaud. Et ma tasse était presque pleine.
Pascal qui était assis à côté d’elle a reçu son dû. Caro m’a lancé un regard reconnaissant. Nina s’attendait à ce que Pascal fasse quelque chose, ou m’engueule. Mais, il n’a rien fait. Pascal était aussi étonné que tous ceux qui étaient dans la cuisine. Je crois avoir entendu Nina me traiter de connasse avec son lourd accent allemand. Elle restait là les bras écartés à marmonner en allemand, en regardant ses vêtements souillés.
J’ai cru entendre quelques rires. Avant que Pascal ne s'avise à prendre sa défense, j’ai préféré m’éclipser au plus vite.
Prenant Caro par les épaules, je l’ai emmenée loin des regards curieux. Dans sa chambre, je l’ai fait se coucher et j’ai posé des lavettes bien froides sur ses yeux. On a décidé de s’en aller. Ça ne servait pas à grand chose qu’on reste là toute la journée. De toute façon, dans quelques heures, tout le monde rentrerait. Ça ne servait à rien qu’elle s’expose aux moqueries.
Caro était montée en train, elle pensait rentrer avec Pascal et l’inviter chez elle. Je l’ai laissé avec les lavettes sur la figure, et j’ai été mettre nos bagages dans ma voiture. Ensuite, j’ai rapidement salué Thomas et je suis montée chercher Caro. Pascal a eu la décence de venir jusqu’à la voiture pour nous dire de faire attention sur la route. Mais, je crois que c’était pour s’assurer qu’on allait plus ou moins bien.
Pascal a voulu nous donner rendez-vous, le soir, après le départ de Nina... Toutes les 2? Ensemble? Wow! Surement pas!
On a toutes les deux pensé que ça n’augurait rien de bon. On avait l’intention de l’éviter, et d’attendre qu’il se calme d’abord. On était persuadé que c’était pour nous engueuler. Valait mieux éviter toute confrontation.
Sur la route, on a décidé qu’il était préférable de ne pas être à un endroit où Pascal pouvait nous trouver. Mais, comme on ne savait où aller, je l’ai invitée à venir dormir chez moi. Même s’il venait sonner, on était libre de ne pas lui répondre et ne pas lui ouvrir. Pascal a essayé de nous appeler après 20h, mais il n’est pas passé. Ouf, c’était moins dur comme ça. On n’a pas répondu à ses appels, ni à ses messages. On n’était pas belles à voir…
On a passé la soirée à reparler de ce qui s’était passé, à se poser des tonnes de questions. On ne savait pas comment réagir. On n’arrivait pas à trouver le sommeil.