153/2012 - Non, je ne pleurerais pas!
Vendredi - 1er juin 2012 - (153/2012) - Je ne pleurerais pas!
En partant ce matin, Béa m’a dit ‘A ce soir’, pourtant, elle m’avait dit qu’elle avait trouvé où dormir vendredi soir! Je n’avais pas l’intention de l’avoir dans les pattes et de la laisser me gâcher ma soirée. Je savais quoi faire pour la foutre en rogne et lui donner l’envie de ne pas rentrer. En fin d’après-midi, j’ai donc envoyé un message à Béa pour lui dire de faire quelques courses en rentrant; du café puisque qu’elle en faisait pour un régiment, du papier ménage, des clopes pour moi et 2x coca de 2 litres.
Ce n’était pas grand-chose, mais c’était encombrant. Elle aime se servir sans restriction mais remplir les armoires, pas tellement. Ça n’a pas manqué, hihihi.
Il s’en ait suivi une trentaine de messages furibonds. Elle avait l’air de croire que le café, le coca et le reste faisait partie du package. Je lui ai rappelé que les règles ici, c’était moi qui les fixaient, pas elle. Que c’était chez moi, pas chez elle. Si elle voulait du café, elle n’avait qu’à en acheter, punkt shluss. Ça l’a mise en colère. Elle a commencé à presque m’insulter par sms. Pour faire court, elle disait que j’étais trop maniaque, que je n’étais pas capable de vivre en coloc, qu’elle ne buvait que 2 tasses de cafés par jour en comparaison de moi qui en boit une vingtaine au minimum, etc. J’ai pris le temps de répondre 5 fois, après je lui ai dis que je n’avais pas le temps de m’amuser avec elle aux sms. Elle insistait pour que je laisse la clé si je sortais, dans la cachette prévue. Il n’en était pas question.
Folle de rage, elle m’a dit que je n’avais pas confiance. Elle avait raison. Comme je ne répondais pas, elle a continué en poussant à la limite de l’insulte pour me forcer à réagir. Je flottais dans un bain chaud en lisant, donc je regardais de temps à autre ses messages, question d’être sûre qu’elle n’allait pas rentrer même avant que je ne sois partie. N’obtenant pas de réponse, elle a fini par oser une ultime insulte en écrivant; "ton homme te baise mal??".
Ça m’a fait rigoler. Si elle pensait me vexer ou m’énerver, elle était à côté de la plaque. Je lui ai répondu que je ne répondrais plus à ses messages, qu’elle me fatiguait, que peut-être qu’elle devrait se faire baiser, ça lui ferait non seulement du bien, mais ça la calmerait. Elle m’a encore envoyé quelques messages moins épiques, puis, sans doute fatiguée de ne pas obtenir l’effet escompté, m’a demandé quant elle pouvait rentrer dimanche soir. Je n’ai pas répondu. J’ai continué à lire tranquillement ravie de savoir qu’elle ne rentrait pas du week-end.
Après mon bain, je me suis préparée dans l’attente de l’appel de Pascal…
Il a appelé quant il était en route pour venir me chercher. 10mn après, il était déjà en bas. Heureusement que je m’étais préparée d’avance. J’ai tout de suite senti qu’il y avait quelque chose et je n’avais pas tort. Il ne pouvait pas manger avec moi et je crevais la dalle. Gêné, sans oser me regarder dans les yeux, il m’a dit qu’il ne pourrait pas beaucoup me voir ce week-end. Tout en jouant distraitement avec mes doigts et entre 2 bisous dans ma paume, il m’a expliqué que sa femme avait organisé des trucs et qu’il ne pouvait pas lui faire faux-bonds, sans pour autant me donner de détails.
Même si ses petits bisous dans la paume de ma main me faisaient frissonner, j’étais déçue. Je me suis forcée à sourire, mais j’ai été incapable de commenter. Si je l’avais fait, j’aurai certainement fondu en larmes. J’ai tenté de déglutir la boule d’angoisse qui me serrait la gorge avec une bonne rasade de coca. C’était mon tour d’éviter son regard pour ne pas montrer à quel point j’étais triste. He said he’ll make it up to me, but when?
Pascal avait posé ma main contre sa joue et l’espace d’une seconde, je me suis imaginée plantant mes ongles dans sa peau, le griffer, pour lui faire partager ma déception. Evidemment que je ne l’ai pas fait. Il embrassait mes doigts entre 2 phrases, se penchait pour m’embrasser. C’était de doux baisers tendres, ses mains cherchaient à me rapprocher, ses jambes frôlaient les miennes, mais rien à faire, je n’arrivais pas à me réjouir de l’instant présent.
En partant, il a passé son bras autour de ma taille et me serrait contre lui. Son contact me faisait tourner la tête. J’ai même pensé m’agripper à lui et lui demander de rester, de rester encore un peu, et pourquoi pas toute la soirée, et même dormir à la maison. Le tableau qui a défilé devant mes yeux, avec ses refus et ses excuses, mon visage défait par les larmes était trop ridicule. Ma fierté à reprit le dessus et je n’ai rien fait.
Si j’avais pu j’aurai pris mes jambes à mon cou pour éviter les embrassades avant l’inévitable séparation.
J’aurai voulu juste disparaître à l’instant pour ne pas avoir à le laisser me planter devant chez moi et le regarder partir sans espoir de retour. C’était évident qu’il savait que je ne nageais pas dans la joie. Il me trouvait silencieuse. Normal, il n’y avait pas grand-chose à dire.
Pendant le trajet de retour, je n’ai pas desserré les dents.
Il a tout fait pour essayer de m’arracher quelques mots, serrant mes doigts entre les siennes, bavardant pour 2. Mais par moment, un silence lourd plannait dans la voiture nous plongeant à des kilomètres l’un de l’autre. Je regardais la route et à travers la vitre côté passager en lui tournant la tête.
J’aurai peut-être dû lui faire une scène, piaffer de rage, gueuler, laisser exploser ma colère, laisser sortir mes larmes. J’aurai peut-être dû insister, m’accrocher, refuser de le laisser partir. Le supplier peut-être? Arfff, non, je ne pouvais pas. De toute façon, il s’en irait et je me serais humiliée pour rien. Alors, je me suis murée dans le silence. De temps en temps, quant il m’appelait par mon nom m’obligeant à le regarder, au lieu de parler, je lui lançais un sourire mélancolique, désabusée et légèrement triste. Je n’avais rien à dire.
Tout ce que je voulais, c'était vite arriver, pour pouvoir courir m’enfermer chez moi. Là, j’étais en sécurité, je pouvais me laisser aller. Non, je ne pleurerais pas.