154/2012 - Je ne me laisserais pas manipulée. Non.

Publié le par JaneDo

Samedi  -  2  juin 2012  -  (154/2012)   -  Je ne me laisserais pas manipulée!

Je n’ai pas pleuré, au contraire, je me suis raisonnée. Pascal avait sa vie, une vie qu’il partageait avec Jess, sa femme. J’avais déjà une immense chance d’avoir une petite place dans sa vie, dans son cœur, et s’il n’avait que 5 minutes à me consacrer, et bien soit. Je m’en contenterais. C’était mieux que rien. Mieux que le perdre, mieux que de ne plus le voir.

Fière de n’avoir rien dit sur le moment, sinon, j’étais certaine que je l’aurai regretté.

J’ai décidé de prendre les choses du bon côté, de ne pas lui en vouloir, de ne pas en vouloir plus qu’il ne peut m’offrir, de ne pas lui faire de reproches. Pas de larmes, ni de bouderies.

Légèrement inquiet à cause de mon silence, Pascal m’a envoyé un petit message pour me dire qu’il m’adore, qu’il regrettait de m’avoir déçue et un wagon de bisous qu’il me donnera en personne la prochaine fois qu’on se verra. Ça m’a réchauffé le cœur instantanément. Pour le rassurer et lui montrer qu’il n’avait pas à s’inquiéter, j’ai retourné le compliment en lui promettant un wagon moi aussi.

Dès que Pascal a reçu mon message, il est sorti pour m’appeler. Je pense qu’il a été rassuré d’entendre le ton et le sourire dans ma voie, comme si rien ne s’était passé. Il voulait juste dire de vive voix ; I Love You and Babe, I miss you. Toujours avec un sourire, et je sais que ça traverse les ondes, je lui ai dit que moi aussi, très fort et qu’il me manquait aussi.

Puis après des bisous dans le combiné, on a raccroché.

J’étais heureuse. Ça peut sembler peu, mais j’avais l’impression de compter pour lui, et c’est tout ce qui comptait pour moi. Pascal m’avait fait plaisir en appelant. C’est peut-être pas grand-chose, mais pas pour moi. Peu d’hommes ont l’intelligence d’en faire autant. Il ne faut pas grand chose pour rendre une femme heureuse.

Ça avait au moins l’avantage d’anéantir tout chagrin, si chagrin il y avait et de booster le thermomètre de ma patience. C’est une petite attention, un petit geste qui ne coûte rien, qui prend exactement 15 secondes, et ça rempli tout l’espace vide dans un cœur amoureux. Et malgré l’absence, le fait de l’avoir entendu si tendre au téléphone, ça me donnait l’impression de l’avoir vu.

Ces 15 secondes me donnait l’impression d’avoir passé toute la soirée avec sa tendresse et effaçait complètement son absence.

Apparemment, Pascal était très occupé ce week-end. De mon côté, je me battais contre l’envie de l’appeler juste pour le plaisir d’entendre sa voix. Et aussi contre la folie de le supplier pour qu’il m’accorde 5mn. Pour ne pas laisser ma tête formater dans plans fous, surtout éviter de me mettre à délirer, je me suis plongée dans la peinture. Et la lecture aussi. J’ai dormi comme un loir.

Je n’ai pas mis le nez dehors de la journée. Quant j’ai décidé de poser mes pinceaux pour finir mon bouquin « L’Evangile de Satan », j’ai réalisé qu’il faisait déjà nuit. J’ai vérifié mes messages et répondus aux petits mots de Thomas et mon petit cœur. Rien de spécial, juste de petits bisous et des coucous. Pascal ne cherchait pas à me voir. Je pense qu’il devait être assez occupé.

En fait, ça allait, je n’étais pas en train de mourir sur place, ni d’ennuis, j'avais des tonnes de trucs à faire. Je ne m’ennuis jamais. Pascal me manquait bien sûr, mais je ne me sentais pas désespérée pour autant. Le soir, après avoir préparé un riz au safran avec un émincé de veau à la crème, j’ai mangé en jouant au Boggle, puis je me suis plongée dans mon livre. J'avais le coeur en paix. Quelque part quelqu’un m’aimait, je lui manquais surement un peu. Je crois qu’une part de moi appréciait à la folie cette petite soirée tranquille à la maison. J’aimais traîner chez moi dans un training pourri à faire ce que je veux. J’avais tout de même préparé de quoi me changer en vitesse, si d’aventure Pascal se pointait derrière ma porte à l’improviste.

J’avais oublié mon pire, la plus virulente et imprévisible de mes adversaires; sa femme, Jess. Elle peut être une véritable pétasse par moment, et elle sait comment détruire en un rien de temps ma vacillante petite confiance. Je ne sais pas si c’était exprès, mais je pense que oui.

Je m’étais installée confortablement sur le canapé, devant la télé avec le bouquin que je suis en train de lire. Mon cendrier à portée, un verre de coca, et heureuse, je me suis plongée dans la lecture. Mon natel a sonné.

J’entendais du bruit, beaucoup de bruits. De la musique aussi. J’avais beau demandé qui était à l’appareil, je n’obtenais aucune réponse. Puis j’ai compris, ou j’ai pensé que mon numéro avait été composé par erreur, avant de reconnaître la voix de Pascal. Celle de Jess aussi. La voix de Jess semblait plus proche. Il y avait tout un tas de bruits, difficile de vraiment comprendre ce qui se disait, peut-être à cause de la surprise. Les voix que j’entendais étaient ceux de l’entourage de Pascal. Ou du moins, ceux qui étaient avec lui.

Je l’entendais rire, s’adresser gaiement à sa femme. Il avait dû lui faire un bisou, parce qu’elle a clairement demandé qu’il recommence, qu’elle voulait encore un bisou tout pareil. J’ai compris que c’était à mon intention et elle avait dû composer mon numéro exprès. Elle voulait que je sache qu’ils s’amusaient bien, que je l’entende rire, que je sache que Pascal passait une bonne soirée et qu’il lui faisait des bisous.

Cauchemar. Elle pouvait certainement voir que j’étais toujours pendue au bout du fils. Je devais raccrocher, je le sais, mais c’était dur. Je l’ai fait parce que je ne voulais pas qu’elle jubile, ni que ce soit elle qui me raccroche au nez en remarquant que je restais crochée.

Il n’en fallait pas plus pour me rendre mon angoisse. Je ne tenais pas en place. Ma tête non plus. Elle fonctionnait toute seule. Une petite voix m’incitait à sauter dans ma voiture pour aller sillonner les coins où ils pouvaient se trouver pour voir ce qu’il faisait. L’autre voix me répétait que c’était ridicule. Idiot même parce que c’était exactement l’état dans lequel cette vache espérait me voir tomber. Grrrr. L’empêche que tous mes nerfs me poussaient à courir à ma voiture et filer direct.

Que faite ? Est-ce que j’allais me laisser emporter une fois de plus dans le tourbillon de la jalousie ? J’ai dû me faire violence pour ne pas me laisser emporter par mon impulsivité.

Non, non et non. J’avais pris une bonne résolution, je devais m’y accrocher de toutes mes forces. Graouh. Jess ne m’aura pas. Elle ne me fera pas passer la nuit à me torturer l’esprit. Puis d’abord, je n’avais aucune idée de l’endroit où ils pouvaient être. Si je partais tourner en rond toute la soirée sans le trouver, je ne serais que plus frustrée et mon imagination atteindra des piques insoupçonnées.

Pascal en subirait les conséquences. Je risquerais de le perdre à force d’être chiante, et il risquerait de me laisser choir comme une vieille chaussette.

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article