158/2015 - Soustraire Manuella

Publié le par JaneDo


Dimanche - 7 juin 2015 - 158/2015 - Soustraire Manuella

Nuit de samedi à dimanche

Et Pascal continue de rire. Rire comme s’il était innocent. Comme s’il n’avait rien à se reprocher. Sa main se pose sur sa hanche, il se penche à nouveau vers elle et chuchote à son oreille. Et elle rit. Seraient-ils en train de se moquer de moi?

Je voudrais la voir souffrir autant que moi en ce moment. J'ai envie de voir disparaître son petit air supérieur et suffisant quant elle me regarde. D'effacer son petit sourire. J'ai envie qu'elle ait mal, la voir dégringoler de son petit pied d’estale sur lequel elle s'était mise.

C'est pourquoi quant cette fille, avec qui Pascal discutait, lui a dit qu'elle voulait coucher avec, je lui ai dis qu'il pouvait y aller. J'étais juste à côté, et je n'ai pas pu m'empêcher d'entendre ce qu'elle lui murmurait à l'oreille. Elle ne savait pas que j'étais avec lui, que j'étais sa copine. Manuella fera moins la fière de le voir partir avec une autre fille.

Comme pour se faire pardonner, ou pour endormir ma méfiance après son petit flirt avec Manuella, Pascal est arrivé par derrière, a posé son menton sur mon épaule en passant ses bras autour. Mon coeur s’est affolé aussitôt. Non, je ne voulais pas me laisser troubler.

Chaque fois que nos regards se touchaient, Manuella détournait la tête, comme si j’étais une quantité négligeable. Son regard était hautain, presque méprisant. Cette fois, ce n’était pas moi qu’elle regardait, elle regardait ce que faisait Pascal. Je crois que ce petit cirque avait assez duré.

Pascal frottait sa joue contre la mienne. C’était doux, intense, adorable. J’ai passé ma main derrière sa tête, et j’ai voulu l’embrasser. Il m’a tendu la joue. La moutarde est montée direct. Je me suis sentie comme un boxeur dans un ring; prête à cogner.

Adrénaline coulant à flot, le sang dans les oreilles, je l’ai pris par la main pour l’entrainer dehors. Pascal a enlevé sa main, m’a arrêtée pour me retourner vers lui;

  • Qu’est-ce qu’il y a?
  • Dehors.. Trop de bruits ici.

Mon sourire avait disparu et mes yeux lançaient des éclairs. J’étais sérieuse. Pascal m’a suivie. Mais sans me donner la main comme il le faisait d’habitude. Et je ne voulais pas tenter de la lui prendre et qu’il me la refuse. Devant l’entrée, il y avait du monde, alors j’ai continué pour qu’on s’éloigne.

En jetant un oeil derrière pour voir si on était seuls et assez loin des autres, j’ai vu que Manuella et une de ses copines étaient sorties. Elles nous observaient. Je pense qu’elle s’attendait à nous voir nous disputer, et elle devait sûrement s’en lécher les babines d’avance. J’avais envie de me plier en deux pour récupérer. J’avais le souffle court, comme si j’avais couru un marathon.

  • Qu’est-ce que tu as? Qu’est-ce qui se passe?
  • Pascal, est-ce que tu me trompes?

Pascal a violemment rougi, sous le choc, il est resté quelques secondes interloqué, à me regarder les yeux écarquillés;

  • Mais non voyons! T’es dingue ou quoi? Heu... j’ai vu Caro jeudi soir, c’est ça?
  • Bien sûr que non. C’est pas Caro. Est-ce que tu me trompes?
  • Non. Je t’ai dis, NON.
  • Alors pourquoi quant je veux te donner un bisou, tu me tends la joues? Pourquoi tu es si distant quant on sort? Est-ce qu’il y a une nana ici ce soir qui fait que tu gardes tes distances?
  • Mais non voyons! J’ai... Je ne me suis pas rendu compte... Je... J’ai pas remarqué que tu voulais me faire un bisou. Je suis désolé Jane. J’ai pas fait attention... Désolé.

Malgré l'obscurité, je voyais que Pascal était tout rouge. Il était embarrassé, presque paniqué.

  • Tu viens pourtant de me faire le coup, y a même pas 1 minute.
  • Mon coeur, je suis désolé. Je n’ai pas voulu...

Pascal m’a entouré de ses bras et m’a attirée à lui. Il s’est un peu raidi. Je crois qu’il venait d’apercevoir Manuella devant l’entrée. Mais il me serrait toujours contre lui. Sous ma joue son coeur battait plus calmement, Il m’a fait un bisou sur la tête, puis sur les yeux, le nez, puis sur les lèvres en prenant mon visage entre ses mains chaudes et douces.

J’étais perturbée d’avoir rompu le pacte que j’avais fait avec Caroline! Pourtant, je me suis sentie rassurée. Mais, je savais parfaitement que Pascal m’avait menti. Je ne suis pas conne, je sais que c’était bien le parfum de Manuella que j’avais senti sur lui vendredi soir!

Pascal m’a bercée un moment dans ses bras, puis on est retourné à l’intérieur. Il a dit qu’il ne s’était pas rendu compte qu’il agissait comme ça. Il a même voulu me faire croire que je me faisais des idées et j’ai accepté l’idée. Mais, je savais qu’il ferait plus attention.

Hummm, il sent si bon. Le sentir si près me trouble toujours. Je retiens mon souffle. Ses cheveux me chatouille la joue, je passe mes bras autour de son cou et passe la main dans ses cheveux. Après un petit bisou sur ma joue, il m’ébouriffe en souriant; « ça va mieux? ». Il souri et la petite fossette sur sa joue se creuse. J’adore sa fossette.

Pascal passe son bras autour de mes épaules et on se met en marche pour retourner à l’intérieur. Près de la porte, mon regard croise celui de Manuella, toute fière, comme si elle savait tout. Comme si mon temps était compté, comme si Pascal lui appartenait. Avant d’entrer, je sais qu’il s’est retourné pour la regarder, mais je m’en fiche.

On voulait que personne ne soupçonne notre « petit différent ». J’y tenais. Je voulais qu’on continue comme avant. Je voulais que personne ne soupçonne qu’on ait failli se disputer, ou quoi que ce soit. Ni les copains de Pascal. Surtout, je voulais que personne ne sache de quoi on avait parlé. Qu’on ne sache pas qu’il m’avait menti. Pascal a promis de ne pas en parlé à quiconque. Et surtout pas Manuella, mais ça, je ne pouvais pas le lui dire.

Avec Caro, on s’est rapprochée de Pascal, sans pour autant lui coller aux basques. Manuella a eu le culot de venir enfilé sa main sous son bras. Pascal s’est aussitôt braqué, s’est redressé et lui a lancé un regard qui n’avait rien de chaleureux. Il n’a pas osé regardé dans ma direction, mais il était tendu. Pascal a marmonné quelque chose entre ses dents que je n’ai pas capté.

Manuella, les lèvres pincées, a eu la bonne idée de s’en aller sans demander son reste, après lui avoir lancé un regard furibond. Je n’ai pas pu m’empêcher de sourire.

Dès que Manuella a tourné les talons, une fille avec qui j’avais vu Pascal discuter plus tôt, Shandra, est revenue se coller à lui. Elle avait croisé Manuella et l’avait regardée bizarrement. Elle lui a donné un petit coup de coude pour signaler sa présence, parce que Pascal s’était détourné. Je me demande si c’est parce qu’il ne voulait pas voir Manuella partir?

Peut-être que ça allait bardé avec elle ou, c’était peut-être fini? J’espère!

J’ai baissé les yeux comme si je n’avais pas été témoin de ce qui venait de se passer et j’ai continué à faire semblant d’écouter ce que me racontait Caro. En tous cas, tout comme moi, elle avait le sourire. Et ce n’était pas à cause de ce qu’elle me racontait à propos de son boulot. D’ailleurs, je crois qu’elle parlait pour meubler.

Intérieurement, je jubilais de la petite défaite de la miss Manuella. Chaque victoire, même minuscule, est une victoire.

Epaule contre épaule, à cause du bruit de la musique, Pascal et Shandra se chuchotait à l’oreille l’un de l’autre et riaient. Pascal avait l'air détendu et j'aimais le voir rire comme ça. Nos regards se sont croisés, j’ai souri. Il a compris que tout allait bien. J’allais bien. On aurait dit que l’épisode Manuella était oublié.

Lui et Shandra semblaient s’entendre comme larrons en foire. De petits pincements de jalousie me picotait le visage. Instinctivement, je me suis rapprochée. Ce n’était pas pour l’empêcher de parler avec elle et qu’il s’occupe de moi, non. Pascal le savait bien. Juste qu’il se rappelle qu’il a une copine, qu’elle était là, et qu’il devait toujours faire attention à ce qu’il faisait en public.

Epaule contre épaule, ils continuaient à folâtrer ensemble. J’évitais de les regarder, parce que je ne voulais pas le mettre mal à l’aise ou qu’il pense que j’étais... jalouse. Ou qu’il faisait quelque chose de mal à discuter avec ses copines. Lui tournant le dos, je continuais à donner l’impression de m’amuser, d’être plongée dans les discussions avec ceux qui m’entouraient; Michael, Caro, JD (Jean-Daniel) et Christiane.

Il était tard, le groupe commençait à se disperser. Certains allaient encore chez Michael pour finir la soirée en beauté. Quant Michael lui a demandé s’il venait aussi, Pascal m’a consulté du regard. J’ai haussé les épaules. Aucune idée, rentrer m’allait aussi.

Shandra a posé sa main sur son épaule, Pascal s’est penché, lui tendant l’oreille. Pas de chance, ils ont baissé le volume de la musique en changeant de morçeau à ce moment là, et j’ai entendu ce qu’elle disait; « J’ai envie de coucher avec toi ».

Interloqué, Pascal a rougi et m’a lancé un coup d’oeil en baissant la tête. Je l’avais entendue.

Pascal a légèrement rougi quant Shandra lui a encore murmuré autre chose, avant de filer vers ses copines en lui lançant un regard velouté. Je me suis détournée. Cette fois, je n’avais pas entendu. Pascal a essayé de masquer sa gêne en rigolant. Il a passé son bras autour de mes épaules. Mon regard a croisé celui de Manuella, ça m’a piquée au vif.

Elle avait je ne sais quoi de suffisant, mon sang n’a fait qu’un tour. Les mots sont sortis tout seul de ma bouche avant de percuter la partie de mon cerveau qui raisonne; « Vas-y! ».

Comme s’il ne m’avait pas entendu, Pascal s’est alors penché pour s’excuser pour Shandra. Il a dit qu’elle avait peut-être un peu forcé sur les cocktails. Souriante, je lui ai demandé ce qu’elle avait bien pu lui chuchoter pour qu’il rougisse autant. Il a secoué la tête toujours gêné.

Elle lui avait demandé de la raccompagner chez elle, et qu’elle... heum... il a hésité, qu’elle a dit qu’elle était sérieuse, elle avait vraiment envie de coucher avec lui.

Je me suis demandée pourquoi il ne lui avait pas dit qu’il avait une copine, moi! Et que j’étais juste là!!! Mais bon. Pendant qu’on y était, il aurait pu lui dire de me demander ce que j’en pensais!

Manuella cherchait toujours à capter un regard de la part de Pascal, elle savait qu’on était sur le point de rentrer. Pascal a rigolé, moi aussi. Comme Shandra quelques instants plus tôt, j’ai fait en sorte qu’il se penche pour lui parler à l’oreille; "Vas-y si tu veux... Vas-y! J’espère seulement que tu ne restera pas dormir et que tu rentrera vite à la maison après.".

Pascal me regardait avec de gros yeux; "T’es folle! Je n’en ai pas envi". Je lui ai demandé s’il déconnait? Pascal a secoué la tête et tenté de prétendre que ça ne lui disant rien.

Mais moi, je voulais que Manuella le voit partir avec une autre fille. Tellement que j’en avais la chair de poule. Rien ne me ferait plus plaisir que de la voir se disloquer dans son coin. Alors j’ai été persuasive; Quel mec n’en aurait pas envi? Un eunuque, pas un mec normalement constitué.

Pascal a rougi jusqu’aux oreilles. Shandra nous avait vu parler et elle nous a jeté quelques coups d’oeil inquiets. Pascal a voulu noyer tout ça en me serrant contre lui. J’ai dû gentiment le repousser. Je voulais vite demander à Thomas de me ramener, sinon, je prendrais un taxi et c’est tout.

De petites flammes se sont allumés dans mes yeux et j’ai ajouté que j’étais impatiente qu’il me raconte comment c’était. Je crois que, ça me faisait méchamment plaisir de le voir ignorer Manuella. Même, en quelque sorte, la tromper.

Ensuite, je lui ai dis que je voulais juste qu’il se rappelle que ce n’était qu’une aventure, rien de plus.

  • Rappelle toi que ce n’est qu’une aventure. Une parenthèse. Tu es mon petit ami, pas le sien.

Je pensais plus à Manuella en disant ça qu’à Shandra.

  • Ha... est-ce que j’ai bien entendu? Je suis ton petit ami alors?

Sa remarque m’a fait violemment rougir. Enfin, non, mes oreilles seulement. Je lui ai encore murmuré à l’oreille que, c’était même moi qui le poussait à se faire plaisir. Que j’avais bien remarqué qu’elle lui plaisait bien. Qu’il avait raison, elle était jolie et plutôt sexy! Après avoir pris la clé de son appart, je me suis distancée de lui. Pascal m’a lancé un bref regard, j’ai souri, complice.

Thomas était sur un coup lui aussi, alors il ne rentrait pas directement à la maison. J’ai donc choisi de rentrer avec Caro. C’était encore mieux. Ça m’évitait les questions indiscrètes de Thomas tiens! Mais bon, à ceux de Caro, complètement estomaquée, je n’y couperais pas. Pendant tout le trajet de retour elle n'a pas arrêté de me rabattre les oreilles comme quoi j'avais tord.

Shandra était revenu vers Pascal les yeux remplis d'espour. Ils ont discutés en se parlant à l’oreille. Une ou deux fois, Pascal m’a fixé. Comme pour voir si je n’avais pas changé d’avis. Je lui ai souri en faisant un clin d’oeil. Ils ont donc fini leur verre et Shandra a précédé Pascal vers la sortie.

J’ai vu Manuella tenté de fendre la foule pour l’intercepter. Il avait aussi dû la voir. Je crois qu’elle avait deviné ce qui se passait. Ça m’a fait rudement plaisir de voir qu’ils avaient disparu avant qu’elle ne puisse même faire la moitié de la traversée du bar encore bondé.

Caroline et moi suivions derrière. Dehors, Manuella les cherchait du regard. La voiture de Pascal nous a passé devant. Il n’a pas regardé dans notre direction. Je pense que c’était parce qu’il savait que Manuella était probablement dehors à le guetter. Manuella bidulait furieusement son natel, les joues en feu. Bien fait pour ta tête ma petite! Je pourrais parier qu’elle essayait de joindre Pascal, qui ne répondait pas.

Contrairement à moi, Caroline était mortifiée que j’aie pu encourager Pascal. Moi non. Elle ne comprenait pas que je puisse faire une chose pareille. J'aurai pu lui rappeler que je l'avais fait pour elle aussi! La défaite de Manuella était trop plaisante pour que je culpabilise ou éprouve un quelconque remord pour le moment.


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