185/14 - Indépendance Heart!

Publié le par JaneDo


Vendredi, 4 Juillet 2014 - 185/14 - Indépendance Heart!

Depuis son adolescence, avec toutes les filles qui se jetaient à ses pieds, Pascal n’a eu que l’embarras du choix. Etant plutôt réservé et du genre à tomber fou amoureux, il avait su leur résister. Aujourd’hui adulte, ayant découvert qu’il n’était pas nécessaire d’être amoureux pour passer un bon moment avec une fille, il ne savait plus leur résister. Peut-être était-ce un peu de ma faute aussi!

Ce soir, Nicolas avait organisé la fête de l’indépendance dans le jardin du Casino. Vue imprenable sur le lac. Presque tous les anglophones de sa connaissance et autres étaient là. Et aussi d’autres bien moins anglophones, surtout côté filles. Je suis venue avec Caroline, sinon, je ne crois pas que j’aurai osé me pointer ici toute seule. Le temps était exécrable, l’orage grondait furieusement; il faisait plutôt frais, et il pleuvait.

Et je n’avais pas le moral...

Je suis sûre que Pascal a ressenti ma présence, il n’a fait que tourner la tête à moitié. Il était entouré de nénettes qui semblaient prêtes à tout ce soir. Ça commençait plutôt mal pour ma tête, Pascal semblait près à m’éviter toute la soirée. Ce qui m’a donné envie de pleurer toutes les larmes de mon corps.

Un sourire coincé aux lèvres, je me suis forcée à faire le tour et saluer ceux que je connaissais,   sauf Pascal et son petit groupe  . Je ne connaissais que Paul de la petite troupe autour de Pascal. Il n’était pas question que j’aille vers lui, c’était à lui de venir.

Caroline m’a presque aussitôt abandonnée à mon sort pour courir s’incruster à côté de Pascal. Evidemment, elle lui a dit qu’elle était venue avec moi, et là, Pascal a été obligé de regarder dans ma direction. Il n’a pas fait mine de venir me dire bonjour. Il m’a seulement lancé un vague sourire de circonstance en levant son verre. C’était un crève coeur.

Si Thomas ne me portait pas presque à bout de bras pour me présenter quelques personnes, j’aurai tourné les talons et serait rentrée chez moi illico presto, avec un gros “Va Te Faire Foutre” tagger dans mes yeux.

J’ai tout d’abord voulu éviter de regarder dans sa direction, me concentrant à sourire aux connaissances de Thomas. Jusqu’à ce que sa copine arrive en trombe pour le tirer par le bras, en me lançant un regard, qui m’aurait réduit en cendre si c’était possible. J’ai aussitôt battue en retraite pour aller me percher sur le coin d’un tabouret de bar.

C’était trop dur de ne pas regarder dans sa direction. Alors, j’ai choisi de ne pas me détourner, j’avais envie de voir ce qu’il faisait, de le regarder, alors soit. Un des filles l’a remarqué et lui a chuchoté un truc sur moi en rigolant. Nos regards se sont croisés, mais il a vite détourné la tête. Il a serrés les lèvres en fronçant les sourcils. Une main invisible me tordait les boyaux. Qu’est-ce que ça pouvait vouloir dire??

Et il riait, laissait une des filles le serrer d’un peu trop près. Elle minaudait, passait ses bras autour de lui et lui chuchotait sans arrêt des trucs qui semblaient drôles.

Ils se sont déplacés pour venir s’accrocher au bar près de moi. Ce rapprochement n’enchantait pas Pascal, qui cherchait soigneusement à ne pas croiser mon regard. Il a cherché à mettre un bon mètre entre nous. 3 tabourets. La minaudeuse, une grande perche qui devait mesuré un bon mètre 85, me jetait de temps à autre de petits regards. Elle s’est carrément mise en face de moi pour me défier du regard.

Se penchant à l’oreille de Pascal, et elle a lancé assez fort pour que je l’entende et tout ceux aux alentours; “T’as vu, t’as un ticket avec la vieille là, elle n’arrête pas de te regarder”. La fille à côté d’elle l’a tirée par le bras et lui a chuchoté quelque chose. Interloquée, elle a demandé à Pascal si c’était vrai que j’étais son ex. J’ai senti un net refroidissement dans l’atmosphère et dans la voix de Pascal quant il lui a répondu.

La minaudeuse venait de commettre un impair. Caroline a souri, je crois qu’elle le devinait aussi bien que moi. C’est vrai, j’étais plus âgée qu’elles, et apparemment, elle pensait que le souligner pouvait être en sa faveur. Peut-être. C’est avec plus d’attention que j’observais les réactions de Pascal. C’était important pour moi. J’avais besoin de savoir ce que ça lui faisait quant on cherchait aussi ouvertement de me dénigrer à ses yeux.

Pascal a fini par les planter au bar pour disparaître dans la foule et aller rejoindre quelques copains. Je l’ai perdu de vu un moment. Je l’ai cherché, et pour ça, j’ai même quitté la sécurité et le confort de mon tabouret de bar.

Je l’ai retrouvé sous une des tonnelles du jardin, entouré de rosiers, à bavarder avec une autre fille. L’orage était violent, et la pluie avait redoublée, si bien qu’ils se sont précipités à l’intérieur.

Le coeur dans les chaussettes, j’ai cherché un coin où me réfugier. Personne ne faisait très attention à moi, ce qui me donnait l’impression d’être seule, perdue au milieu d’une bande d’étranger. Je n’étais pas très à l’aise. Il y avait du monde partout, de petits groupes de gens amassés autour d’un verre, souriants. Certains déjà pas mal éméchés.

Je me demande comment ils allaient faire crépiter les feux d’artifices avec un temps pareil. Je crois que c’était un peu trop dangereux. Je n’ai pas eu d’autre choix que d’aller m’isoler vers le bar de l’entrée, seule devant mon verre, la tête en ébullition.

La déprime menaçait, les larmes aussi, je ne pouvais pas rester ici, sauf si j’avais envie de trouver des raisons pour aller me jeter sous un train. Il n’y avait que moi et le barman. J’ai commandé une vodka on the rocks, avec un peu d’eau plate, comme d’habitude. Après ce verre, je rentre. Je n’avais aucune raison de rester plus longtemps.

Je ne sais pas pourquoi, mais, en une demi seconde, j’ai deviné la présence de Pascal avant de voir son avant bras tendre sa carte de crédit au barman. J’ai reconnu la montre que Caroline lui avait offert la demi seconde suivante. Sans un mot, il s’est assis sur le tabouret à côté de moi. J’ai levé les yeux vers lui cherchant déjà désespérément ce que je pouvais bien dire pour engager la conversation.

La bouche sèche, la tête encore plus sèche et aussi désert que le Sahara, je n’ai pu qu’attendre… Rien ne me venait. Sa présence me tétanisait, m’électrocutait, me collant à mon siège. J’essayais de ne pas montrer que je tremblais, qu’une boule de billard était bloquée dans gorge. Pour masquer mon malaise et mon trouble, je fixais mon verre. Comme si je pourrais trouver une idée au fond de mon verre de vodka.

Pascal a fini par me demander pourquoi j’étais venue, clairement je n’avais pas envie d’être là; je ne parlais à personne, restait toute seule dans mon coin… Alors pourquoi être venue?

Il ne souriait pas, même pas avec les yeux, n’avait pas non plus l’air content d’être là en ce moment. Même un peu en colère. Ça m’a fait froid dans le dos, ce qui a eu pour effet de stopper net mes hésitations; j’étais là parce que j’espérais le voir. Pourquoi le cacher. Mes paroles n’ont pas eu l’air de lui faire plaisir. Pascal a vérifié que le serveur respectait notre intimité, et m’a dit sans détour que je n’aurai pas dû venir. Il a balayé l’air de la main et s’est levé pour partir.

C’était pareil que s’il m’avait tiré une balle dans le coeur. Et il s’était détourné sans un regard pour retourner auprès de ses amis. Ça m’a fait mal. Les yeux me piquaient, les larmes n’étaient pas loin. Pour ne pas pleurer, je me suis pincée très fort, jusqu’au sang. Mal pour mal. Au moins, cela me laisserait le temps de sortir d’ici. J’ai inspiré à fond les yeux plongés au fond de mon verre à moitié plein.

Puis, je me suis sentie retournée. Ma tête ne savait pas comment, ni ce qui se passait, mais ses mains chaudes ont entouré mon visage et j’ai senti ses lèvres, furieuses, se poser sur les miennes… Un baiser? Mais, pourquoi? Après ce qu’il venait de me dire?

Ma tête ne comprenait pas. Les vannes ont sautés, et les larmes ont coulés librement. Pascal m’a attirée contre lui. Son parfum, sa chaleur, son torse ferme, ses bras solides et fermes me donnaient le tournis. Je ne comprenais pas.

Son geste était soudain. Trop soudain. Mais, il m’a tout aussi soudainement laissée plantée là après ce baiser…

Perdue, je ne savais pas quoi faire. Je suis restée idiotement debout à côté de mon tabouret à me demander s’il fallait que je lui cours après, que je lui demande des explications? Ou si cela voulait dire qu’il n’était plus fâché? Mais, s’il ne l’était plus, soyons sérieux, il ne serait pas parti aussi précipitamment? Non?

Et maintenant? Je fais quoi? J’avais déjà passé toute la journée à me préparer à cette soirée, à m’encourager à lui parler. Je n’avais rien fait. J’étais restée stupidement à le regarder comme une cruche. C’était tout ce que j’avais réussi à faire. Rien de ce que j’avais prévu. Et alors, je fais quoi maintenant? Est-ce que son baiser voulait dire qu’il restait ouvert à la discussion? Prêt à accepter de me donner une chance de m’excuser?

Mais Bon Dieu, que signifiait ce baiser? Pourquoi faire ça? Ou jouait-il tout simplement avec mes sentiments? Y avait-il une signification derrière son geste? Ou est-ce que j’étais super bouchée et que je ne comprenais rien à rien?


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