238 - Jess, sa femme est enceinte :(
Jeudi..... 26 août 2010
Avec son petit message inquiet, après avoir remarqué que je passais la soirée avec Thomas, je ne voulais pas bouger le petit doigt, et pensais attendre tranquillement que Pascal m’appelle. Puis vers midi, j'ai lu le petit mot de Sminette, et j’ai décidé de me bouger les fesses et montrer à Pascal que je pouvais faire autre chose que rester planter sur ma chaise à attendre.
Encore une fois, Sminette avait raison, je pouvais continuer à utiliser mon orgueil comme excuse et laisser Caroline tranquillement occuper la place que je laissais désespérément vide. Après je pouvais toujours m’amuser à me plaindre, pleurer sur mon sort, mais ce sera entièrement de ma faute et bien fait pour ma tête! J’ai donc décidé de braver ma timidité et de faire quelque chose que je n’aurai jamais pensé être capable de faire; me pointer à son boulot.
Intérieurement, je transpirais de trac, mais à voir l’expression de Pascal, rien de pouvait lui faire plus plaisir que de me voir apparaître dans son bureau! C’était horrible de le demander à la réception, de voir les réceptionnistes me suivre d’un regard amusé en chuchotant, et ce, jusqu'à ce que la porte de l'ascenseur se ferme.
Avec la furieuse envie de disparaître, j’avais peur de le déranger et qu’il me demande gentiment de repasser plus tard, ou qu’il me balance un truc genre; me faire dire par sa secrétaire qu'il me rappellerait. C'en aurait été fini de mon courage. Je me serais retirée chez moi, et j’aurai coupé mon téléphone jusqu'à ce que les flammes de l'enfer s'éteignent. Mais non, Pascal était effectivement occupé, mais il a tout planté pour me recevoir. Carrément adorable.
Le hic était que je n’avais pas prévu mon entrée en matière. Quoi dire? Comment l'aborder? Poufff, je n’y avais pas réfléchi. Heureusement pour moi, Pascal était tellement surpris, que c’est lui qui a brisé la glace.
- Si je m'attendais à te voir ici? Qui l'eut cru!!!
- Bah, en plus, je te dérange en plein boulot... Désolée!
- C’est pas grave, je peux bien prendre quelques minutes.
- Je t’ai vu chez Caroline hier soir...
- Oh!
- J’ai trouvé ça vraiment dègue. Après avoir évité de répondre à mes coups de fils, je te retrouve chez elle? J’étais vraiment déçue!
- Caro n’allait pas très bien...
-
Et on se fiche de comment j’allais donc?
- Du tout... Jane...
On est venu nous interrompre, il fallait qu’il retourne à son meeting.
- Il faut que je te parle. T’as raison... J’ai... Hahhh, heu... (gros soupir). Est-ce qu’on peut se voir ce soir? Ou demain soir?
Oh la la, de la manière qu’il a dit ça et avec la tête qu’il faisait, j’avais envie de trouver une excuse pour éviter ça. Salut ma petite lâcheté!!! Mais voilà, il me manquait trop et inutile de pousser à plus tard, j’avais bien trop envie de le voir!!!
Avant qu’on ne quitte son bureau, Pascal m’a attrapé par la main. Un petit geste de rien du tout, mais c’était la manière qu’il l’a fait. A travers ce petit geste, c’était comme s’il donnait un sens plus profond à ses mots me disant que ça lui avait vraiment fait plaisir de me voir, vraiment plaisir que je sois passé à son boulot. Je lui aurait bien sauté au cou, mais le temps d'hésitation et la porte était ouverte. Il était tellement chou. J’avais l’impression de lui avoir manqué, alors pourquoi ne pas m’avoir appelée?
Je réalisais après coup, que Pascal avait paru nerveux, edgy, quant il avait dit qu’il devait me parler, je ne sais pas mais, quelque chose dans le ton de sa voix, ou dans ses yeux, ou peut-être dans son attitude? Oui, définitivement nerveux! Je n’avais plus qu’à attendre. Pendant que j’y étais, j’ai fait un saut vers Thomas... Zut, ça, je n’aurai peut-être pas dû! C’était peut-être ce qui a déclenché le reste...
Les parents à Pascal nous ont invités à dîner le soir même. Je n'avais aucune envie d'y aller, Pascal n'était pas enchanté non plus et avait refusé. Mais son père ne lui a pas laissé le choix et m’a appelé directement, c'était paraît-il important, il avait à nous parler à tous les 2. Ça a obligé Pascal à m'appeler pour confirmer et passer me prendre. Il tenait à discuter avant qu'on aille chez ses parents. Je me suis dit que son père voulait probablement nous remonter les bretelles, donc je n'étais pas impatiente d'y être.
Comme je suis toujours super ponctuelle, hum, on est parti en retard et sur le chemin, Pascal a commencé à chercher ses mots; il était presque sûr de savoir de quoi son père voulait parler, il pensait que c'était préférable que je l’apprenne par lui. A notre retour de vacances, il avait appris une nouvelle qui l'avait démoli et il savait qu'il fallait qu'il me le dise. De toute façon, j'allais l'apprendre tôt ou tard. Pascal cherchait désespérément ses mots, ses phrases, tournait autour du pot... La nouvelle l’avait choqué et traumatisé. Il voulait que je sache que, s’il pouvait voir Caroline, ce n’était pas pareil me concernant, parce qu’alors, il aurait dû me parler et qu’il ne savait pas comment le faire. Puis c'est sorti comme un coup de massue....
Jess, sa femme était... enceinte!
Afff, ça m'a sonné..... Abasourdie, terrassée, je ne pouvais plus parler. Je le regardais la bouche ouverte comme du poisson frit.... Je ne voulais, ne pouvait pas aller chez ses parents dans cet état... Les larmes perlaient au coin de mes yeux, j'avais la bouche sèche, la mine éberluée. Des milliers d'images ont défilés dans ma tête à vitesse grand V, et des tonnes de questions se bousculaient dans ma tête. Impossible d'y mettre de l'ordre, et, une horrible impression d'étouffer littéralement sur place... Jess enceinte? Comment? Pas de lui non? Mais... Du fait qu'ils sont... il devra... Non, ça ne pouvait pas être possible, je devais faire un mauvais rêve...
Je lui ai demandé d'arrêter la voiture, je manquais d'air. J'ai giclée hors de la voiture pliée en 2, vraiment sonnée, frappée en plein cœur. Je ne voulais pas qu'il me parle ou me touche. Quant je l'ai repoussé, Pascal s'est assis sur le marche-pied la tête entre ses mains, il n'arrêtait pas de dire qu'il était désolé, qu'il aurait peut-être dû avoir le courage de me le dire plus tôt. Désolé? Ça veut dire quoi ça? C'est quoi comme mot? C'est sensé faire quoi? Guérir? Faire oublié? Ou c'est moi qui devrait être désolée?
- Est-ce... Est-ce que... (je n'arrivais même pas à aligner 2 mots) De toi?
- Je n'en sais rien... C'est possible.
- Possible? Donc, vous avez... Donc, quant elle était ici, vous avez...?
- Je suis désolé...
- Waouh! Et il est désolé! Ça veut dire quoi; désolé? De t'être jeté sur elle? De l'avoir déshabillée, de t'être déshabillé, de t'être jeté sur elle, et de lui avoir fait un enfant? T'as sûrement une bonne explication? T'avais bu?
Il avait une mine de chien battu, non abattu et n’osait pas me regarder en face. Tu parles! Je ne savais pas si j’étais furax, triste, remontée contre lui, fatiguée ou si ma tête allait exploser! J’aurai voulu avoir la force d’aller le prendre dans mes bras, mais en même temps, la haine? ou une rage folle dingue me retenait. Et pourtant j’avais vraiment envie de le prendre dans mes bras pour que ses yeux tristes changent d'expression. Rien à faire, j’avais les pieds pris dans du béton armé, sec depuis un siècle et demi.
- Je ne savais pas comment te le dire! Si seulement j’aurai pu trouver le moyen de te le cacher... J’avais peur de ta réaction. Je préférais occulté mon envi de te voir, comme ça, je n’avais pas à te le dire. Même profiter de la situation de l’autre jour pour provoquer une dispute... Ça me donnait le temps de réfléchir et essayer de trouver comment t’apprendre une chose pareille. Tu vois, ça me posait moins de problèmes de voir Caro, ce n’était pas aussi important, tandis que toi... Te voir et j’étais obligé de te parler de ça...
- Donc tu as, non... Tu couchais avec Jess en même temps? Dire que tu avais l’air si... innocent!
- Mais Jane, c'est ma femme tout de même...
- Ta femme tout de même hein... Ha oui, c'est vrai, moi je suis??? Alors le truc des chambres séparées, c'était du pipo?
Je me sentais malade, il fallait que je me concentre pour ne pas vomir. Bon, si je pouvais être sourde et muette pour un moment, ça m'aurait bien arrangé!
- T'aurai dû me le dire... Dire que tu couchais avec moi et en parallèle avec Jess, oh, qu'est-ce que je suis conne, et même Caro...
- Tu m'accusais déjà pour Caro, alors comment voulais-tu que je te balance un truc pareil!
On est resté un moment comme ça, séparé par un gros mûr qui étaient tous ces mots, beaucoup trop lourds et par Jess encore une fois, chacun perdu dans ses propres pensées... je crois... Quant je pense qu'il a osé me demander de l'attendre? Jusqu'à quant? Que le gosse ait 20ans?
- Jane? Je ne savais pas comment te le dire, ni quoi faire... Je suis sûr que c’est de ça que mon père veut nous parler. Je ne veux pas te perdre, mais en même temps... Je devrais... Je devrais arrêter de te voir, je devrais redevenir... marié! Redevenir un mari, et bientôt un père, et pourtant, je ne veux pas. Je ne sais pas quoi faire, je me sens mal, je suis complètement perdu...
Ciel, ce qu’il avait l’air malheureux, ça me fendait le cœur, mais je ne pouvais absolument rien faire. Je crois que je ressentais une peur panique, je crois que je venais de réaliser que je l'avais perdu, que je ne l'avais jamais vraiment non plus trouvé!?!
- Quant on est rentré de vacances, j’ai appris qu’un des actionnaires, un des associés de mon père... Afff, il avait des tas de photos de nous, de Caro aussi... Je me suis senti piégé et il m'a appris aussi pour Jess et le bébé...
- Est-ce que tu veux bien me ramener chez moi?
- Jane...? Mes parents...
-
Je veux pas... Je veux rentrer.
Pascal a essayé de me toucher, mais j’ai évité son geste. Des millions de fourmis rouges me bouffaient la tête, rien à faire pour qu'il me pose le bout d'un doigt sur moi, que dalle. Un regard a suffi pour qu’il comprenne qu’il n’avait pas intérêt à m'approcher. Aowh, il avait l’air si malheureux. J’avais envie de me serrer dans ses bras et en même temps, je voulais qu’il disparaisse de ma vue. J'avais des frissons d'horreur qui me parcouraient de la tête au bout des pieds. Je veux RENTRER illico presto.
- Pourquoi étais-tu nerveux en vacances? J’ai senti que quelque chose te tracassait, c'était ça?
- J’étais loin de me douter de ça, non, je te l'ai dit, l'Allemagne... Mon père le savait déjà, je crois que c'est pour ça qu'il m'expédie en Allemagne. Jane, je ne me sens pas très bien...
- Je veux rentrer, ramène moi STP.
- STP, reste, reste avec moi?
- Je veux rentrer chez moi.
- J’ai besoin de toi, STP reste.
- Retourne auprès de Caro, c’est moins problématique. C’est toi qui l’a dit.
- Reste je t’en supplie.
- Non merci. Pascal, je VEUX rentrer.
C'était rare que je l'appelle par son prénom, j'avais plutôt l'habitude de l'appeler Pace, comme Thomas et ses proches. Si je l'appelais par son prénom, c'était pour garder la distance. Je ne pouvais pas le regarder et je ne voulais pas pleurer, pas devant lui, ni devant qui que ce soit d'ailleurs, juste rentrer retrouver la sécurité de mon antre. Je me sentais fatiguée, un besoin urgent de dormir. Juste dormir. Juste dormir pour vider ma tête, ne plus penser, ne plus rien ressentir.
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------ Jess est enceinte - (238) - jeu.26.août.10 ------