261/11 - De pire en pire... (5)
261/11 - De pire en pire (5)
Dimanche, 18 sept 2011
C’est sûr qu’on aurait dû se demander à quoi ça servait de retourner au chalet? Pourquoi faire? On ne pouvait rien empêcher? Pascal nous avait bien dit qu’il voulait se sentir libre, qu’il n’avait de compte à rendre à personne, limite à sa femme, et encore! Mais dans ces cas là, la tête ne fonctionne plus ou seulement avec des idées fixes, raisonner n’est même pas possible.
Arrivé au bar, on a fait semblant de s’installer, on a bien vu que les potes à Pascal nous surveillaient un peu. J’ai aussi croisé le regard de Thomas, je crois qu’il était désolé pour moi. Ça fait plus mal qu’autre chose, et ça donne envie de pleurer.
Caroline ne tenait pas, elle est sortie la 1ère, 2mn après je la rejoignais. On a plus couru que marcher!
Franchement, il aurait fallu que quelqu’un nous fiche le poing dans la figure pour nous remettre les idées en place, et peut-être cela aurait enclencher le processus de réflexion, et comme ça, on aurait pas été se faire du mal pour rien. Tous nos soupçons et nos pires craintes se sont avérés exacts. Pascal et cette... étaient bien resté au chalet pour... Rhhh, j’arrive même pas à le dire.
Je ne suis pas la moitié aussi maligne que Caroline, ça, je dois l’avouer et lui tirer ma révérence. Arrivé au chalet, on a constaté que c’était fermé. J’avais remarqué que les mecs avaient pris les clés, certainement pour nous empêcher de les déranger. Ils n’étaient pas au salon, et on ne pouvait pas entrer. Je me suis effondrée sur les marches, mes jambes ne me portaient plus, et j’avais l’estomac dans la gorge.
Tout ce que j’arrivais à penser était; “Comment pouvait-il me faire une saleté pareille?”. Il ne pouvait pas avoir des sentiments pour moi, pas en se comportant comme ça? La douleur que je ressentais dans tout le corps, la migraine à casser des cailloux étaient indescriptible.
Ma tête me faisait si mal, ce qui me plongeait dans une semi conscience, probablement une défense pour ne pas sombrer, alors je n’ai pas tout de suite remarqué que Caroline avait une clé. Maligne, elle avait senti le courant et avait prévu la manœuvre des garçons ou de Pascal. Après que les garçons lui ait barré le passage l’autre soir, elle se méfiait et avait caché une clé pour ne pas être prise au dépourvu. Chapeau!
Les jambes en papier mâcher, je l’ai suivi à l’intérieur. J’avais un poing dans la poitrine, l’estomac complètement retourné, j’avais l’impression d’être à 2 doigts de m’évanouir ou de vomir, c’était l’un ou l’autre. Après toutes les vacheries que je lui avais fait, je me demandais encore comment je ferais sans elle? Elle a vraiment plus d’un tour dans son sac... Respect!
On a couru en haut des escaliers. Devant la porte à Pascal, j’ai eu un petit mouvement de recul... Je n’étais pas très sûre d’oser aller jusqu’à bondir dans sa chambre. S’ils étaient là, je devinais très bien ce qui s’y passait, je crois pas que j’avais le courage de le voir de mes yeux. J’avais peur, la trouille que ça fasse encore plus mal. On s’est regardé, mes jambes lâchaient, j’ai dû m’appuyer contre le mur. Lâche, je restais en arrière, je la laissais faire.
Caroline a ouvert la porte et après avoir jeté un regard à l’intérieur, elle m’a annoncé qu’il n’y avait personne! Caro a pâli, moi j’avais déjà dé-bronzé depuis longtemps. On a pas eu besoin de réfléchir longtemps, on a couru à la piscine... Ils étaient là.
Enlacés, ils étaient allongés sur un des matelas au bord de la piscine. Ils s’embrassaient et... très occupé, trop occupé pour se rendre compte qu’ils n’étaient plus seuls. Un regard à l’intérieur et je me suis assise sur le muret, sorte de bac à fleurs. J’ai fermé les yeux, en les ouvrant, je ne voyais que les pieds de Caroline. Elle tremblait, elle tremblait si fort, tout comme moi. Malgré que je sois mal et les cour-circuits dans ma tête, je me suis dis que c’était quand même bon de ne pas être la seule à souffrir, que ça faisait du bien de savoir que quelqu’un d’autre ressentais la même chose que moi.
- Elle est sur lui... Je ne crois pas qu’il m’ait jamais embrassé comme ça... Elle promène ses cheveux sur lui... Aouh, il lui embrasse le ventre, comment peut-il... Je voudrais qu’il arrête...
Caroline à bout de souffle, la douleur je pense. Après avoir regardé, elle a détourné son regard de l'ouverture vitrée dans la porte pour s’adosser contre le mur. Elle avait du mal à respirer, moi aussi.
- Tu crois qu’on peut entrer? Tu crois qu’ils s’arrêteront?
- Je... Je sais pas... Ça changera quoi? C’est trop tard...
- Oui... Afff, j’ai mal...
Les larmes débordaient de ses yeux et elle en avait pleins la voix. Tout comme moi, elle était pliée en 2 à essayer de reprendre sa respiration, et surtout, de ne pas laisser échapper de pleurs. Les bruits qui provenaient de la piscine étaient assez évidentes, c’était insupportable. Dans nos têtes, les soupirs et les explosions de passion étaient assourdissants.
- Tu crois qu’il est amoureux... d’elle?
- Je sais pas... Je... Je crois pas, il ne la connaît pas, il ne peut pas être déjà amoureux... Tu crois pas?
On cherchait toutes 2 le réconfort dans les yeux de l’autre.
- Caro... On ferait mieux... de s’en aller... avant qu’ils ne nous voit....
- Je crois aussi... J’ai l’impression que ma peau va se décoller tellement j’ai mal partout...
- Moi aussi... Ahhh... J’ai tellement mal...
On avait fait quelques pas, et leurs rires nous ont cloués sur place. C’était affreux de les entendre si joyeux alors qu’on souffrait le martyre. On a marché moins vite et en silence pour retourner à la boîte. On était consciente qu’il nous faudrait retrouver un semblant de bonne figure, sinon tout le monde verra ou saura qu’on a été au chalet.
Caro m’a prise la main, j'ai serrée ses doigts, puis on s’est accrochée l’une à l’autre. On est arrivé bras dessus, bras dessous, comme si on était juste sortie pour fumer ou un truc du genre. On avait convenu de se surveiller l’une, l’autre pour ne pas sombrer, et se dire si on avait tout à coup l’air de perdre la face.
On a avalé 2 vodkas, cul sec, coup sur coup. Au moins, avec ça, on a retrouvé l’usage de nos jambes, le sourire et on s’est mis à parler avec tout le monde. Bien sûr, on nous a demandé si on avait essayé d’aller au chalet, et on a prétendu qu’on était sorti fumer, puis qu’on nous a offert un verre. On s’est mise à rire pour ne pas avoir à continuer cette discussion.
2h plus tard, Pascal a enfin apparu... avec l'autre. Nos rires sont resté coincés dans notre gorge... Plus la force de sourire.
Ils sont arrivés ensemble, en phase comme un gentil petit couple. Elle avait des étoiles pleins les yeux et un petit sourire secret. Elle m’agaçait. Ils ne se tenait pas par la main, mais ils avaient l’air ensemble. J’étais comme frappée par la foudre, je me sentais mentalement fatiguée, j'essayais de trouver un semblant de rage pour sortir de ma déprime, mais rien.
Pénible de le regarder lui montrer le passage, pencher la tête vers elle en souriant, pour écouter ce qu’elle lui chuchotait à l’oreille, posé sa main sur sa hanche au détour d’une conversation. Elle avait rejoint ses copines, qui pour la plupart papotait avec nos potes, et elle se racontait des trucs comme des conspiratrices. Pascal rigolait avec eux, et je crois bien qu’il évitait de croiser nos regards, à Caroline comme à moi. Et pas seulement mon regard, il ne m'a pas adressé la parole...
J’aurai pu le toucher en tendant le bras, mais l’idée me donnait des picotements d’horreur, je lui en voulais à mort. Et en même temps, je voulais qu’il se tourne vers moi, qu'il me prenne dans ses bras, qu’il me dise que j’avais mal vu, mal entendu, que ce n’était pas ce que je croyais, et je crois bien que j’aurai fait l’effort d’y croire.
De temps en temps, l’autre pouffiasse me jetait des regards et ensuite chuchotait des trucs à ses copines qui riaient, ou à Pascal.
C'était de sa faute à lui si elle m'insultait du regard. Je ne pouvais pas m'attaquer à elle, cette fois, Pascal risquerait de la défendre et je m'en prendrais plein la gueule de honte. L'autre fois, je l'avais agressée, cette fois, elle avait pris sa revanche. Mouais, je serais très mal avisée d'essayer de l'attaquer.
J’en avais assez, je voulais rentrer. Est-ce qu’il rentrera ce soir? Ou est-ce qu’il ira dormir chez elle?
M’en fiche. J’ai demandé la clé à Thomas et je suis rentrée. Le pauvre, il a essayé de me parler, mais j’étais sourde. Je n’avais qu’une idée fixe: rentrer. Caroline a décidé de rester, elle espérait qu’elle pourrait parler à Pascal, et si elle pouvait, elle l’empêcherait de rentrer avec l’autre.
J’ai bien essayé de dormir en rentrant pour faire taire tous les bruits et les images dans ma tête, mais niet. Alors, dépitée, je me suis assise sur le bord de la fenêtre, dans le noir, la tête en feu. Une migraine terrible m'assommait, alors pourquoi je ne réussissais pas à dormir? Le temps passait lentement, ça ne me gênait pas. Je crois que je me préparais au prochain choc qui n’allait sûrement pas tarder, quant je me rendrais compte qu’il était parti dormir chez l’autre.
Pendant cette longue attente, des tas de choses me passaient par la tête, et sadiquement, l'idée de la vengeance germait...
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