J'ai tenu la main de mon Papa. Je n'ai pas pu empêcher mes larmes et mes sanglots. Pourtant, j'avais pris l'habitude de faire semblant. De faire croire que je ne le voyais pas partir lentement. J'avais le cœur lourd, mais je ne voulais pas l'accabler. J'avais l'impression qu'il n'en pouvait plus.
Pourtant, j'ai l'impression qu'il se bat encore. Surtout ici où on le prive de nourriture et d'eau. Ils appellent ça un hôpital? Un hôpital qui ne fait rien pour améliorer la santé de ses patients n'est pas un hôpital. C'est un mouroir. C'est les dortoirs de la mort. Leur boulot, c'est de tuer les patients.
J'ai posé ma tête sur son bras, et je lui ai dis qu'il n'avait plus besoin de se battre. Ca nous fera mal de ne plus l'avoir dans nos vies, mais s'il le désire, il peut lâcher prise. Que je l'aimais. Il avait toujours été le meilleur des papas. Je l'aime.
Mon Papa me regarde, en me fixant, comme s'il voulait dire quelque chose, puis, il ferme les yeux et s'endort.
Ça me fait si mal de le voir comme ça. Mon petit Papa. Depuis qu'il a été séparé de Marlène, sa santé a décliné rapidement. Est-ce qu'il souffre? Il en a assez?
Comment savoir ce qui se passe? J'aimerai pouvoir lire dans ses pensées. Notre acharnement à prolonger sa vie était-ce une torture?
Pas assez dormi. Normalement, on devrait pouvoir dormir 8h d'affilé avec l'aide de somnifères. Mais non, l'angoisse m'empêche de dormir plus de 4h, et je suis un zombie le reste de la journée. C'est une torture de savoir qu'ils ne donnent ni eau, ni nourriture à Papa!
Et dire qu'ils appellent ça des soins!!! Leur spécialité en fait, c'est de tuer les patients qui finissent chez eux. Et c'est légal. Il y a tellement de choses qu'on ne sait pas. A l'étranger, on pense que la Suisse a les meilleurs spécialistes du soins! C'est faux.
Tout est top secret ici. Inutile de penser à porter plainte contre le système, le système se serre les coudes. Mon Papa se bat, mais privé de nourriture et d'eau, il ne pourra pas tenir longtemps. On m'a donné tout un tas d'explication, mais… que des conneries. J'y crois pas.
J'ai passé un moment à l'hôpital. J'ai dis à Papa qu'il pouvait lâcher prise et partir s'il le désire. Il nous manquera tellement fort. Mais on fera face, parce qu'il le faudra bien. Je dis ça, mais mon cœur saigne, je ne veux pas qu'il s'en aille… Mais vivre comme ça?
Pas d'amélioration. Papa était plus là aujourd'hui. Il avait les yeux ouverts et suivait ce qui se passait autour. Mais, je suis sortie de la chambre pour chercher un médecin. Ma sœur me dit que Papa s'est refermé et s'est endormi quand je suis sortie de la chambre.
Ça m'a serré le cœur. Daddy… je voudrais encore lui dire tant de chose.
Ca me fait mal de mettre ça aujourd'hui, alors que mon Papa n'est plus là. L'impression que je parle d'un autre temps. Dire qu'il était encore là il y a quelques jours. J'ai mal jusqu'à la pointe des cheveux. J'aimerai pouvoir me payer un coma pour quelques semaines.
Je ne suis pas sortie. Je n'avais envie de voir personne. Après avoir couru à Vevey et passer quelques heures avec papa… J'étais lessivée en rentrant. Je n'avais même pas envie de regarder la télé. J'essayais de me préparer à perdre mon papily.
Je suis angoissée. Et si c'était ses derniers instants, est-ce que je ne devrais pas retourner à l'hôpital? Bref, impossible de me reposer vraiment. Pour dormir, j'ai recours aux somnifères. Comme ça, je dors comme un plomb. Mais… seulement 3 à 4h.
Connaissant ma frangine, j'aurai dû m'en douter. Déjà quand il était au CHUV, le CHUV proposait des soins palliatifs. Et "soins", c'est un grand mot. A l'étranger, les gens pensent que la Suisse est au top, pour tout ce qui concerne le médical… C'est un gros mensonges!
Peut-être qu'on est juste fort pour inventer des titres pour rien du tout. Ça donne mieux. Tout comme notre neutralité, ça aussi c'est un gros leurre. Alors les soins palliatifs en Suisse, c'est pas de soins du tout. On ne donne, ni à manger, ni à boire, au patient! On attend qu'il y passe. Et quoi que la famille dise, ils s'en foutent…
Beau non?! En fait, les soins palliatifs, soit-disant pour le confort du patient, n'en sont pas. Leur spécialité; faire mourir les patients, c'est tout! Je suis atrophiée de voir mon papa subir ça. Ils m'ont donné pleins d'explications, mais la réalité est quand sans détour.
En Suisse, on est No.1 Mondial des assassins en blouse blanche! De toute façon, n'imaginez pas pouvoir faire quelque chose, tout est top secret chez nous, et tous les médecins se protègent entre eux. Et c'est pas seulement eux… les psy, les avocats, juges, etc… Les ripoux se protègent entre eux! Le système Suisse infaillible; se retourner contre les victimes.
A part ça, je suis à bout, froid, laminée, complètement à plat. Je dors toujours peu et mal.
Inutile de m'éterniser, ce n'est pas la forme. Je végète, je me sens mal, je suis en constante souffrance. Envie de parler à personne, de ne voir personne. Hier, c'était pareil, même état, et aujourd'hui, c'est pas mieux.
Je suis mentalement exténuée. Au fond du bac. Je ne supporte pas de voir mon papa comme ça. J'aurai aimé être dans un coma et me réveiller dans… 1 mois! Pas de mots pour exprimer ce que je ressens.
Mon papa va pas très bien, alors j'ai peur. Je n'arrive pas à dormir, donc je raide. A plat. Je n'arrive pas à recharger mes batteries. Voir mon papa comme ça me traumatise. Je ne veux pas qu'il parte. S'il part, on ne le verra plus jamais, on n'entendra plus jamais sa voix. Il aura disparu pour l'éternité. Je voudrais qu'il reste encore un peu, mais je vois qu'il n'en peut plus. Il est à bout.
Ce matin, comme je n'ai pas réussi à dormir, je me suis levée, j'ai laissé un petit mot et je suis partie à l'hôpital. Pauvre papa, il a l'air désespéré. C'est terrifiant.
On n'a jamais osé lui dire qu'il a perdu une de ses petites sœurs, Marinette, Bernard, le mari, et Marlène. On n'a peur que ça l'achève.
Je voudrais donner un peu de ma vie pour le voir se relever, sourire, parler. Là, il ne dit rien. Il ne parle plus. Ma soeur a dit que dès que je suis sortie de la chambre, il s'est endormi.
On doit se préparer, on doit faire notre deuil, on doit accepter de le laisser partir. Et je ne veux pas. Je ne veux pas vivre ça. Pascal a essayé d'appeler, mais je n'ai pas le temps pour ça. En plus, je n'ai pas envie de parler. Je n'ai envie de voir personne. Je voudrais... Je sais même pas ce que je veux.
Plutôt raplapla. A fond du bac. Envie de voir personne. Rien à dire. Je ne dors pas beaucoup, je suis sur les dents. Fleur est rentrée hier du Liberia. Le frangin, jeudi. Et évidemment, je suis enrôlée pour aller le chercher. Je suis sans énergie, claquée.
Je suis à plat, au bout du rouleau. Je me sens terrifiée, paniquée et triste. Angoissée aussi. C'est vraiment pas la grosse forme. Je suis en train de glisser lentement au fond d'un gouffre. Je suis pétrifiée et j'ai le cœur serré. Je ne veux même pas en parler ou y penser, et je n'arrive plus à dormir. Comment faire? Me bourrer de clamant? De somnifère? Boire? J'ai froid.
Je voudrais ne rien ressentir, être immunisée contre le chagrin et la douleur invisible qu'on ressens dans sa chair quand on a mal . Mais on a aucune blessure pour démontrer le mal qui ronge à l'intérieur. Ça me donne envie d'être seule dans mon coin. Dans le silence. D'être dans un trou noir, sans bruit. D'avoir la possibilité d'avoir la tête vide. Ça va me faire souffrir…
Pascal est gentil, hélas, je ne suis pas de bonne compagnie. Je n'arrive même pas à faire semblant de sourire. Je suis tétanisée, j'anticipe ma future douleur, mon future chagrin. Pascal a remarqué que ça n'allait pas. Il essayait de me remonter le moral, de me faire rire. Mais ça tombait à plat. Je n'avais envie de rien. Juste de me couper de tous mes canaux de sentiments.
Je crois qu'il était gêné et se demandait si c'était de sa faute, s'il avait fait quelque chose de mal. Mais non. Pour une fois, il n'avait rien à voir avec mon humeur. J'aurai pourtant préféré. C'était la famille et c'était personnel. Je n'en peux plus. Pourquoi fallait-il que je sois si sensible. Il faut que je me raisonne, que je me programme. Que je me re-programme. Me désensibiliser.
L'angoisse! Est-ce que Pascal va ou non m'appeler? Est-ce qu'on se voit ce soir ou pas? Est-ce qu'il a seulement envie de me voir? Peut-être même pas. Je flippais ma race, alors j'ai décidé de faire celle qui ne remarquait rien, de faire l'ignorante, et de lui laisser un message comme si de rien n'était. Et je ne lui laissais pas trop le choix… Ça évitait qu'il m'ignore…
"On se retrouve chez toi ce soir? Pas grave si t'es pas encore là à 20h, je t'attendrais... Bisous bisous chou. JTM". J'avais décidé d'être une chieuse collante ce week-end.
Voilà! S'il avait autre chose, il devra m'appeler. Ou m'envoyer un message. Mais, de toute façon, je ferais l'imbécile et insisterait pour l'attendre. Je ne le laisserais pas me contourner ce soir. Je gardais quand même un œil sur mon natel. Je pense que c'était pendant sa pause de midi, il a essayé d'appeler.
Certainement pour me faire avaler une de ses excuses bidon.
Je n'ai pas répondu. Ensuite, j'ai envoyé un message pour lui dire que j'avais vu, mais que je travaillais avec des collègues et que je ne pouvais pas répondre au téléphone. Que j'avais coupé le son. Alors il m'a envoyé un message pour dire qu'il ne savait pas à quelle heure il serait home, c'était mieux qu'il m'appelle quand il serait en train de rentrer.
Hum! Je connaissais déjà cette musique là. Il dira que c'était trop tard, alors il n'a pas appelé et du coup, je ne le verrais pas. Pas question. J'ai répondu que ce n'était pas comme si ça n'était jamais arrivé. Mais, si c'est parce qu'il y avait un truc chez un copain, je pouvais le rejoindre là-bas. Si non, ben, j'avais l'habitude de l'attendre, alors j'attendrais à la maison qu'il rentre.
Je pense qu'il ne savait pas comment faire pour se débarrasser de moi. Alors il n'a rien répliqué. Le soir, 20h, j'étais chez lui. Et oh surprise, il était là à 21h. Il a dit qu'il était passé voir les enfants. Je savais que c'était faux. Parce que, Jess n'arrivant pas à le joindre, a fini par m'appeler pour savoir s'il était avec moi. Je lui ai dis qu'il n'était pas encore rentré.
D'habitude, j'aurai fait l'Autruche, et je n'aurai rien dit. Mais là, pour le plaisir de voir ce qu'il allait trouver comme excuse, je lui ai dis que c'était bizarre, parce que Jess m'avait appeler. Il s'est décomposé. Il a prétendu avoir sonné, et comme il n'avait pas de réponse, il a été à la salle de sport. Avant de rentrer, il est repassé, et avait juste pu voir les enfants avant qu'ils aillent au lit.
Bref, intérieurement, je riais. Je savais que c'était faux, mais inutile d'insister.
Il savait qu'il devra faire plus attention, et inventer autre chose la prochaine fois. L'empêche, je me demande... Pour le sport, je pouvais très bien l'imaginer.
Mais était-ce seulement vrai? Ce soir, il n'avait pas envie de sortir, alors on est resté à la maison.
J'avais décidé de le coller tout le week-end. Sur cette fois, il ne réussira pas à se débarrasser de moi… Son natel sonnait, comme il l'avait tourné, je ne pouvais pas voir qui le harcelait. Il l'avait mis sur discret aussi, et je pense qu'il n'osait pas regarder. J'étais assise entre ses jambes sur le canapé, j'aurai de toute façon vu qui c'était s'il avait regardé son natel.
Après le départ de Nolan hier soir, Pascal a joué un bon moment au piano. Il portait un casque, alors je ne savais pas ce qu'il jouait. Il me manquait terriblement. Mais, il n'avait pas cherché à me voir. Je lui en voulais, parce qu'il voyait d'autres femmes, et pas moi. Oui, peut-être que j'étais jalouse. Après l'après-midi à l'agence, j'étais lessivée. Un appel de Pascal aurait remonté mon moral.
Pascal est rentré assez tard, et il s'est jeté sous la douche. Ah! Il attendait quelqu'un. Pourquoi je ne suis même pas surprise de voir ma rivale Natacha se pointer. Elle en avait tellement peu de vêtements sur le dos, qu'il semblait en manquer une partie. Je me demande où est passé le reste de ses vêtements. A peine entrée, qu'ils étaient dans les bras l'un de l'autre. Hhha, je les déteste tous les 2.
Il ne pense pas à m'appeler, mais il a le temps de voir Natacha? Ça veut dire qu'ils se sont appelés. Le cœur serré, j'ai coupé. Merci, mais je n'avais pas envie de voir la suite. Ok, je n'ai pas réussi à retenir mon angoisse, ni mes larmes. J'étais bouleversée. Je ne voulais pas être celle qui le harcèle, ni faire le 1er pas. J'étais à 2 doigts de faire la gueule. Non, clairement, je faisais la gueule.