Jeudi, 3 avril 2014 - 93/14 - Devenir une salope...
Je ne suis pas passée prendre le café avec ma frangine ce matin, comme on avait souvent l’habitude de le faire. En fait, le répétiteur de Math de ma nièce venait vers 15h aujourd’hui, alors je passais la prendre après l’école, à 14h45. Pas question de la laisser seule avec un type que je ne connais pas, même si sa prof le connait. Donc, je passais l’heure de son cours à lire sur le canapé, surveillant du coin de l’œil.
Après ça, je suis rentrée me plonger dans un bain chaud et je me suis accordée une petite sieste. J’avais l’intention de sortir ce soir.
Il fallait que j’apprenne à me comporter comme ces fameuses bonnes copines de certains mecs que j’ai fréquenté. Il était temps que j’apprenne à être la rêne des connasses, comme ces salopes que j’ai détesté. Regarder de haut, comme Maud me regardait, alors qu’elle venait à peine de rencontrer Pascal.
Je ne me souviens que trop bien de la manière qu’elle avait de me regarder de haut, du mépris qu’elle me faisait ressentir quant je m’approchais. Non mais, pour qui se prenait-elle! Caroline et moi sommes arrivées en avance au Time-Out. On s’est installé dans le coin habituel du bar, où l’équipe de basket avait l’habitude de se placer. On a pris un verre, question de se détendre. J’ai commencé à travailler mon regard méprisant et hautain pour voir.
Caroline a remarqué, donc je devais être au point! Normalement, vers 21h30, une grande partie de l’équipe devait être là, mais il n’y avait encore personne. J’ai commencé à paniquer. Est-ce qu’ils viendront, ou est-ce qu’on n’allait passer notre soirée assise, les deux, toutes seules, comme des idiotes? Non, ils ne nous feraient pas un truc pareille.
J’essayais de calmer les battements précipités de mon coeur et d’arrêter de regarder la porte. Mais, ça m’a fait un peu perdre de ma superbe! Ils sont arrivés vers 22h. Plus tard que d’habitude. Voilà pourquoi je déteste être en avance ou à l’heure, parce que je me mets à baliser quant les personnes avec qui j’ai rendez-vous sont en retard. J’imagine qu’ils ne vont pas venir, et que je vais passer des heures à attendre pour rien.
Pascal était dans les premiers à arriver. Wahhh. Si tout mon être semblait suivre un rythme endiablé, ce n’était pas à cause de la musique. Il était tout sourire, sa main dans mon dos et son bisou sur ma joue m’ont enflammée.
Mon rythme cardiaque avait augmenté et j’avais super chaud, mais là encore, ce n’était pas à cause de la chaleur ambiante. Quelques pouffes riantes sont entrées après eux. Elles accompagnaient l’équipe, donc elles étaient certainement au basket. Je me suis rappelée d’utiliser mon regard qui écrase rempli de mépris opaque. L’une d’elle a voulu approcher Pascal, et il a voulu me la présenter.
Après l’avoir giflée du regard, j’ai détourné la tête pour commander à boire. Hum, ça semblait marcher, elle a reçu le message 5 sur 5 et est restée en arrière. Si Pascal a remarqué quoi que ce soit, il n’a rien dit. Je l’ai vu cherché une solution, me scrutant du regard. Quelqu’un lui a chuchoté un truc à l’oreille et elle m’a regardé encore. Je ne la regardait pas, mais je la voyais très bien du coin de l'oeil. Donc, je la voyais trépigner sur place.
Sa copine, plus gonflée, a osé une approche. Encore une fois, j'ai lancé mon regard qui écrase et l’ait dévisagée sans sympathie se mettre sur la pointe des pieds et lui chuchoter à l’oreille. Il a fait un signe de tête. Son culot m’a énervée, je bouillonnais de l’intérieur.
Dès qu’elle a tourné les talons, je me suis penchée vers Pascal pour lui demander ce qu’elle voulait. Alors qu’il m’expliquait qu’elle lui avait dit que sa copine aimerait lui offrir un verre, je les regardais d’un air moqueur en rigolant. Et paf! Après tout, on me l’avait assez fait ce genre de vacherie. J’ai surtout ciblée la fille qui voulait lui offrir un verre. Elle a dû croire qu’on se moquait d’elle et elle a rougi, gênée. Hihihi…
Pour bien enfoncé le clou, j’ai dit à Pascal que je serais vraiment furax s’il me plantait là pour aller boire un verre avec quelqu’un d’autre. Du coup, il n’osait pas me quitter. Hihihi, j’étais contente. J’avais envie de dire à la nana; “et tok”. Pascal a dit qu’il ne restait pas de toute façon, qu’il était juste passé en vitesse, Jess avait préparé à manger et l’attendait à la maison. Il crevait la dalle. Connaissant les talents culinaires de sa femme, j’ai eu pitié de lui. Il ferait mieux de passer au McDonald avant de rentrer!
Caroline pétillait de joie que Pascal soit resté vers nous. D’ailleurs, la plupart de leurs copains étaient autour de nous, et les filles se retrouvaient à l’écart, dans leur coin. Carrément jubilatoire. Fallait que j’utilise cette technique plus souvent. Discrètement, j’ai filé mes clés à Caroline. J’avais décidé de me faire raccompagné par Pascal. Je lui dirais que j’avais laissé ma voiture chez Caroline.
Mais Caroline ne voulait pas être laissée de côté, alors elle m’a chuchoté qu’on viendrait rechercher ma voiture, qu’on avait qu’à lui faire croire qu’on était venue en taxi. Normal si on avait l’intention de boire.
En partant, Pascal s’est arrêté vers les filles pour leur faire la bise. L’air narquois, je les ai dévisagé, l'une après l'autre, de haut en bas, sans un mot, les bras croisés, un petit sourire moqueur au coin des lèvres.
Ni au revoir, ni salut à plus, rien. Aussi sympa qu’une porte de grange. J’attendais c’est tout. J’étais ravie de voir la déception sur leurs visages. Caroline paraissait plus sympa que moi du coup. Je sais que comme je me comportais, j’avais l’air d’être sa nana.
Le sourire a réapparu sur mon visage dès que Pascal en a eu terminé. En sortant, je me suis adressée à Pascal en riant, et je leurs ai jeté un dernier regard amusé et le plus méprisant possible. Les laissant croire que je parlais d'elles.
En fait, j'avais juste dit; "wahh, pour passer en vitesse, c'était vraiment en vitesse!". Donc rien de marquant, et rien contre elles.
Après coup, je me suis demandée si c’était vraiment une bonne idée. Un comportement pareil était peut-être pire, ça ne ferait que les encourager à vouloir me faire mordre la poussière avec mon arrogance, non? Afff, pas envie de trop réfléchir. Jusqu’à maintenant, ça avait eu le don de me faire reculer devant ce genre de regard, alors j’espère que ça leur fera pareil.
Devant chez Caro, on a discuté un moment. On cherchait à savoir ce qui était au programme pour le week-end, mais Pascal ne savait rien. C’est toujours Thomas qui organisait tout. Comme d’habitude, Caroline a toujours le courage de poser les questions que je n’ose pas poser; elle a demandé qui était les filles de tout à l’heure.
Il ne les connaissait pas vraiment, elles semblaient connaître un des joueurs de l’équipe et venaient souvent à leurs matchs. Hum! Alors elles traînaient souvent autour d’eux! Ok. Comme elle lui a aussi posé la même question que moi, à savoir ce que l’autre lui avait chuchoté à l’oreille, il lui a répété ce qu’il m’avait dit.
Caroline a rigolé pendant presque tout le trajet de retour à ma voiture. Elle avait bien entendu remarqué mon manège. Elle m’avait trouvée atrocement fort antipathique avec ces pauvres filles. Je lui ai expliqué que ce soir, j’avais décidé d’essayer d’être aussi imbuvable que certaines filles avaient été avec moi. Pour m’aider, je n’avais eu qu’à reproduire la façon que Maud nous regardait quant elle était avec Pascal, si on avait le culot de s'approcher. Ça l’a fait explosé de rire.
Caroline allait aussi essayer, elle trouvait ça trop fort. Hihihi, l’empêche, j’étais assez contente du résultat. C’était donc ça le plaisir qu’en retirait ces garces? Bien! C’était assez jouissif de les tenir à l’écart rien qu’avec le regard.