88/15 - Un prêté pour un rendu
Dimanche 29 mars 2015 - 88/15 - Un prêté pour un rendu
Pascal n’avait pas réussi à fermer l’oeil de la nuit. Partagé entre l’espoir de me voir arrivé et les doutes, il n’avait pas ménagé ses efforts pour essayer de me joindre au téléphone. Je n’avais pas répondu. Je voulais lui donner un avant goût de son propre comportement.
Steven m’a déposée devant la maison, Pascal s’est précipité à la fenêtre et ouvrir la porte. On pouvait lire sur son visage qu’il était légèrement choqué. Si j’avais été nette, je l’aurai été aussi; jamais je n’aurai dû laisser Steven venir jusque devant la maison. La bouche en coeur, j’ai titubé jusqu’à l’entrée.
Le visage courroucé, Pascal regardait encore Steven s’éloigner. Oui, je n’aurai pas dû faire ça, c’était stupide.
Seulement une fois que la voiture de Steven avait disparu, Pascal a refermé la porte et s’est tourné pour me disséquer de ses yeux verts brûlants. Il était fatigué, cela se voyait, ce qui m’a serré le coeur. Parfois j’avoue que j’agis comme une conne et je le regrette aussitôt.
Pour esquiver toute discussion, j’ai prétendu être plus bourrée que je ne l’étais en réalité. Je me suis laissée tomber sur le canapé, puis j’ai versé en position couchée. Pascal m’a demandé si j’avais passé la soirée avec Steven. Hum, difficile de commencer à mentir sur le sujet, alors j’ai acquiescé joyeusement. Une joie que j’étais loin de ressentir dans l’immédiat.
Aucun sourire, le visage fermé, la mâchoire serrée, Pascal m’a préparé un café. Voyant que cela ne servait à rien d’essayer de discuter avec moi, il m’a prise dans ses bras pour me poser sur son lit. Je me suis laissée tomber en arrière, alors il a voulu me déshabiller, mais ça, je pouvais le faire toute seule.
Prends une douche. Je n’ai pas envie de sentir l’odeur d’un autre dans mon lit.
Glups! Pascall était fâché? Je lui ai rétorqué que, hier soir, c’était moi qui avait attendu en vain jusqu’au matin, ce soir c’était lui. Donc, c’était un prêté pour un rendu; pas de quoi fouetter un chat. Pascal m’a juste regardée sans dire un mot. Puis, il m’a traînée dans la salle de bains pour que je me douche. Tssss!
Dimanche matin, j’aurai bien continué à faire semblant de dormir pour éviter la confrontation. L’odeur de café et de pains frais me parvenait, conquise par l’appel de la faim, je me suis levée. Après une bonne douche, j’ai fini par le rejoindre à la cuisine. Pascal lisait le journal debout au bar de la cuisine en mangeant un croissant.
J’ai ressenti un malaise, je devais avoir faim. Argh, j’avais aussi mal à la tête, un groupe de rock déchaîné donnait un concert sous mon crâne. Le regard de Pascal a glissé sur moi avec tendresse. J’avais enfilé un de ses trainings trop grand pour moi. Le T-shirt à longues manches que je lui avais emprunté, trop long, flottait et dépassait mes mains. Pascal a souri et mon coeur s’est serré encore. Je l’adorais.
Il m’a servi un café et continuait à me dévisager sans vergogne. Cela me gênait et me mettait mal à l’aise. Je me suis demandée si j’avais oublié de me coiffer, ou si j’avais quelque chose de travers... mais non, j’avais bien vérifié avant de quitter la salle de bains.
Toujours avec le sourire, Pascal m’a demandé si mon attitude d’hier soir était une vengeance pour le soir d’avant. J’ai fait oui de la tête et je lui ai dis que j’avais vraiment mal pris le fait qu’il me fasse venir chez lui, pour passer la nuit à l’attendre. Il a opiné de la tête. Il était fâché hier soir, mais à la lumière du jour, il avait pris ça avec plus de mesure; c’était bien fait pour sa tête.
On a commencé à en rire, puis je me suis rappelée quelques mots de Thomas; « est-ce qu’elle sait? », est-ce que je savais quoi? J’ai voulu lui poser la question, mais j’avais peur que ça nous gâche la journée. S’il mentait, je n’y verrais que du feu, et il deviendra encore plus prudent. Si je continuais à faire semblant de ne rien savoir, il baisserait sa garde. Pendant ce temps, je trouverais bien une solution.
Tandis que si, par esprit d’honnêteté, il en viendrait à me parler de quelque chose que je ne voulais pas savoir et qui risquerait de me faire du mal... je n’aurai pas d’autre choix que de foutre le camp illico. Ouais, journée gâchée! Donc, motus.
La situation étant calmée, pas de nuages à l’horizon, temps exécrable, on s’est larvé tout le reste de la journée et on s’est bombardé de câlins. J’étais aux anges.
Vers les 2h du matin, Pascal n’était toujours pas rentré, alors je suis retournée chez Caro. Le temps était merdique, il pleuvait. Il faisait humide. A 3h du matin, Caroline commençait à s’endormir sur place. J’ai été encore jeté un oeil chez Pascal et toujours personne à l’horizon. C’est naze. Pourquoi avoir proposé qu’on se retrouve chez lui, s’il savait d’avance qu’il rentrerait au petit matin?
Je n’ai pas hésité à lui montrer à quel point j’étais déçue. Pascal a essayé de me retenir, mais j’avais assez perdu de temps à poireauter comme une conne, et foutu en l’air ma soirée pour lui. Et il était pas question qu’il essaie de me toucher ce soir ou à m’amadouer. J’étais contente de lui avoir 


Ben, je n’ai
Peut-être que je me faisais des idées? Non, je ne me suis jamais sentie aussi seule, de trop, intruse. Pascal était distant comme jamais, et tellement froid. Je n’ai vraiment 
Elle avait espéré les voir partir chacun de leur côté et a été dégoûtée de voir la fille grimper avec Pascal. Les filles n’ont plus de voitures de nos jours ou quoi? Caro avait emprunté une smart, et très vite elle a perdu Pascal dans la circulation. Pfff, pas étonnant, avec une de ces horribles petites caisses à savon qui n’avancent pas. Ou peut-être avait-il remarqué qu’elle le suivait?
Pascal était en t-shirt et moi j’avais froid. Il s’affairait dans la cuisine. D’après sa tenue, on ne sortirait pas ce soir. Peut-être qu’il ne voulait pas se montrer avec moi? Ou il aurait aimé me voir partir? Il avait peut-être rendez-vous? Peut-être qu’il s’ennuyait tout simplement avec moi? Argh, voilà que je me torturais à nouveau parce qu’il ne parlait pas.
